7 - L'OBSERVATOIRE

... L'observatoire de Nice : il doit être 23 h. L'astronome et astrophysicien Bernard MILLET nous a invités, ma classe de seconde et moi-même, à venir observer le ciel avec lui. Il y a là une vingtaine de garçons de 15-16 ans, accrochés comme de jeunes primates aux escaliers, passerelles et coursives de fer, dans la coupole centrale, ouverte aux trois quarts sur un ciel étoilé d'été indien. C'est Novembre. Bernard MILLET raconte ce qu'il aime appeler : l'origine du début du commencement. Il a passé un manteau sur sa blouse blanche. Les élèves écoutent. Il est heureux de cette attention et de ce silence. Je me tiens un peu à l'écart. J'ai aussi relevé le col de ma veste... Nous avons apporté des sacs de couchage et quelques vivres. Nous passerons la nuit sur le mont. Bernard nous réveillera deux fois pour nous montrer « quelque chose » au bout du macroscope. Il sourira, nous sourirons. Notre équipe reporter filme et prend des photos...

Quelle que fût la discipline - français, philosophie, anglais - j'ai toujours mêlé à mes cours des activités d'éveil, qui allaient, à Nice par exemple, depuis une nuit dans un observatoire, à une autre sur la plage pour attendre le lever du soleil ; ou bien d'une matinée au Musée Chagall (ou Fondation Maeght) à une après-midi et une soirée au Festival de Cannes. J'avais demandé qu'on me confiât les élèves selon deux critères : d'abord ceux des classes de transition (6e, 2e, Terminale) ensuite, ou en même temps, ceux dont personne d'autre ne voulait (discipline, faiblesse, âge, désoeuvrement). Je me suis vite retrouvé à la Paroisse d'Alger de mon enfance, où l'on me réservait la même « clientèle »... Alors, on m'accordait carte blanche pour les programmes, l'emploi du temps et les méthodes pédagogiques : on voulait des notes, des appréciations, des carnets bien tenus... Pour le reste, on préférait ne pas savoir et on me faisait confiance. Les lascars et les loustics que j'avais récupérés mi-septembre, étaient totalement transformés mi-novembre et participaient à mes « séances » avec une touchante naïveté.

J'avais quitté Benediktbeuern en février 74. J'ai raconté comment. J'y laissai d'excellents amis que je devais retrouver quelques années plus tard. Le Provincial m'envoya dans notre école technique de Nice, où j'avais déjà passé deux ans, 1962-1964, juste avant mon service militaire. Les effectifs avaient énormément grossi, la Communauté Salésienne tout autant diminué, le corps des enseignants et des maîtres laïcs dépassait la centaine de membres. Certaines tractations avaient eu lieu entre la Communauté et moi-même : qu'allais-je faire ? Quels étaient mes projets ? Je sentais une crainte, une peur, comme une angoisse : je revenais, après quatre ans d'Allemagne. Beaucoup de choses avaient changé, ne serait-ce que les proportions. On me fit entendre que l'on me confiait la double charge de la pédagogie et de la catéchèse, mais - typiquement ecclésiastique et religieux quand on redoute ! -  sans titre, poste, ni moyens. Le Saint-Esprit ! Habitué à ne craindre plus rien ni personne, j'acceptai le défi. De février à juin 74, je passai mon temps à observer, à rédiger des rapports, à préparer un audit et je fis des propositions très humbles pour n'effrayer personne.

Deux conditions me semblaient nécessaires pour mener à bien (et ménager les énergies, les miennes du moins ) ce double travail : que je prenne un demi-horaire d'enseignement, soit neuf heures, et que nous érigions une communauté religieuse à part, avec les trois autres confrères qui voulaient s'atteler à cette tâche. Je prétendais que sans une certaine liberté d'action et sans une relative distance vis-à-vis de l'institution, nous nous confondrions avec elle (la confusion de nouveau ! ) et nous ne pourrions rien faire évoluer. Cette seconde condition fut difficile à enlever, puisqu'elle nous permettait d'échapper pour une grande part au contrôle et à la pression socio-ecclésiastico-religieuse du reste de la Communauté, et de son Supérieur en particulier. Mon enseignement devait assurer à la fois mon intégration dans le corps professoral en tant que collègue, ainsi qu'une certaine indépendance financière en plus d'une « indemnité vestiaire » (j'adore l'expression) que l'institution devait nous verser en échange des services que nous lui rendions. Nous devions vivre à l'extérieur des murs dans un appartement F5, que nous avions trouvé Boulevard Jean XXIII : nous baptisâmes notre petite communauté d'après le bon Pape Jean.

