C'est dans des circonstances comme celles-ci que l'historien des religions, le théologien, l'anthropologue, etc... doivent se doubler du philologue, du sémantologue, du linguiste, et même du sémiologue, pour parler à la Umberto Eco ! Car il n'y rien de plus dangereux, - pour l'étude comme pour l'esprit, et plus loin pour la culture,- que l'erreur sur les signifiants et les signifiés, sur les mots et leurs significations. La langue vit, la langue fait vivre, la langue est un Verbe dont l'expression et l'écho retentissent bien longtemps après qu'on les a prononcés à un moment de l'Histoire et dans un lieu donné. Cet essai devra en tenir compte, car les concepts ici envisagés renvoient à des périodes spatio-temporelles qui relèvent, quoique à des époques jumelles (VI° avant – IV° après JC : Brahmanisme, Jaïnisme, Hindouisme, Bouddhisme, Christianisme d'un côté ; Iran ancien, Hellénisme, Pharaonique, la Bible, les Evangiles et le Christianisme naissant dans l'Antiquité tardive gréco-romaine), d'horizons mentaux (structures et attitudes) la plupart du temps irréductibles et incompatibles dans l'expression orale et graphique : de véritables continents idéologiques ! Je me propose de
A1 - PRÉAMBULEC'est à la pratique pécoce du baptême que l'on doit l'installation, dans les communautés primitives, de la formule trinitaire : Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit (Mt 28,19 et Didaché 7) :
Cet élan décisif sera déterminant pour toute l'évolution du Dogme en général et de de Théologie Trinitaire d'autre part, dans la période qui va suivre. La détermination se fera sous 3 aspects :
La Foi baptismale peut s'interpréter de la façon suivante :
Ce qui développera
NB : nous avons déjà là un ensemble de faits mentaux structurant historiquement
A2 – AVANT NICÉEL'atmosphère est donc apocalyptique et hellénistique :
Se développe ainsi l'économie du salut, cad la fontionnalié des 3 protagonistes :
Très vite
On peut passer de l'apocalyptique à l'hellénistique :
***comment expliquer l'origine du mal (persécutions) face à la liberté humaine et à l'unicité de Dieu ? ***comment articuler la résurrection et le salut de l'homme tout entier et de tout homme ? La réponse à toutes ces question fut, en écho avec la mentalité grecque, le Mystère de Dieu :
NB : voilà des avancées théologiques,puisées à des sources diverses, qui vont renforcer l'idéologie des communautés naissantes dans un sens structurant la façon de considérer ce problème de la Trinité,- qui demeurera certes un mystère, mais dont l'explicitation va rétrécir nécessairement le champ de compréhension et de réception. ORIGÈNE ira jusqu'à élaborer une gnose chrétienne
Il préparait en fait, et à son insu, le lit de la crise arienne ! A3 – NICÉELe concile de Nicée :
En 325 à Nicée, les 2 conceptions s'affrontèrent :
Nicée :
Il fallait pourtant bien répondre aux questions laissées en suspens : il en allait à la fois
Ce fut le concile non oecuménique d'Alexandrie 362 qui accepta la formule
Vers 360, c'est en fait Basile de Césarée qui reprend la problématique de l'Esprit-Saint dans son oeuvre maîtresse (375 De Spirito Sancto : en latin, et non pas en grec) :
CE QU'ADOPTERA CONSTANTINOPLE 381 (en grec, pas en latin). A4 – L'HÉRITAGE DES PÈRESLes Pères élaborèrent le concept d'ORTHODOXIE, cad
***Ainsi la Théologie Trinitairedevint avant tout la Théologie des Pères ou Théologie Patristique :
Cela fut l'oeuvre colossal d'hommes d'Alexandrie, aristotéliciens et néoplatoniciens, hellénistes polyculturels de la Magna Graecia : l'instrument était prêt et à disposition des Pères Latins, et d'Augustin en particulier, qui marquera à son tour la suite de la théologie !
