... Shek 0', la dernière presqu'île au Sud‑Est de l'île de Hong‑Kong. Une spacieuse maison blanche, à un étage, érigée pour servir de centre de retraite au clergé chinois du territoire. Ils y viennent rarement, l'endroit est trop calme, il leur faut le bruit et l'animation de Wanchaï, de Chaiwan ou de Saukeiwan. Quand j'y viens, j'occupe en général toujours la même chambre, au premier étage, à l'angle de la maison. Deux immenses baies vitrées donnent respectivement sur la montagne et sur la mer, la baie de Shek'O, fermée par quelques îles et la pointe extrême sud de Clearwater Bay, dans les Nouveaux Territoires. Mon hôte est Thomas Kwann, prêtre diocésain, professeur de morale au Holy Trinity Seminary College, le grand séminaire de Hong‑Kong. Je me tiens la plupart du temps, dans ma chambre, immobile dans un fauteuil dur, face à la mer. Je peux passer des heures, dans cette position, à contempler l'eau, le ciel et la lumière. Quel que soit le temps. Je lis, j'écris aussi. Je ne descends que pour les repas. Et encore ! J'apporte parfois quelques provisions. Je ne veux voir ni entendre personne. J'y reste une semaine, une voiture m'y amène, une autre m'en ramène. Je disparais...
Je suis amené a reconnaître en moi, année après année, une grande veine monastique. C'est toujours renversant de se comprendre à la fois à de multiples niveaux. Il ne s'agit plus de contradictions internes ou de paradoxes existentiels, mais bien de multiples existences qui ne pouvaient vivre parallèlement réalisées - on n'a qu'une vie ! You only live once ! - qui n'ont cessées d'être présentes à « la » vie réalisée, comme les harmoniques en musique qui se font entendre plus à l'esprit qu'à l'oreille. Ainsi ma vie monastique ne s'est jamais réalisée, en tant que telle, catégorisable et implantée dans tel ou tel monastère. Mais elle se réalise, dans la durée, à des moments opportuns, prouvant par là et d'abord son existence toujours vivace, et ensuite sa nécessité structurelle comme partie intégrante de mon être historique en perpétuel devenir. Je ne dirai pas, comme dans le New‑Age, que j'ai dû être moine dans une vie antérieure, ni comme dans certaine secte brahamane, que je le serai dans une vie future. Je dis, qu'en tant que chrétien de l'espèce la plus ordinaire, ma vie, par définition, est multiple. Je suis conditionné par le temps et l'espace et ne peux réaliser qu'une potentialité d'être. Les autres potentialités ne sont pas abolies pour autant. Elles vivent un état de non réalisation historique, mais en même temps un état de virtualité méta‑historique. Le sommeil et les rêves de la nuit les délivrent de leur inertie, et elles viennent ragaillardir mon existence, par « l'input » dont elles ravitaillent mon imaginaire. Et ma vie réveillée, souvent à mon insu, s'est nourrie de toutes mes autres vies, « belles au bois » dormant dans les fauteuils des antichambres du temps !
Si j'ai choisi d'être moine actif, ce n'est pas que la contemplation me répugne. Seulement, au temps qui passe, et que je pouvais considérer depuis l'ouverture d'une quelconque cellule conventuelle, il me fallait aussi l'espace qui le mesure et qu'il mesure, puisque Einstein, etc. Il me faut les avions, les bateaux, les trains et les voitures... Il me faut le mouvement et la distance, le voyage, le départ, le retour. Moine‑pèlerin me convient mieux et convient à ma nature. Au moins statistiquement ! La nature et l'hérédité, l'atavisme, les gènes, aussi ! Partir, pour mieux revenir. D'ailleurs, il n'y a que ceux qui partent qui reviennent. L'enfant prodigue l'avait inconsciemment compris ; le fils aîné ne l'aura jamais compris, même quand le père lui explique : c'est un moine chagrin !