Notre groupe était composé de trois jeunes prêtres et d'un frère. Le frère s'entendait avec l'un des prêtres et ne pouvait supporter l'autre qui le lui rendait bien. Je sentais que, menacée de l'extérieur et de l'intérieur, cette communauté ferait long feu... Le Provincial m'avait téléphoné de Lyon, au printemps 74, me demandant ce que je pensais d'une ordination sacerdotale, la mienne. J'ai dit plus haut que ma vocation était essentiellement religieuse et que je m'y trouvais bien ; je ne voyais cependant aucun inconvénient à recevoir les ordres, d'autant plus qu'en dehors des sacrements de la réconciliation et de l'eucharistie, je pratiquais déjà toutes les activités d'un prêtre, dont la prédication à notre paroisse, où chacun était heureux d'y couper ! Le 13 mai 1975 je fus ordonné diacre, et le 23 décembre de la même année, prêtre. Pierre-Gilles GLON (Socius de mon second noviciat à Dormans 1966-1967) vint me préparer à l'ordination, les autres membres de la Communauté Jean XXIII se chargeant des cérémonies et du reste.

Malgré l'émotion, inévitable en ces occasions, j'ai le sentiment d'avoir vécu ces ordinations dans le détachement et la distanciation. Sur le carton, j'avais fait imprimer cette réflexion de Charles de Foucauld : « On ne choisit pas sa vocation, on la reçoit ! » Je devais en faire l'expérience à propos de la mission, quinze ans plus tard. La photo que j'avais choisie avait été prise au sortir d'un bain de mer : j'ai le poil hirsute, cheveux et barbe, une serviette bleue de travers sur les épaules, et un rire-grimace sur le visage, à cause du soleil qui m'éblouit. Certains crièrent au scandale et à la provocation !... Détachement, distanciation, ai-je écrit. Oui ! Ce n'est pas un état auquel j'aspirais par moi-même, mais auquel je n'étais pas opposé. Je répondais véritablement à un besoin, à une demande, à un appel : je répondais, je n'avais rien demandé. Je me sentis étonnamment libre, allongé par terre, dans la basilique Notre-Dame Auxiliatrice, tandis qu'on appelait tous les saints du ciel à mon aide. Je me sentis heureusement libre, consacrant avec l'évêque Jean Mouisset le vin (un excellent cadeau ! ) et le pain du sacrifice. Je me sentis religieusement libre, quand je pus enfin me passer d'assister à des messes où je m'ennuyais mortellement ! Paradoxalement la cérémonie de mes voeux perpétuels, je l'avais voulue simple et intime. Elle avait eu lieu devant le Père Schoenberger (Ressins, 1971), et quelques confrères, ma famille n'était pas là - ainsi l'avais-je décidé - dans la chapelle de l'École, quelques jours avant que je ne rejoigne l'Allemagne pour ma seconde année d'études.

Ce n'était ni prudence, d'un coté, ni ostentation, de l'autre. Seulement, mes voeux de religion étaient en quelque sorte à moi, et à moi seul. C'est moi qui m'engageais, à la limite, j'eusse pu les prononcer privatim, devant Dieu. L'ordination sacerdotale est in foro, coram populo, in praesentia ordinarii, (en public, devant le peuple, en présence de l'évêque). Elle ne m'appartient pas : un autre m'ordonne. Et dans mon cas, je n'avais même pas été candidat !

Je suis parfaitement heureux d'être prêtre. Mais - je demande pardon si je scandalise - j'aurais été tout aussi heureux, si je ne l'étais pas ! En revanche, quelque chose me manquerait si je n'avais pas prononcé mes voeux de religion. Ma vocation est d'être moine. Dans le monde, mais moine !

Au-delà, et en plus, de cette vocation spécifique, il me faut ajouter que l'Institution Église, dans sa structure, son fonctionnement, son action et l'exercice de son autorité, m'incommode assez pour que j'aie pu aspirer à faire partie de sa hiérarchie. Et son actuel gouvernement, depuis la disparition de Paul Vl, ne m'a jamais inspiré ni satisfaction ni soutien. Si je prie pour le Pape, et l'ordinaire du lieu, quand je célèbre l'Eucharistie, si je demande à mes paroissiens de prier pour moi, c'est pour que nous nous convertissions à Jésus le Christ, ou plutôt pour que nous nous laissions, tous et chacun, convertir par lui... Et paradoxalement, maintenant que je suis prêtre - le premier échelon de la hiérarchie avec les évêques et le Pape « primus inter pares » - je ne refuserais pas d'assumer la charge de l'épiscopat, etc. Puisque j'en fais partie, désormais, autant y être actif et peser de son influence. Peut-être aurais-je à démissionner avant qu'on me destitue, moi aussi. Mais ce n'est pas d'essayer qui m'effraie. L'évangile n'a pas encore été véritablement essayé, sinon par certains groupes, vite réduits et marginalisés par les gardiens du système. Il fallait résister à la tentation constantinienne : le christianisme, c'est-à-dire la foi chrétienne n'est pas une civilisation, n'est pas une culture, n'est pas un alibi politique, n'est pas un organisme sociologique, n'est pas une promotion économique. La foi chrétienne anime les hommes qui, eux, bâtissent des civilisations, créent des cultures, conduisent des politiques, analysent les sociétés, et échaffaudent des économies, etc. Ce n'est pas en préférant l'une à l'autre de ces réalités, et en indiquant sa préférence, que la foi chrétienne joue son rôle, ni un quelconque rôle éthique. Elle s'aliène, au contraire, et devient la proie historique de l'une ou l'autre de ces réalités ! La communauté primitive a cru devoir s'organiser comme tout autre corps social, comme tout autre groupe spécifique, comme toute autre religion ! Ce que l'on constate, c'est une entité immensément, démesurément, disproportionnellement hypertrophiée, dont la prétention universelle a encore plutôt tendance à vouloir coloniser les insconscients. Israël aussi avait voulu un chef, une terre, un peuple (ein Führer, ein Land, ein Volk) : David a commencé, après son fils Salomon, c'en était déjà fini !