BI – UN BOUDDHISME / DEUX TRADITIONS
C'EST ENTRE LE 1er SIÈCLE AVANT ET LE 1er SIÈCLE APRÈS J-C que le passage se fait (pour toutes sortes de raisons d'exigences et de contagions religieuses) & que le Bouddhisme unique éclate en 2 mouvements :
NB : comment ne pas voir ici les influences venues de Méditerranée par la Route de la Soie et les échanges commerciaux, de même que dans les siècles précédant la venue du Christ, d'autres influences,- dont les bouddhiques,- se sont fait sentir jusque dans les cercles les plus spécialisés d'Alexandrie et de Qumran : pensons seulement à l'Ecole des Thérapeutes, qui n'étaient autres que les "descendants" des Theravada,- la Voie des Anciens,- venus de Ceylan, - la Larme du Bouddha,- propager le Dharma. Seulement voilà, pour la langue grecque, les "v" & les "d" sont très proches des "p" & des "t" (toutes bi-labiales, sourdes ou sonores ! ), et Theravada est d'abord devenu Therapata, ce qui s'est rapproché de Therapeuté : d'autant plus que ces moines cinghalais emportaient avec eux, en quittant l'Ile des Epices, toutes sortes d'onguents, d'extraits de plantes et d' elixirs, dont ils se servaient pour soigner toute espèce de mots ! En fait, le nom de "thérapeute" leur convenait à merveille ! A leur insu ! La prédication chrétienne à son tour va aller jusqu'aux rives des Ganges, et les Bouddhistes du Mahayana vont à leur tour s'inspirer des "bonnes choses" de cette prédication, pour s'en servir à l'élaboration de leur religion : voici donc
A ne considérer que ces points, on peut comprendre que les arsenaux religieux sont à la dispositon de tous, et que chacun s'y sert et les ransforme à son gré ou en fonction de ses besoins. L'Ecclesia prmitive fera de même avec les fêtes romaines et païennes en général : depuis la date de Noël jusqu'aux Rogations ! Bien sûr le sens change, évolue, régresse, avance, se transforme en tout cas : aux théologies de le préciser pour chaque âge, et au besoin, d'inventer un nouveau vocabulaire pour en rendre compte quand l'âge change ! Ce que n'ont hésité à faire ni Paul, ni les Pères grecs et latins, ni les théologiens contemporains, pour ré-exprimer l'Eucharistie, par exemple ! B2 - C'est cette triple co-ïncidence
qui peut constituer l'idée d'une trinité, dans la mesure où nous nous trouvons désormais dans une sphère qui revendique pour elle la qualification équivalente d'une religion pour l'Occident,- bien que ce soit une religion sans Dieu transcendant, suivant nos définitions. Ce BODHISATTVA AVALOKICVARA connut une destinée trsè intéressante !
B3 – NOUS POUVONS DÉJÀ ESQUISSER DES SCHÉMAS TRINITAIRES ANALOGUES
Comment ne pas penser à
BIEN SÛR, il n'y a aucune équivalence, aucune comparaison ; tout juste une analogie de termes et de fonctions !