Moi, je suis un gyrovague, un moine qui part sans cesse, et qui n'a de cesse que de revenir. Tout enjoué, vivant et sociable que je fusse enfant, je me souviens, on me rappelle, ces grandes réserves où je me retirais, régulièrement, bien que notre logement fût des plus réduits. Dès qu'on nous gratifia d'un balcon, ce fut le balcon, surtout quand le temps tournait à l'aigre et que personne ne le fréquentait. Moi, d'autant mieux, d'autant plus. On m'a toujours laissé faire. D'abord je laissais mes soeurs tranquilles et puis ma famille reconnaissait intimement mon besoin informulé, mais que je satisfaisais comme je le pouvais, de solitude... « Beata solitudo » certes ! Mais je ne pouvais soucrire à la seconde partie de la formule : « Sola beatitudo ! » Si j'en étais capable, alors je partagerais avec mon camarade Rémy Maisonneuve, le désert de Cîteaux. J'ai la solitude heureuse, comme d'autres, et j'en fais aussi partie, ont le vin heureux.
Monter à St Eugène - l'internat - depuis le Ruisseau - la maison -, pour me retrouver seul, plusieurs heures, dans les couloirs, les études, la chapelle, le dortoir, les cours et les terrasses, cela dénotait bien, à l'époque déjà, ce penchant, cette inclination, cet appel de la solitude.
À Slaithwaite, petit village des Midlands, où je commençai mes séjours linguistiques d'anglais, Auntee Jessy, mon hôtesse, sans s'en inquiéter, avait d'autant plus remarqué mes pauses silencieuses dans le grand salon encombré de lourdes tentures et de guéridons, qu'elle n'en autorisait l'accès à aucun de ses neveux qui venaient lui rendre régulièrement visite, car elle confectionnait de redoutables puddings...
J'ai déjà parlé de mes interminables promenades solitaires, au séminaire senior de Kouba, enveloppé de vent et du burnous noir de Julien, mon ami kabyle.
Et les bibliothèques ? Que ne me réjouissais-je pas d'y séjourner des heures, des soirées, des nuits avancées, que ce fût par « punition », le mot affreux, alors que je me sentais privilégié d'être épargné de football et autre ballon prisonnier, ou par office à Andrésy, près Poissy, pendant l'année de mai 1968, ou dans les profondes catacombes isothermiques de Benediktbeuern, Bavière. Mon enfance et mon adolescence, même celle prolongée de l'étudiant, ont connu ce bonheur de la solitude, surtout celle des livres, des grands bâtiments, des rivages de la mer, des vastes nefs des forêts, et de tous les belvédères !
... Il est sept heures du matin, à Hong‑Kong, en ce matin de ler Novembre, jour de Toussaint, j'apprends, par RFI Radio France Internationale, qu'un des magiciens de ma vie vient de s'éteindre en Italie : Federico Fellini est mort ! Je savais que, depuis le 15 octobre, il était dévoré par le coma, glissant progresssivement dans un univers fait d'autres images, celles de l'éternité à laquelle il ne croyait pas - qu'il disait - et dont il n'a cessé de prouver l'existence, par sa créativité, et ses oeuvres. « Il mago » l'appellent ses compatriotes, mage et magicien, visionnaire et sorcier, il a peuplé des mondes. Quel film va‑t‑il tourner dans son nouveau royaume ? ...
J'ai toujours recherché des lieux de solitude. Ce que je regretterai toujours de mon double noviciat, c'est le vaste parc du Château de Dormans et son étroit canal dont les petits ponts obligeaient les « plaisanciers » sur leur esquif à baisser la tête. Ce que je regretterai encore de mon scolasticat de l'ouest parisien, ce sont les douces berges de la Seine, désertes et silencieuses, des matins gelés ou des soirs pastels et murmurants des saules pleureurs. En découvrant que Benediktbeuern était un ancien, très ancien monastère bénédictin, au double cloître énorme dans la plaine de Kochel, je me souviens de ce bonheur solide qui m'envahit alors, et seuls ceux qui savent, comprennent la joie physique qui me faisait déambuler, quand je rentrais la nuit, le long des couloirs dont l'extrémité se perdait dans la ténèbre à l'autre bout.