Tant qu'on n'aura pas tiré les conséquences pratiques - c'est-à-dire historiques et exégétiques - du fait que les évangiles ont été rédigés alors que l'Église fonctionnait déjà depuis une ou deux générations, hors Jérusalem, dans les grandes villes méditerrannéenes et à Rome ; et que leur rédaction vise entre autres à consolider, conforter et confirmer ce fonctionnement primitif, on ne pourra pas interroger les affirmations dogmatiques, basées sur ces écrits, et qui constitutent la justification d'un tel fonctionnement ! Jésus continuait d'aller au Temple à Jérusalem, dans la synagogue de Nazareth, dans la chambre haute du Cénacle, pour prier, lire et célébrer... L'élaboration de l'Église telle que nous la connaissons relève, à n'en pas douter, du mystère de l'Histoire. Mais ses hiérarques représentent encore trop cette économie du sacré, que le paganisme et le judaïsme jadis, d'autres religions encore, entretiennent dans une nébuleuse de pseudo-mystère et de dogmes gratuits ! On ne veut pas comprendre que pendant qu'il mourait sur la croix, le voile du Temple se déchira en deux, de bas jusqu'en haut. De la Terre jusqu'au Ciel. Parce que Dieu, désormais, était sur une croix : ceci n'est pas une religion...

La communauté, celle de Jean XXIII, ne dura pas longtemps. Deux ans après sa fondation, l'un des jeunes prêtres, incapable de s'adapter à la population scolaire spécifique qui était la nôtre, (le « gratin » du technique) et quelque peu opportuniste, fut appelé à de plus hautes fonctions. L'année suivante, le second jeune prêtre nous quittait, emporté brutalement par un cancer du foie ! Nous ne pouvions, à deux, conserver le F5 ! On nous transféra dans une petite maison qui faisait eau de toutes parts quand il pleuvait, et que nous baptisâmes « l'Ayatollah », à cause d'une manière de marquise à l'entrée qui rappelait la résidence de Khomeiny au temps qu'il séjournait à Neauphle-le-Château!  Le supérieur avait changé, qui voulait notre disparition, elle fut cependant prononcée quand le Provincial changea à son tour. Il y eut crise. Il fallut prendre une décision : le frère resta avec moi ! Nous mîmes nos talents au service des Dominicaines qui, contre un travail dans un de leurs établissements, mirent à notre disposition, une villa au milieu d'un parc au Mont-Boron. La maison fut baptisée « Mannah ! » (ce qui signifie : Qu'est-ce que c'est ? Que nous arrive-t-il ? ). Notre Communauté tint encore, je ne sais comment (le travail certainement ! ) quelque huit ans. Je dus me séparer du frère en 1988 pour des raisons... diverses.

Mais comment se déroulèrent ces treize années niçoises ? Mon Dieu, treize années ! J'avais fondé le S.C.F.D.C. (Service Catéchèse de la Fondation Don Bosco), et développé toute une série d'activités et d'entreprises de formation sur la ville d'abord, la région ensuite, mais avec l'objectif premier de constituer une équipe de catéchistes pour assurer les quelques cinquante heures hebdomadaires données aux mille cinq cents élèves de l'École. J'écumai les jeunes hommes de la Paroisse, de l'Université, certains enseignants et des amis personnels. À la rentrée 75, soit un an après le démarrage, la machine fonctionnait. Parallèlement, l'animation pédagogique se mettait en place, sur le principe d'une participation autogestionnaire (je n'employais jamais ce dernier mot, qui, comme le mot « psychanalyse », provoquait une peur tout aussi immédiate et toute aussi irraisonnée). Mais là, les résistances se raidirent chez les « chefs », des confrères salésiens pour la plupart : il s'agissait du pouvoir, en l'occurence, et le pouvoir ne se partage pas, il se prend ! Au bout de quelques années, tout s'écroula sous le sabotage (conscient et délibéré ? ) de quelques dinosaures qui tenaient les points d'eau depuis des décennies, et en réglaient le débit à leur guise, arbitrairement. Ce sont des fonctionnements analogues qui, à une échelle plus haute devaient, il y a quelques années, provoquer la chute et la fuite du maire de la ville : clientélisme, magouille, combinazione. Et tout cela « ad majorem Dei Niceaeque Gloriam ! »

Il y a des combats que je ne peux pas faire miens, non seulement parce que je n'y crois pas, mais parce que les adversaires que j'y rencontre nécessairement ne valent pas l'énergie que je dépense à cause d'eux... Je cessai donc officiellement mes activités et remis mon mandat d'animateur pédagogique sur la dernière table ronde. Il ne fut repris par personne.