Nous ne pouvons que conclure,- dans l'état actuel des définitions théologiques,- à une
B4 – OÙ POURRAIT-ON ENCORE TROUVER DES ANALOGIES TRINITAIRES MÊME SI,
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QUELQUES TRIADES "THÉOLOGIQUES" DU BOUDDHISME MAHAYANA d'après "A Dictionary of Buddhist Terms and Concepts", Nichiren Soshu International Center, Tokyo, 1983 , 2nd printing. |
TERMES |
1 |
2 |
3 |
3 CORPUS |
LOI |
SAGESSE |
ACTION |
3 CATEGORIES DE L'ACTION |
MENTAL |
VERBAL |
PHYSIQUE |
3 CATEGORIES DE L'ILLUSION |
CELLE DE LA PENSÉE |
CELLE DU TOUT |
CELLE DE LA VRAIE NATURE DE L'EXISTENCE |
3 PRÉCEPTES GÉNÉRAUX |
OBSERVATION |
RÉALISATION |
ENSEIGNEMENT |
3 DIVISIONS DU SUTRA |
PRÉPARATION |
RÉVÉLATION |
TRANSMISSION |
3 DIVISIONS DU CANON BOUDDHIQUE |
SUTRA |
VINAYA (règle) |
ABHIDHARMA (commentaire) |
3 MÉDITATIONS PAR L'ESPRIT SEUL |
Sur la NON-SUBSTANTIALITÉ |
Sur l'EXISTENCE CONTINGENTE |
Sur la VOIE MOYENNE DANS UN SEUL LAPS DE VIE |
TRIPLE MONDE |
DÉSIR |
FORME |
AMORPHE |
3 LOIS SECRÈTES DU VRAI BOUDDHISME |
OBJET DU CULTE |
INVOCATION |
HAUT-LIEU |
3 ATTITUDES INTÉRIEURES |
SINCÉRITÉ |
FOI PROFONDE |
DÉTERMINATION À RENAÎTRE DANS LA TERRE PURE |
3 SAGESSES |
Celle des NOVICES |
Celle des BODHISATTVAS |
Celle du BOUDDHA LUI-MÊME |
3 MÉDITATIONS |
SUR LA NON-SUBSTANTIALITÉ |
SUR LA NON-DISCRIMINATION |
SUR LE NON-DÉSIR |
TRIPLE PRINCIPE MYSTIQUE |
LA VRAIE CAUSE |
L'EFFET VRAI |
LA VRAIE TERRE |
3 OBSTACLES |
DÉSIR |
KARMA |
RÉTRIBUTION |
3 POISONS |
CUPIDITÉ |
COLÈRE |
FOLIE |
TROIS PREUVES |
INFORMATION |
THÉORIE |
PRATIQUE |
3 RÈGLES DE PRÉDICATION |
ENTRER CHEZ LE TATHAGATA (le Bouhha) |
REVÊTIR LE TATHAGATA |
S'ASSEOIR SUR LE TRÔNE DU TATHAGATA |
3 STANDARDS DE COMPARAISON |
LA BOUDDHEITÉ EST-ELLE À LA PORTÉE DE TOUT LE MONDE? |
LE PROCESSUS DE L'ENSEIGNEMENT EST-IL RÉVÉLÉ DU DÉBUT A LA FIN? |
LA RELATION ORIGINALE ENTRE MAÎTRE ET DISCIPL EST-ELLE RÉVÉLÉE? |
3 TYPES D'APPRENTISSAGE |
PRÉCEPTES |
MÉDITATION |
SAGESSE |
3 VÉHICULES |
APPRENTISSAGE |
PRATIQUE |
BODHISATTVA |
3 VERTUS |
LOI |
SAGESSE |
ÉMANCIPA-TION |
Commentaire :
Il ne s'agit pas de passer en revue chacune des 21 rubriques, choisies parmi les autres,- aussi et même plus nombreuses ; - pour leur caractère trinitaire. Il s'agit de constater la structure trinitaire permanente du processus mental de catégorisation qui relève plus de la dialectique propre à la philosophie des langues sanskrites, dont dérive l'indo-européen.
Ainsi, prenons la première triade, celle des corpus : c'est bien le jeu de la loi et de la sagesse qui dirige l'action.
Et pour la seconde,- celle des catégories de l'action précisément,- n'est-ce le jeu de notre mental et de notre capacicité de verbalisation qui doivent conditionner notre démarche physique, notre mouvement ?
Nous pourrions comme cela, passer en revue l'ensemble dialectique de ce tableau, comme on le ferait d'une check-list, pour"ne rien oublier", et le "faire bien" !
Signalons au passage combien le jeu de la cupidité et de la colère mènent effectiveent à la folie ! Que chacun s'exerce à cette gymnastique hygiénique pour le coeur, l'âme et l'esprit !
Une dernière remarque ! Avez-vous remarqué la quasi similitude des contenus dialectiques de la 1ère et de la dernière catégories : les corpus et les vertus. Toutes deux s'exercent entre loi et sagesse : les corpus menant à l'action et les vertus à l'émancipation.Y aurait-il une équivalence combintoire entre action et émancipation ? L'action menant à ou étant une preuve de l'émancipation ? A moins qu'action et émancipation soient synonymes dans le cadre de référence de la réalisation de soi bouddhique !