Il suffisait alors d'une pleine lune ou d'un violent orage ou encore de la nette clarté qui montait de l'épais tapis de neige du quadrangle intérieur, pour faire frémir en moi, comme l'eau du café, le cordial réconfortant de la vivante solitude. De New York, c'est à New Rochelle que je me retirais, là où le Connecticut se confond avec l'Atlantique ; de Los Angeles, à Pacific Palissades, une maison de bois quasi baignant dans le Pacifique ; de San Francisco, à Carmel, encore, isolée, une maison sur la plage ; de Bogota même, au scolasticat de théologie, perdu dans la Savanna ; de Medellin, soit à Rio Negro, dans la finca des Restrepo, soit à Envigado, dans l'immense villa‑ranch de Socorro ! À Nice, on m'avait déniché une abbaye, Sant Pierre des Canons, près Salon‑de‑Provence, et une Chartreuse, Notre‑Dame du Désert, près du Muy. J'avais moi‑même, sur les conseils de mes dominicaines de la Tramontane, frappé à la porte des cisterciens de Notre‑Dame des Neiges dans l'Ardèche... Tout peut devenir retraite, tout m'est bon pour me retirer, j'ai fondamentalement besoin de me retirer !
Dès la première année, j'avais cherché à Hong‑Kong ma chartreuse de charme ! On m'indiqua l'île de Cheung Chau, où Salésiens et Jésuites possèdent des maisons d'exercices spirituels. Ma première visite fut pour Don Bosco, naturellement. Le site en est époustouflant. Une planque, pour flibustiers et pirates, sur une avancée de rochers, tombant en à pic sur l'eau transparente. Mais le Directeur avait transformé cet endroit en patronage de banlieue populaire, transportant « à la Chine » son idée du Valdocco primitif de Turin, un pollueur de site, que Dieu lui pardonne ! Je fuis ! Un autre jour, je dus me rendre dans la maison de nos « concurrents » directs, la Xavier House des Jésuites, où mon ami Michel Masson, sj, faisait ses exercices spirituels. J'y passai une nuit. Le site aussi en est remarquable mais l'inconfort généralisé, que certaines moeurs ignatiennes y faisaient régner, m'en a aussi définitivement écarté. Je m'en revins donc, bredouille de lieu de solitude ! Et, un matin, alors que je m'en ouvrais au petit déjeuner, Carlo Socol, un italien, mon économe provincial, déclara qu'il savait maintenant ce qui me conviendrait. Il me donna les coordonnées de Shek O', The Martyrs of China's Chapel, Headland.
Shek O' m'est devenu depuis, un exercice respiratoire, une espèce de « qi gong » que je pratique régulièrement au cours de l'année, y réservant d'un an sur l'autre, deux à trois séjours, comme on le fait pour une cure de thalassothérapie. J'ai choisi ce terme à dessein, car la mer, l'océan, l'eau, l'élément liquide, vaste et bleu, joue en la circonstance, un rôle très important, sinon le plus important. Shek O' a l'avantage de réunir trois ingrédients essentiels à mon alchimie psychique, la mer, le ciel, le soleil, avec une certaine qualité de bleu en plus, le silence de la solitude et une certaine dose de beauté-confort qui reste pour moi indispensable pour profiter du reste ! À Shek O', j'écris toujours sur Shek O', et comme à Shek O' le bleu l'emporte, le titre ne varie que par son numéro d'ordre : Shek O' Blues 1 ; Shek O' Blues 2, etc. Je viens de relire cette dernière phrase, où le nom de ce lieu apparaît cinq fois, je ne me lasse pas de le prononcer. Il y a dans cette double syllabe, pour mon oreille au moins, l'écho d'un « Sésame, ouvre-toi ! », qui m'introduit ailleurs. Est‑ce le « sh » qu'il faut ici légèrement zézayer, entre un « ch » et un « s » ? Est‑ce l'arrêt brusque du « k » qui ordonne de rester en éveil ? Ou bien alors, le « o » qui, au‑delà de l'étonnement, modulé à l'anglaise, me fait entrevoir, à moi, le bleu glacé des fjords d'Écosse, comme à Kinlochleven ! Je ne sais, mais j'aime !