La première période (1975-1980) vit se développer une activité catéchétique, telle, qu'elle occupa (trop, aux yeux de certains, qui me le feront payer) l'attention, le temps et l'espace scolaires. Débats mensuels autour de questions d'actualité, où intervenait l'intelligentsia niçoise ; séminaires et sessions de formation, ouverts à toute personne intéressée, travaillant dans l'enseignement catholique en général ; symposium, expositions, voyages d'études ; rédaction d'un manuel pratique de catéchèse à l'occasion d'un synode national des évêques français. Ce fut la première manifestation d'hostilité des autorités en place. L'ouvrage fut quand même imprimé, mais à Lyon, sous la protection du Provincial - alors que l'école possède une imprimerie professionnelle ! - et envoyé gracieusement à tous les évêques de France dont un grand nombre salua l'initiative. En 1978, un congrès de l'Enseignement Catholique de France, à Rennes, nous offrit un cadre pour faire la démonstration de notre pédagogie catéchétique. Un atelier non-stop fonctionna pendant toute la durée du congrés. Quelqu'un nous observa discrétement, mais presque tout le temps. Le Père Jean Duranton, co-responsable de ces questions en Île-de-France, devait non seulement m'inviter à intervenir dans son territoire, mais devenir mon ami. Un autre homme, important dans ce domaine, le Chanoine Maurice Hirlemann, de Strasbourg, décédé depuis, devait faire le voyage de Nice, pour me convaincre de lancer deux revues mensuelles de catéchèse à l'usage des jeunes, et utilisant textes bibliques transposés en français contemporain, et photos ou dessins symboliques, le tout accompagné d'une fiche pédagogique pratique pour aider les utilisateu rs. Ainsi furent créés « CAP 2000 » et « ULTIMATOM », au service des jeunes du technique et du second cycle.

Mais il me fallait de l'argent, beaucoup d'argent pour entretenir un service qui n'avait aucune rentrée, sinon un « don » annuel que la direction locale accordait misérablement et d'une manière qui faisait croire que le supérieur du lieu tirait cette charité de son escarcelle personnelle ! Que faire ? L'Allemagne vint à mon secours de trois manières différentes.

Georg Kronast, mon schoolmate, (avec qui je traversai l'Europe centrale « en deux enveloppes » ) avait pris la direction d'un organisme de formation. Régulièrement, il m'invitait en Bavière pour animer des séminaires, et de mon côté je lui aménageai un espace à Nice, où des groupes d'Allemands, venaient pendant l'été passer des vacances studieuses, alternant plage et séminaires. Les thèmes étaient variés, mais j'avais à cette occasion, développé un séminaire Chagall qui connut un énorme succès. Le séminaire devait m'inciter à composer un guide méditatif pour le Musée du Message Biblique Marc Chagall de Nice-Cimiez, quelques années plus tard, et dont le manuscrit traîna un temps chez des éditeurs parisiens, faute de l'aide nécessaire que pouvaient - mais ne voulaient pas - m'apporter, autant l'actuelle conservatrice, que les héritiers de Chagall à New York et à Berne : monopole et copyright ! [Depuis, l'ouvrage a été publié à Singapour par NGM Publishers].

Une autre source de revenus et de satisfaction fût l'organisation de séminaires itinérants, en Grèce et en Israël, dont devait sortir un St Marc structural, travaillé avec des étudiants du Grand Séminaire de Munich, au cours d'une magnifique traversée du pays de Jésus : le bus, les tamaris, et les ruines étaient devenues mes salles de cours ! Que d'amis et d'amies allemands ne me suis-je pas fait, non seulement au cours de ces séminaires, mais d'autres encore qui eurent lieu en Hongrie et en ex-Yougoslavie !

