Vendredi 13 juillet 2001

« Ainsi donc, tout Maître de la Loi qui devient disciple du Royaume des Cieux est semblable à un propriétaire qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes ! » (Mt 13,52) (Comme rien n'est neutre, je remarque, qu'avant de se permettre de tirer quoi que ce soit de la Loi, il faut en être devenu Maître, l'avoir suffisamment étudiée (maîtrise), pour ne pas dire n'importe quoi ! Ce qui suppose de solides études.)

Que tirons-nous de ce trésor, ce matin ?
Gén 46, 1-7.28-30 : Jacob part pour l'Égypte avec tous ses biens et toute sa descendance, puisque Joseph l'exige, avec la promesse de la protection de Yahvé et aux frais de l'état ! Et c'est les retrouvailles entre le Père et le Fils !

Mt 10,16-23 continue ! Conseils et avertissements à ceux qui Le suivent : des brebis au milieu des loups
adroits comme des serpents et candides comme des colombes
se méfier des hommes
l'Esprit parlera par votre bouche : ne craignez donc rien
votre propre famille vous trahira
on vous haïra à cause de moi
ne vous laissez pas prendre : changez souvent de domicile !
Tenez jusqu'au bout : alors vous verrez !

La liturgie quotidienne me permet, de traiter un thème récurrent depuis une semaine : les conditions de la « sequella Christi » : quelles sont les conditions pour suivre le Christ ?

Comme Jacob, et Abram avant lui, et Joseph qu'il rejoint : il faut se déplacer, aller voir ailleurs, quitter le familier qui retient prisonnier, aller par le monde entier. On n'y échappe pas. Que ce soit pour découvrir, changer d'air, apprendre, ou missionner, - et même s'il faut revenir -, d'abord partir ! Même l'enfant prodigue le fait. C'est ce qu'a toujours fait Paul ; c'est ce qu'a dû faire Pierre, même à contre coeur ! Ensuite se mêlent qualités innées et qualités acquises : courage à toute épreuve et art de l'esquive physique et morale, adresse, à la fois, et candeur, circonspection et foi inébranlable, détachement de tout et de tous, savoir à quoi s'en tenir et n'attendre aucun retour, ténacité, enfin, jusqu'à la victoire finale !

Voilà 6 couples de qualités qui rejoignent les développements précédents et synthétisent la formation humaine de l'appelé ; c'est pourquoi il faut un « maître », un référent, un tuteur, un accompagnateur, qui ait « une main de fer dans un gant de velours » (St François de Sales, repris par St Jean Bosco).

Ce qui revient sans cesse, c'est le couple formé par l'appelant et l'appelé, par les appelants et les appelés ! Il faut constituer une équipe d'appelants, qui se frottent à tous ces exemples évangéliques et/ou bibliques. « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis ! » Il n'y a pas de paranoïa là-dedans, seulement une exigence objective de la tâche : la recherche des recrues et leur drill ne s'improvise pas (comme des brebis au milieu des loups ; le serpent et la colombe ; les trahisons des proches ; la haine de certains ; la persécution des autres : voilà les conditions de l'action apostolique. Ce sont les êtres qui ont en puissance ce type de dispositions qu'il faut enrôler, puis suivre et aider. À condition d'être soi-même ce type de disciple !)

Où prospecter ? Dans quels milieux appeler ? Quel type de corps sacerdotal faut-il privilégier ici et maintenant ?

Il est clair que c'est Dieu qui met au coeur des hommes cette appétence spécifique que nous appelons la vocation. Ce qui veut dire qu'il nous faut exister visiblement et parler quelque part, si nous prenons l'initiative de notre côté, en laissant Dieu libre de ses initiatives de son côté !

On ne dira jamais assez que chaque diocèse a une originalité, et notre originalité ici est multiple. D'une part une catégorie de fidèles de tradition catholique, de fond italo piémonto ligure, portés à la fois par une tendance socialo garibaldienne et un fidéisme empreint d'une certaine superstition : traditions, processions, grandes cérémonies avec prélats, chanoines, pénitents de toutes les couleurs, saints et saintes renommés, aux statues et chapelles hautement vénérées... Cette catégorie commence à se réduire par extinction naturelle. Mais elle est encore vivace : elle a ses desservants, ses paroisses, ses églises et ses manifestations. Bien ! Il y aura toujours l'un ou l'autre prélat, chanoine, archiprêtre, prêtre, diacre ou maître partageant cette sensibilité religieuse, et heureux d'y être mandaté ! D'autre part des couches diverses représentant les apports successifs des populations, qui se sont déversées sur ces régions accueillantes depuis toujours aux émigrés de toute la Méditerranée et des pays du Septentrion (autrefois Phéniciens, Grecs et Romains ; puis Byzantins, Arabes et Turcs ; maintenant : enfants de tous les Balkans en permanence ; depuis 1962, Pieds-noirs d'extractions diverses ; Russes et Centre Européens depuis la Chute du Mur, etc.) À ceux-là s'ajoutent Britanniques, Germains et Beneluxembourgeois : amoureux traditionnels d'un soleil chiche chez eux ! Quand on aura parlé des presque 50 000 étudiants internationaux de l'UNSA, des afflux saisonniers dus aux tourismes divers (vacances et congrès) ainsi qu'aux quelque 120 festivals de tout acabit, qui, de Fréjus à Menton, occupent toute l'année, et enfin, - last but not least -, les 30 000 travailleurs et étudiants chercheurs permanents de la Technopole Internationale de Sophia-Antipolis (TISA) (70 nations, 20 langues)... on aura un pâle reflet des populations à évangéliser ; et pour celles-là, on ne peut pas dire que l'élaboration d'une infrastructure en hommes et en matériel ait été suffisamment prise en considération !

