J'ai longtemps hésité entre plusieurs mots pour exprimer cette réalité de « dépassement et de parabolisation d'un système », quel qu'il soit, non pas pour le détruire, mais pour le transcender en quelque sorte dans une continuité qui n'exclut ni les distances ni les recyclages nécessaires. Je me rends compte en tout cas que cela n'est en fait possible qu' « à la marge », au bastingage, là il est possible de délester le bateau, tout en restant à bord.
Quatre préfixes me sont parus susceptibles de rendre plusieurs aspects de ma propre représentation de ce monde où je vis : 'post', 'méta', 'ultra' et 'para'. Ce qui donne un monde post chrétien, méta chrétien, ultra chrétien ou para chrétien !
*** Para chrétien, qu'est-ce à dire ?
Serions-nous arrivés à un état d'après le christianisme ? Peut-être, certainement même, selon la foi chrétienne, selon la « foi des anciens jours »! Mais culturellement chrétien, le monde l'est devenu et le reste(ra) encore longtemps ! Le 'post' est trop ambigu à mon goût, et induit un faux sens sur ma démarche !
*** Méta chrétien, qu'est-ce à dire ?
« Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, ou bien il se désintègre ou bien il arrive à susciter en lui un méta système capable de résoudre ses problèmes.[...] Toute innovation, toute création commence par une déviance extrêmement marginale, parfois concentrée en un seul individu et qui, si elle parvient à se protéger et à se diffuser, finit par devenir une force historique ». (Edgar Morin, in Nouvel Observateur, 2-8 décembre 2004, page 118). Ce 'méta' est séduisant, je ne m'identifie pourtant pas avec sa forte résonance de déviance, justement.
*** Ultra chrétien, qu'est-ce à dire ?
J'emprunte cette expression à Jean-Paul Willaime (La sécularisation contemporaine du croire , in Les Nouvelles Manières de Croire, coll. sous la dir. de Leïla Babès, Paris, Les Éditions de l'Atelier, 1996, pages 48-49 , reprise elle-même par Frédéric Lenoir, dans son étude « Les métamorphoses de Dieu », Plon 2003, pages 211 & 217.
En fait, J-P.Willaime est censé avoir inventé la formule à propos du concept d' « ultra modernité ». Je me suis senti « compris » dans ce que je décris moi-même ici comme un « dépassement » du christianisme de la foi, pour un christianisme de confort culturel et civilisationnel. Et en substituant le terme « ultra modernité » par « « ultra christianisme », cela donne l'essai de définition suivant :
« L'ultra christianisme, c'est toujours le Christianisme, mais le Christianisme désenchanté, problématique, auto relativisé... C'est le déploiement de l'incertitude engendrée par le potentiel permanent de critique que représente le Christianisme lui-même... C'est en quelque sorte le Christianisme sans l'espérance qui l'a fait naître... : plus d'absolu, plus aucun ordre qui s'impose à tous ! » Il y a de la désespérance dans cette réécriture : et je ne peux la partager !
Ce 'para' conviendrait plus en définitive, parce qu'il rejoint une série d'expressions plus courantes comme paramilitaire (organisé comme une armée), parascolaire (en marge des activités strictement scolaires), paramédical (des activités annexes à la médecine), paranormal (qui n'est pas explicable par les lois naturelles), parapsychologie (études des phénomènes psychiques paranormaux).
Toutes ces dénominations ont des colorations mêlées formant une constellation à multiples facettes, comme l'est la et ma situation, que je prétends analyser pour me la donner comprendre. Avec ce qualificatif de 'chrétien' accolé à ce 'monde' dans lequel je suis 'prêtre', ce 'monde chrétien' m'apparaît bien comme apparemment chrétien, mais effectivement en marge de la foi chrétienne professée par les Églises, et la foi chrétienne, je dois la reconnaître comme annexe dans la vie des gens et incapable de donner du sens viable et vivable à leur existence ordinaire !
Il a bien fallu choisir ! J'ai choisi 'para' : oui, je suis un prêtre dans un monde para chrétien !