Que peut-on dire encore à la fin de cette étude dont on pouvait attendre, dès l'abord, qu'elle se termine en queue de poisson ? Eh bien, qu'il fallait tenter l'analyse, pour s'apercevoir justement que si elle se révèle bredouille, c'est qu'il existe des systèmes de pensées, dont les postulats et les déductions relèvent d'une expérience du monde et de l'existence qui ne s'accommodent pas des évidences qui peuvent être le lot d'autres systèmes.
La vie, la mort, l'esprit, l'intuition, l'espoir, l'amour, le temps, l'espace, les vicissitudes, l'homme, la femme, l'âme, tout cela peut être et est certainement la commune expérience. Et pourtant l'homme qui en fait l'expérience le reçoit différemment d'un autre homme, en vit plus différemment encore, et l'explique le plus différemment du monde ! Et quand cette réception, ce vécu et cette explication s'érigent en systèmes, alors nous sommes de nouveau à Babel.
Pourtant ces cultures, ces civilisations, ces attitudes et comportements religieux et spirituels ont accompli et continuent d'accomplir de belles et grandes choses, et nous engagent à croire que le même Esprit Divin souffle où et quand il veut, sans qu'on sache ni d'où il vient ni où il va !
Imaginer la Trinité
relève-t-il d'une structure mentale méditerranéenne,
sémito-greco-romaine ?
La transcendance,- telle que les Occidentaux la définissent,- n'est-elle sensible, perceptible, acceptable pour l'esprit, et éventuellement recevable comme cadre de foi par les seuls aristotélico-thomistes, héritiers des nicéo-constantinopolitains ?
En se contentant de ne s'occuper que des choses maîtrisables par le sens commun, et en mettant de coté comme "apraktya = impraticables" ce sur quoi personne ne tombe d'accord, Siddhartha s'est-il montré seulement matérialiste, agnostique, athée, ou bien lui a-t-il manqué même ce qu'avait Platon dans sa caverne : l'idée même de ce qui va devenir Dieu ? Ou bien le cerveau de Siddhartha était-il ontologiquement inapte à en envisager seulement la possibilité ?
Peut-être Siddhartha avait-il un autre projet, qui ne mettait le reste entre parenthèses, que le temps de sa propre quête : qu'a-t-il exactement trouvé au coeur de son Illumination/Bodhi et sa bouddhéité consistait en quoi ? Y avait-il place,- bien qu'il n'ait rien laissé d'écrit derrière lui,- pour le reste qu'il avait laissé de côté, le temps de parcourir sa "voie" ?
Nous sommes nous-mêmes limités par nos modes de considération des choses : si penser est universel, les formes de pensée ne le sont pas ! Comment espérer que des vieilles cultures, aussi subtiles que l'indienne et la chinoise,- bases de la réflexion du Bouddhisme,- acceptent de se défaire assez pour entrer dans des moules dont elles peuvent se demander légitimement si ce qu'on y a moulé, a effectivement rendu l'homme occidental plus heureux !
Si Jésus est né à la frontière de l'Orient et de l'Occident, c'est l'Occident qui a fini, via Rome, par en récupérer l'Eglise : c'est le fait ! Est-ce pour autant légitime qu'il faille s'occidentaliser pour avoir accès à son mystère ?
Non, il n'y a pas de Dieu transcendant dans le Bouddhisme !
Non, chez le Bouddha, aucun Dieu Père n'a envoyé son Fils unique sur terre quand les temps furent accomplis !
Non, aucun disciple de Siddhartha ne s'est révélé Dieu dans le temps, tout en restant à la fois ce qu'il était hors du temps !
Non aucun esprit bouddhiste, même celui qui se transmet d'Illuminé en Illuminé, ne s'est révélé "Personne", égale en tout à ce Dieu et à son Fils !
Non aucune possibilité de Dieu Trine, au royaume de l'impermanence, de l'illusion et du nirvana !
Mais à tous, il nous reste de compatir à ce malheur
de ne pouvoir ensemble célébrer que l'absence.
Vincent-Paul TOCCOLI, sdb
Dir. Dioc.de la Culture