Et je vais à Shek O' comme à un rendez‑vous longtemps attendu. J'ai mon rite. À peine arrivé, je dois remettre à l'intendant cantonnais un papier jaune que m'a envoyé le bureau de réservation de l'archidiocèse. Et je monte aussitôt à ma chambre‑vigie, entre montagne et mer, relève les rideaux, vide mon sac, me change (bermuda et tee‑shirt), dispose sur ma table de travail mon nécessaire d'écriture, roule mon fauteuil vers la baie vitrée, m'y cale, et commence par contempler à nouveau, pour reprendre contact, le tableau, jamais le même, qui sera mon seul horizon pendant mon séjour. Alors, seulement, je vaque ! Vaquer est un grand mot. En fait, je n'ai aucun plan d'action, aucun programme. J'ai laissé le monde de l'obligation, de la pression et du rendement. Si le mot « farniente » qui signifie seulement ( ! ) « ne rien faire » n'avait pas cette connotation négative, dont l'usage à tort l'a afflublé, je dirais que c'est le lieu et le temps du « farniente ». Et s'il se passe énormément de choses, ce n'est pas à la hongkongaise. Ici, le temps reprend sa véritable ampleur de durée, d'épaisseur et de densité. Ici, l'espace, apparemment, « superficiellement », réduit à quelques square feet, retrouve ses dimensions centripètes qui l'apparentent alors aux espaces infinis pascaliens dont l'effrayait le silence... Alors seulement mon âme se métamorphose en ce palais de mémoire, façon Mateo Ricci et aussi, ce jour est décidément faste, façon Federico Fellini !
Toutes les images sonores de mes existences successives remontent du fond de mes grottes sous‑marines et se mettent à déferler, suivant le moment, en vaguelettes, en vagues régulières, en gros rouleaux hawaïens, en masses cap‑hornaises. Je me laisse irriguer par une pluie d'images, crachin, orage, typhon, comme autrefois, par les averses de poissons dans les lamparos de mes oncles, par alliance, chiffalotains. C'est encore pourquoi je parlais de thalassothérapie : je suis une cure d'images qui m'est administrée, que je m'administre délibérément, sous forme de bains et de plongeons, de jakuzi et de massages dans les eaux ré‑agitées de ma mémoire. C'est en fait ma seule activité. Parvenir à une passivité de tout l'être, passivité perméable d'une part à cette exsudation, d'autre part à cette irrigation d'images. Ce sont véritablement les images de ma vie, avec leurs bandes‑son qui en constituent et ponctuent tout le tissu à la façon d'un ourlet de galon. Et ce patchwork a comme particularité de se transformer sans cesse, par un enchaînement kaleïdoscopique, qui n'épuise jamais mes stocks d'images, comme l'huile et la farine de la veuve de Sarepta. Pour avoir sustenté l'homme de Dieu, Élie, avec ses toutes dernières réserves, celles‑ci sont en retour devenues inépuisables. Plus je contemple les images de ma vie, plus elles se renouvèlent, et amplifient encore leur sens et leur beauté, du sens et de la beauté des images de mon existence présente.
Quelque lecteur, se piquant de psychanalyse, notera dans tout cela du narcissisme, de la régression, et une certaine stagnation tant au stade oral qu'anal. Et il aura certainement raison, surtout si son habilité le convainc, chemin faisant, tout au long de sa démonstration. J'ai appris, moi aussi, après de longues heures sur le divan, puis dans le fauteuil près du divan, après de longs week‑ends de dynamique de groupe, après d'innombrables pages lues et écrites, j'ai, moi aussi, appris qu'on ne vit jamais que de ses manques et de son manque fondamental. La compulsion est de le remplir et de les remplir, avec n'importe quoi, afin de les « combler ». Mes « combles » à moi regorgent d'images. Elles me sont nourriture et boisson, une cambuse quand j'appareille sur les caravelles de mon désir et quelle que soit la distance jusqu'à la prochaine New Found Land, Terre Neuve, elle ne s'épuisent jamais !
