Éditions XXX
Le roman d'une vie en plein essor...
Toccoli est né conteur. Il sait ménager la curiosité, construit son autobiographie avec art, accrochant ses chapitres à une image-thème, évitant l'ordre chronologique souvent lassant, procédant par plongées dans la durée, autour desquelles cristallisent les épisodes...
Elle vous conduit de l'Algérie d'avant-guerre à la Côte d'Azur, en Bavière, en Amérique du Sud, et à Hong Kong, riche d'initiatives et d'idées, ruisselante d'une joie de vivre juvénile et désarmante.
Cet homme a connu des épreuves, des crises, de grosses déceptions et des persécutions : il aurait pu se montrer amer, voire révolté. Rien de cela ! Une surabondance de générosité et de foi qui emporte tout et fait plaisir.
C'est pourquoi vous aurez plaisir à lire ces pages amusantes et brillantes : cela réconforte en temps de détresse. Mais c'est aussi un livre qui donne à penser : autobiographie d'un prêtre affranchi et heureux, animé d'une foi ardente qui est le secret de sa joie de vivre et de sa force.
Oui, un Salésien hors normes !
Mais qu'est-ce qu'un Salésien ? C'est un disciple de Saint Jean Bosco, l'apôtre génial qui, au XIXe siècle, a réussi à mettre au point une éducation ouvrière moderne, d'abord dans un quartier de Turin, puis dans tout le Piémont, donnant à son Institution le nom de Saint François de Sales, inventeur de « l'humanisme chrétien ». L'oeuvre connut un succès prodigieux en Europe et jusqu'en Amérique du Sud. Les méthodes salésiennes, novatrices, fondées sur l'expérience des jeunes de banlieue, tendaient à réduire la passivité des élèves en les incitant à un maximum de créativité, ce qui est le secret d'une éducation humaniste. Il y a actuellement un peu partout sur la planète des écoles professionnelles dirigées par des Salésiens.
Mais Toccoli a un tempérament explosif ! Les Salésiens, on le verra, ne seront guère pour lui qu'un point de départ. Un jour, ils deviendront un embarras et il lui faudra bien, pour rester fidèle à lui-même, continuer à aller de l'avant. Car cet homme-là n'est pas commode. Il ne se laisse pas encager, il rue, il est sauvage, une force de la nature. Mais cette force est au service d'une âme chaleureuse, d'une vaste culture et d'une indéracinable confiance dans cet Évangile auquel il a consacré sa vie. Voilà le type de missionnaire post-moderne dont on rêve. Point trop encombré de théologie, qu'il a été, bien sûr, contraint d'étudier de près, ouvert à toutes les religions ou plutôt à toutes les consciences religieuses quand il y reconnaît les transcendances qui l'animent, allergique aux langues de bois, aux rites désincarnés, aux traditions sclérosées, mais saisi aux entrailles et définitivement dévoué quand il s'agit de faire entendre aux hommes, à tous les hommes de toutes races, de toutes couleurs, la voix qui s'exprime çà et là dans l'Évangile, avec ses paradoxes, ses paraboles, ses accents d'une telle humanité, qu'elle ne peut être que divine... Ce christianisme là a une audience chez les plus simples comme chez les plus savants parce que sa vérité est immédiatement reconnue et que les coeurs n'ont jamais cessé, depuis 2000 ans, d'entrer en résonance avec ces valeurs-là.
Voilà l'élan apostolique qui soulève cette autobiographie. Or cet élan s'est vraiment incarné dans un drôle de corps ! Un homme débordant de vitalité joyeuse, d'imagination, voire d'humour et de fantaisie, qui ne craint pas d'utiliser éventuellement la provocation pour faire mouche et ne supporte l'astreinte que s'il se l'impose lui-même ; un homme à l'esprit insatiable, ingénieux et créatif, grand chasseur de nouveauté, à l'écoute du monde, mais aussi boulimique de travail souvent ardu, polyglotte, curieux de tout, psychanalyste patenté, donc sans complexes, merveilleusement libre et maître de soi, non pas comme un vieux « sage » qui s'abstient, mais en passionné de la vie, animé d'un bel appétit. Il inaugure un nouveau genre d'évangéliste, à l'esprit large, incarné dans le siècle, ouvert aux problèmes moraux, politiques, économiques, de la planète, qu'il a personnellement rencontrés et souvent affrontés, mais en même temps éperdument attaché, par delà les orthodoxies, à ce message originel des Évangiles où il voit converger toute l'espérance du monde.
Jean ONIMUS