Lors d'une soirée à Geretsried, en Haute-Bavière, on me présenta à Harald Hohenacker, « der zweite Mann des dritten Programs » (le Numéro 2 du 3e programme), responsable du département « Sciences de l'Éducation » à la télévision bavaroise. Homme brillant, tourmenté et mystérieux, imprévisible et ombrageux, il me proposa une collaboration de consultant pédagogique et décida, tout de go, de tourner un portrait de moi, au long de mes activités multiples niçoises, dont le récit, disait-il, I'avait fasciné. Date fut prise pour novembre 78, à Nice. Quand l'équipe de tournage débarqua, nous venions d'enterrer l'un des jeunes prêtres de la Communauté. Harald et son équipe ne me lâchèrent pas d'une semelle pendant les deux semaines que durèrent les prises de vues et les interviews. En cours, en ville, au théâtre, sur la plage, dans les rues, chez mes parents, à la messe, en conférence, partout la caméra de Manfred et le micro de Helmuth, sous la direction d'Harald, me cernaient, « m'appuyaient », m'exploitaient. Il en sortit deux films : « Soyez réalistes, exigez l'impossible ! - Un prêtre à Nice » -, un portrait de cinquante minutes ; et un autre : « L'heure de la liberté - Programme pour une catéchèse » - de quarante minutes. Les deux films firent le tour de toutes les troisièmes chaines des Länder de la Bundesrepublik. La Frankfurter Allgemeine Zeitung devait en faire une recension d'une grande demi-page, très élogieuse, concluant que le cinéaste était manifestement tombé amoureux de son héros !... Par la suite, je montais régulièrement à Munich par l'avion du jeudi soir : j'y passais le week-e nd, tournant dans des documents pour la série « Wir und unsere Kinder (Nous et nos enfants) » portant sur la drogue, les fugues ou la sexualité. Le projet le plus intéressant, mais qui n'aboutit pas pour des raisons de prudence « idéologique » s'intitulait - c'était mon idée ! -  « Die Zwölf in Babylon (Les Douze à Babylone) ». Jésus était censé choisir ses disciples à Munich. Les disciples pouvaient être aussi bien des garçons que des filles, mais porter véritablement le nom des Douze. Le casting par l'intermédiaire de la « Suddeutsche Zeitung » fut efficace. Je jouais le rôle de Jésus, mais on ne devait jamais voir mon visage. Les Douze et moi-même étions vêtus de jeans sur lesquels avaient été brodées des fleurs multicolores... La « Pilot Sendung (le film test) » fut consacrée au choix de Mathieu (Mathis) et le titre en était « Der mit dem Geld (L'homme à l'argent, Le type au fric, plus exactement) ». Ce fut proprement prodigieux, les jeunes entrèrent de suite dans la fiction. Trois caméras nous suivirent dans la zone piétonne à la hauteur de la Karlstor au Stachus, dans un Kaufhaus (grand magasin) et en finale, sur un chantier d'Arabellastrasse, boulevard de ceinture encore dans les champs, où se construisait le siège de l'Hypobank, sur le modèle immense d'une plateforme off-shore. La séquence se terminait de la façon suivante : avec le décor de la banque, je m'éloignais au milieu des Douze, en direction d'un troupeau de moutons qui paissaient paisiblement. Nous nous allongions en étoile au milieu des moutons tandis que la bande son devait nous accompagner avec la musique d'Equinoxe de Jean-Michel Jarre ! Applaudissements dans la salle de montage quand l'émiss i on fut bouclée ! Déception (amusée tout de même) dans le bureau du Numéro 1 qui conclut que, réflexion faite, de telles images pourraient choquer le catholique bavarois moyen! Sans commentaire !

Enfin, Josh Pollath, du comité de lecture des Éditions Kösel (Köselverlag), Wittelsbacher Platz, de Munich, eut vent de mes nombreuses interventions, à Furstenried, centre de séminaires et de retraites, avec des jeunes étudiants des différents mouvements de jeunesse du diocèse (et surtout la Landjugendbwegung, la Jeunesse Agricole, dont le frère de George, Conrad Kronast, était l'aumônier général). Josh me demanda d'écrire un livre sur ce que je remarquais depuis plusieurs années de travail, à propos de la vocation sacerdotale et religieuse dans cette aire et cette ère de la chrétienté. Un ouvrage sortit, qui devait de longues années servir de référence pour beaucoup de travaux. Son titre était  « Beruf oder Berufung (Vocation ou métier) ». Je crois qu'il est épuisé, et la biographie succincte de la couverture, me vieillit, sans raison, d'une année, me faisant naître en 1941 !

Ainsi l'argent me venait d'Allemagne. Sans cet argent, je n'eusse pas pu développer comme je le fis, l'entreprise du SCFDB, qui voulait « offrir gratuitement, ayant reçu gratuitement ». Après m'avoir aidé à dessiner à traits pleins les horizons de ma pensée multiple, après avoir enrichi une réflexion de son architecture géante et de sa numinosité habitée, après avoir révélé à mon âme les harmoniques où le fantasme le dispute au symbole, voilà que l'Allemagne me fournissait le nerf de la guerre que je menais au soleil contre la mesquinerie, l'incompréhension et la limite. À chacun de mes voyages, je volais quelques heures au travail pour m'enfoncer et m'élever dans ces chères Alpes Bavaroises, pour me hisser sur les contreforts et plonger du regard dans le Konigsee, pour grimper jusqu'à Berchtesgaden, et en dépit d'Hitler, surpendre l'aube glacée, accrochée parfois aux terribles bois d'un grand cerf ! Le latin en moi se laissait germaniser, avec un grand consentement de tout l'être et un frisson presque brûlant de satisfaction. J'ai découvert depuis comment Frédéric II (le grand, cette fois, le Hohenstaufen) se faisait appeler « puer Apuliae (l'enfant des Pouilles) », et avait fini, lui, par se laisser totalement latiniser, que ce fût, tout jeune, dans les rues et le port de Palerme, où, jeune homme, à Capoue, à Melfi, et plus tard à Castel del Monte.