Puisque je suis en Chine, désormais, Shek O' et l'esprit de Shek O', je l'ai retrouvé d'une façon générale dans tous les temples confucéens ainsi que dans les temples de Beijing qui échappent aux invasions américano‑nipponnes. Je crois avoir découvert les temples de Qufu et de Zouxian dans le Shandong, respectivement dédiés à Confucius et à Mencius, à la même époque où je trouvai Shek O'.
Sites et espaces sont aussi différents que possible. Mais, l'émotion qui m'étreignit là‑bas est de la même eau que celle qui m'étreint ici, chaque fois : un apaisement de toutes mes facultés d'être et une recirculation harmonieuse de toutes mes énergies. D'un côté, les arbres, des cyprès et des chênes, multicentenaires, dans le bruissement des ramures et la nef profonde de leurs alignements, dans les cours successives menant aux portes et aux halls ; de l'autre côté les murmures et les mugissements d'une vaste nappe diaprée, reflétant les humeurs du ciel instable et du soleil aux multiples visages. Mais là‑bas, comme ici, l'alternance‑berceuse du yin et du yang se confondent avec les vases communicants de l'animus et de l'anima, tandis que déferlent, comme autant d'étiages, les longs métrages de ma vie, jusqu'au hic et nunc !
Il n'est pas étonnant que la mosquée de Xi'an, près de la Tour du Tambour, soit bâtie sur un plan confucéen.
Je me demande même si ce n'est pas un temple de Confucius, ré‑affecté à cette religion que les caravanes de la Route de la Soie, celle qui commençait à Karachi, arrivant d'Arabie par la mer, passait par l'actuelle Islamabad, franchissait le Kundjerab à l'assaut du Karakorum et rejoignait Kashgar, par le Cachemire et les Pamirs, amenèrent jusqu'à ce terminus de la « Paix de l'Ouest » - signification de Xi'an ! Là aussi, au moment d'y pénétrer par une minuscule porte latérale, malgré cette poussière des loess du Shaanxi qui recouvre tout, je fus envahi par cette paisible émotion de sentir un accord inexplicable entre moi et ce lieu immobile depuis une douzaine de siècles. À Taipei, quand j'y séjourne au début de l'été pour intensifier mon apprentissage du mandarin, c'est aussi chez Confucius que j'aime à venir méditer, depuis que j'en ai découvert l'existence et le site et, bien que ce temple soit de construction récente, sur l'ancienne propriété d'un richissime taïwanais qui l'édifia et en fit don à la municipalité, la fidélité avec laquelle l'ensemble a été conçu, parvient à faire oublier la vénération du passé, au profit d'un présent qu'on a su réinvestir de la même vertu antique.
Mais c'est l'été dernier qu'à Beijing, délaissant les parcours obligés, j'ai pu prendre le temps d'explorer les « hutongs, anciens quartiers » et leurs trésors cachés, dont les merveilles lamaïste et taoïste de Fayuan‑si et de Baiyunguan. Lieu où parle le silence à l'âme qui écoute - Et la voix ? Que dit‑elle, la voix ? - où l'arbre, la pierre, la terre, le ciel, rencontrés et considérés comme tels, vous accueillent, dans l'atmosphère surannée de lieux à l'écart de la grand'rue et vous aident avec la courtoisie muette de personnes au tact subtil, à trouver votre place sur un banc, une margelle, un escalier, entre un pécher en fleurs, et un chêne nain... Alors l'âme de Shek O' me submerge, me roule et m'emporte, par ces mystérieuses vallées du songe, vers les Shenandoah de la tranquillité céleste et de sa porte, Tian An Men - Porte de la Paix Céleste !
... Je peux vivre à Hong‑Kong parce qu'il y a Shek O'. Il y a toujours eu Shek O' partout où j'ai pu vivre jusqu'à ce jour. Mais c'est certainement « là et maintenant » que sa nécessité s'est imposée à moi avec ce caractère d'absolu, parce que, tout pélerin qu'il soit, le moine en moi n'a jamais cessé d'aspirer à l'oasis...