1980 connut une cassure qui finalement se révéla bénéfique : battu en brèche par le supérieur local, abandonné lamentablement par le supérieur provincial - on n'est jamais mieux trahi que par sa propre famille ! - je conservai mordicus mon enseignement au Lycée Don Bosco (il faut vivre ! ) et proposai mes services catéchétiques au diocèse de Nice, ayant en plus été interdit d'entreprendre quoi que ce soit chez mes frères salésiens, donc chez moi ! Il est certain que j'avais introduit, (avec succès puisqu'on me réclamait ailleurs ! ) des méthodes qui incluaient la méditation Zen (j'en avais fait plusieurs années avec Heimler et d'autres confrères à Benediktbeuern), une herméneutique audiovisuelle, le contrôle vidéo, l'expression libre. J'avais promu la liberté de participation ainsi que le travail par groupes d'intérêt et non par groupes de classe : bref - comme le film d'Harald le nommait - le temps de la catéchèse était effectivement devenu l'heure de la liberté, et, j'ajoute, de la fête et de la re-création, au sens étymologique du terme. Je me demande encore comment tout cela a pu déranger, au point de faire jeter sur moi l'interdit... Je perdis mon bureau et mon téléphone dans le hall du lycée, j'y gagnai automatiquement, en liberté de mouvement, tout le temps que je consacrais depuis 1975 à une permanence, qui permettait à quiconque de venir me trouver, en dehors de mes heures de cours, de 7h00 à 24h00, heure à laquelle je regagnais habituellement mon lit. Sur un mur de mon bureau, un élève de Terminale avait un jour placardé une grande affiche en couleurs, du merveilleux film de Ingmar Bergman « Cris et chuchotements ». Mon bureau était véritablement devenu le lieu des cris et chuchotements jusqu'en 80 !

Sur la Côte, deux écoles se portèrent candidates à la succession : St Joseph à Menton, et la Tramontane à Juan-les-Pins ; en Île de France, ce furent St Thomas à St Germain-en-Laye, et Ste Marie à Meaux ! Je vivais ma semaine en deux mouvements : du lundi soir au jeudi après-midi, sur la Côte ; du jeudi après-midi au lundi soir, soit à Paris, soit à Munich, soit à New York. J'ai déjà dit les facilités que l'aéroport international de Nice-Côte d'Azur offre à quiconque veut en profiter.

À cette époque aussi eut lieu un évènement qui devait entraîner quelques heureuses conséquences. Devant l'inculture religieuse et le multi-confessionnalisme de la plupart de nos grands élèves (plus de dix religions ou confessions répertoriées à l'époque), je décidai de leur raconter la Bible, en suivant un certain nombre de principes narratifs que j'avais mis personnellement au point, à partir des travaux de Marcel Jousse (« La Manducation de la parole », surtout), de Martin Buber (et ses « Contes Hassidiques »), du livre un peu fouillis de Bruno Bettelheim (« Psychanalyse des contes de fée », titre bien mal traduit de l'anglais original que je préfère : « The uses of enchantment Les usages du charme »), et des traductions de la Bible qui commençaient de paraître, d'André Chouraqui. Un de mes assistants prit l'habitude de m'enregistrer à mon insu (il enregistrait ainsi plusieurs versions d'une même « aventure ») et une de mes assistantes, Monique (dont je parlerai en son temps) prit la peine de taper tout cela à la machine. On me remit le manuscrit, plus de cinq cents pages, à un de mes anniversaires : j'en fus plus surpris qu'ému, devant l'énormité du travail réalisé ! Et reconnaissant !

J'avais noué des liens d'une très solide amitié, et qui dure encore, avec le Chanoine Denis Ghiraldi, Vicaire Général et Directeur de l'Enseignement Catholique de Nice, qui ne manquait aucune des manifestations que j'organisais. Il dut un jour participer à un symposium sur la Catéchèse en France, à la rue St Jacques à Paris. Comme il était indisposé, il me chargea de le représenter (ce qui me valut encore pas mal d'inimitiés ! ) :

 - Mais Monseigneur, je n'ai rien à dire !

 - 'Eh bien, racontez-leur la Bible !.

Je le pris au mot, demandai à Paris de me préparer un groupe de garçons et de filles du technique et de les tenir à ma disposition au moment de mon intervention... Quand vint mon tour, je transformai la salle de conférence en théâtre en rond, fis installer des baffles et une moquette où pouvaient s'allonger une dizaine d'adolescents, demandai le silence complet pendant la démonstration, sortis accueillir les jeunes, et procédai à ma « prestation ». Décontraction au sol, immobilité, exercices de respiration, accompagnement de musique (quelque chose que j'avais ramené de Sausalito, CA., « Angelic Music », je suppose) puis chacun/chacune put prendre la position qu'il voulait, et je racontai (aux deux groupes qui me furent procurés) la même histoire du « Jeune Homme Riche ». Silence. Quelques questions, quelques réponses. De nouveau pendant quelques minutes, décontraction au sol. Il était convenu que les observateurs puissent poser des questions aux jeunes. Il n'y en eut pratiquement pas. L'atmosphère était à l'étonnement et au recueillement...
À la salle à manger - je reprenais l'avion de 17 h 00 pour Nice - quelqu'une me frappa l'épaule et voulut me parler. Nous terminâmes le repas dans un café du Boulevard Saint-Gerrnain. C'était Colette Queguiner, assistante de programmation du Père Jean Mansir, op, responsable du magazine de l'émission « Le jour du Seigneur », sur TFI à l'époque. Au-delà des félicitations, elle me demanda d'accepter un rendez-vous avec son boss et d'envisager une collaboration pour une émission biblique à cibler ! Le mois suivant, Jean Mansir me reçut Boulevard Pereire, derrière son bureau et le rideau âcre que sa pipe tirait entre nous. Il était midi passé, et il me demanda à brûle-pourpoint, de lui raconter « comme ça » « La femme adultère ! » Était-ce de la provocation, une mise à l'épreuve, une exemple de muflerie ou simplement un état d'inconscience? Je ne voulus répondre à aucune des questions que je me posais. Ayant exécuté l'adultère, je lui demandai ce qu'il prendrait comme dessert ! Il comprit ! Il abandonna son haut fourneau, « borborygma » une espèce d'excuse, et m'invita à déjeuner. Nous signâmes pour une trentaine d'émissions de vingt -cinq minutes, vendables en cassettes. Je recevrais un cachet, mais sans royalties sur les ventes. En revanche, je gardais la liberté de publier mes textes chez qui bon me semblait. Le manuscrit entra dans la collection « Champs Nouveaux » que dirigeait Pierre Moitel, au Centurion. Les émissions du « Conteur biblique » furent enregistrées entre Paris, Versailles et Meaux, au milieu de grands élèves, sur le modèle de mon intervention à la rue Saint Jacques. C'était toujours une fête, et les réactions du public aussi intéressantes qu'inattendues : depuis le curé de paroisse qui installe une dizaine de récepteurs dans son Église et commence sa messe à 10h30 exactes, pour me laisser la parole sept minutes plus tard ; jusqu'à ces maisons pour handicapés, qui enregistraient le matin, et passaient le film en boucle, dans les différents dortoirs au cours de l'après-midi. Ma famille, mes amis, se rassemblaient autour du récepteur, à l'heure dite. Puis c'était les coups de fil jusqu'au repas de midi. Je retrouvai ainsi des connaissances que j'avais perdues de vue. Du courrier me parvenait de Guadeloupe, de la Martinique, de Nouvelle Calédonie, et aussi bien sûr d'autres pays francophones. Cela dura trois ans !

Ces trois ans transformèrent le service qui devint « Jean Bosco Service », et quelques années plus tard, s'ajouta l'adjectif « International » : J.B.S.I. ! C'est vers 85, alors que tout marchait à merveille (rentrées d'argent, travail, séminaires, production, santé, etc.), à la suite d'un cours de philo, qu'une prise de conscience s'effectua en moi. Un élève, parmi les plus brillants, s'approcha du bureau, à la fin du cours, et me dit, l'air inquiet :

 - Pourquoi vous êtes-vous arrêté pendant votre cours ?

Je me souvenais personnellement avoir dû hésiter sur un mot, mais de là à m'être franchement « arrêté » !

 - Mais je n'ai fait qu'hésiter quelques secondes ! Je dois fatiguer !" rétorquai-je en riant !

 - Non ! continua-t-il, vous vous êtes arrêté presqu'une minute. Tout le monde se regardait. Nous nous demandions ce qui se passait ? Vous étiez absolument ailleurs !

 - Bien!, conclus-je. Merci de me le faire remarquer !

Je pris congé, en tapotant amicalement l'épaule du jeune homme, tout retourné de m'avoir signalé cette « absence » et chagrin de penser m'avoir peut -être fait de la peine. La journée m'emporta dans son maëlstrom. Le soir, j'y revins, plus calmement. Je tâchai de reconstituer ce que j'étais en train de traiter ce matin-là ; c'était, quelque chose à propos de l'incapacité structurelle de la philosophie à résoudre les problèmes concrets et sa seule prétention à les bien poser, parfois. Je me souvins que c'est à propos de la solution, ou plutôt de la non solution des problèmes que j'avais, moi aussi, suspendu ma parole, et qu'un ange, à ma place, était passé... Je pris conscience que je m'étais ennuyé en développant cette idée ; que je m'étais déjà entendu, au moins une fois, le faire, quasi dans les mêmes termes, même si ce n'était pas devant les mêmes élèves ! Je m'étais surpris à bégayer le même cours et, m'insupportant, je m'étais tu, de surprise et d'épouvante, de me répéter, de m'entendre le faire, de ne plus vouloir m'entendre, et de me souhaiter à des lieues de cet endroit... Au cours de cette prise de conscience, je sus que quelque chose arriverait (arrivait déjà) bientôt à son terme : et que c'était cette dimension scolaire institutionnelle de l'enseignement ! Je n'en parlais pas, non pas par secret, mais parce que je ne prenais pas encore la mesure de ce flash critique, de cette remise en question fondamentale d'une activité que j'avais pratiquée jusqu'ici avec autant de naturel que de succès.

J'ai dit plus haut qu'à cette époque, je me rendais régulièrement à New York ; mon champ d'investigation alla aussi jusqu'à Chicago (à cause de Bruno Bettelheim) et à Standford University, Palo Alto, CA., (à cause de Paul Watzlawick). J'ai dit aussi comment je décidai, d'un coup, de me rendre, l'été de Californie, à Bogota, en Colombie, et comment je fus reçu !

La prise de conscience devenait double : celle de changer de « métier », et celle de « partir ailleurs » (« Vous étiez absolument ailleurs » avait dit l'élève ! ). Où ? Pourquoi pas l'Amérique Latine dont on allait « fêter » quelques années plus tard, les « Quinientos Anos » (les cinq cents ans !). Dès 83, j'avais fait la connaissance de mon assistante. Je l'emmenai avec moi un été, où j'avais été invité par l'O.C.I.C. (Office Catholique International du Cinéma) à intervenir dans un Congrès qu'il organisait à Quito, en Équateur. Le Congrès se révèla décevant, mais notre voyage qui devait en outre nous emmener au Pérou, puis en Colombie, me permit (je me souviens certains échanges à Lima, à Cuzco, à Guayaquil et à Bogota) de prendre clairement les dimensions d'un tel choix (venir en Amérique Latine) !

De cette époque datent mes derniers « auvi-clips » (montages audiovisuels, sans paroles, en fondu enchaîné). Quelque chose, une veine - comme dans une mine - était en train de s'épuiser. Une sorte de détachement commença dont se rendaient compte mes proches. Tout continuait comme auparavant, mais un jour je prévins les directions de St Joseph et de la Tramontane que je cesserais, en 89, les contrats qui me liaient à elles. On ne me prit pas au sérieux. St Thomas et SteMarie y crurent. Je me renseignai sur les modalités de prendre une année sabbatique, payée par l'Éducation Nationale. Je fis traduire en excellent espagnol - le mien ne l'est pas ! -  la plaquette de mes sessions et séminaires. Je constituai une bibliothèque sur toutes les questions latino-américaines, aussi bien religieuses que profanes.

Parallèlement à ces actes significatifs, ma relation à mon confrère, en communauté, se détériorait, pour des raisons qui étaient les miennes, certes, mais qui lui échappaient, apparemment : le service devenait une « boutique » bien sympathique, mais dont l'envergure que je voulais pour lui semblait, soit lui faire un peu peur, soit l'indifférer. Un embourgeoisement certain, sans contrepartie suffisante d'efficacité et de performance, joint à la perspective d'avoir à reconsidérer le tout, si je me transportais avec le service, en Amérique du Sud, vint à bout de cette relation qui allait s'effilochant de toute manière. Il fallut deux ans pour lui faire admettre la nécessité de mettre fin à notre collaboration. Il n'écoutait pas, ne comprenait pas, n'admettait pas. Ce fut lorsque je lui signifiai son congé et séparai nos comptes en banque, qu'il se révolta, m'en voulut et s'il m'en veut encore, cela me désole !

À ces mêmes époques 1985-1986, je perdis coup sur coup mon père et ma plus jeune soeur, emportés par le cancer. J'y reviendrai de façon plus circonstanciée, plus loin.

Vraiment quelque chose se terminait. Le rideau allait tomber sur une époque qui avait été riche de toutes sortes de richesses, joyeuses comme des perles, et douloureuses comme des améthystes. La coupole de l'observatoire allait se refermer sur le spectacle éteint du ciel, au petit matin froid des reprises de conscience, des réveils lourds de la nuit, des combats dont l'on sort endurci mais jamais indemne. Ce n'est pas sans nostalgie que je me revois sur la colline des astres et des planètes, entouré de mes élèves à écouter un conteur du firmament.

Et pourtant l'homme qui en septembre 1989 entrait en année sabbatique, et se mettait en disponibilité de l'Éducation Nationale, pour une période indéterminée et pour motifs personnels, avait aux lèvres le sourire des commencements, surtout quand il déboucha sur la rue des Écoles...

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