Et on comprend la difficulté ! (C'est une des raisons pour lesquelles il ne fut pas trouvé de curé volontaire local pour la TISA !) Cela doit changer !

Oui, quel type de corps sacerdotal faut-il désormais privilégier ?

Car même pour le peuple diocésain « ordinaire », - celui qui ne fréquente habituellement ni les festivals, ni les facultés, ni les écoles de commerce, ni la TISA..., les influences exhalées par ces pôles porteurs de la civilisation d'aujourd'hui et de demain - , l'image et le son, le numérique, les technologies de la communication, la recherche universitaire dans tous les domaines (dont la bioéthique, par ex.), l'e-trade, la globalisation, Internet, l'informatique en général, la pratique des langues étrangères, le voyage, etc. Tout cela donne à l'air que l'on respire une certaine (mauvaise) qualité (peut-être !), et cette qualité participe d'un changement de mentalité, de représentation, de symbolique dans les relations des hommes avec eux-mêmes, entre eux et avec ce qui les dépasse...donc d'attente spirituelle, religieuse et même mystique ! Frotté à toutes les religions, à tous les courants philosophiques, à toutes les conceptions du monde, à toutes les pratiques secrètes ou publiques, - qui pullulent chez nous - , le catholique 06 doit pouvoir compter sur des pasteurs, des animateurs, des guides qui, sans maîtriser tout le réel existant, soient suffisamment au fait de ce qui se passe et de ce qui se fait pour intervenir es qualité dans des débats / controverses / séminaires / télé / radio etc. et même pour organiser eux-mêmes, - au nom de l'Église qui est à Nice -, colloques, symposiums, conférences, cours, conférences, séminaires etc. pour être présents et agissants dans un avenir qui se construit aujourd'hui ! L'Église l'a toujours fait sous l'impulsion des papes et des évêques, ou en déléguant ces responsabilités si nécessaire ! Aux grandes cassures épistémologiques de l'Histoire, il y eut toujours quelqu'un qui releva le défi des avenirs possibles !

On peut baisser les bras, et renoncer ! Combien étaient-ils quand ils ont débarqué à Rome, et dans tous les ports marchands de l'Empire ? Étaient-ils préparés, - Paul oui, Matthieu peut-être, Luc aussi : mais les autres ? -, à affronter toutes les philosophies et cultes gréco asiatiques, ptolémaïques, chaldéens, germains, gaulois etc. Et la rhétorique et la grammaire ? Et l'administration et le droit ? Etc. Un siècle plus tard, après les grandes persécutions, l'armée et la magistrature étaient acquises ! Deux siècles plus tard, ils étaient devenus la religion impériale (ceci est une autre histoire !) et Ambroise était préfet de la ville et archevêque de Milan !

D'après l'Annuaire Diocésain, nous pouvons constater que, théoriquement au moins, nous n'étions pas dépourvus, à considérer le nombre et la qualité de nos diplômés ! Mais « quand la bise fut venue »... Alors ? Que se passa-t-il ?

Première question : quels sont les domaines sensibles ? (Faut-il favoriser le culte et l'administration des sacrements, bref « notre fonds de commerce » ? Cela est déjà fait, autant qu'il est possible avec nos effectifs existants !)

Qu'en est-il alors de la catégorie "jeunes" ?

Je crois qu'il faut être dans le milieu, pour toucher le milieu (théorie de Lénine ; Jésus dit : comme des brebis au milieu des loups) ; former une équipe d'intervention tous azimuts : des animateurs, pas nécessairement prêtres ; être « bons » dans les disciplines étudiées par ces étudiants (pour jouer éventuellement et à l'occasion les répétiteurs) ; à l'écoute, donc formés à l'écoute (et Dieu sait dans quelle misère on peut se trouver à ces âges) ; proposant, en temps opportun, voyages, rencontres, entretiens, aide psychologique (en fonction des topiques) ; au moment opportun, ne pas hésiter à proposer LA Voie !

Les « jeunes » pratiquants : il y en a encore ; il s'agit de les repérer presque systématiquement, de les approcher à une occasion ou à une autre : par exemple les solliciter pour une action. Mais pas un seul : toujours au moins deux, qu'ils puissent se reconnaître et se rendre compte qu'ils ne sont pas seuls. Leur proposer plus loin de réfléchir ensemble sur leur avenir de Chrétien engagé et les aider à trouver la forme d'engagement qui leur convient.

Faire savoir par voie de presse, etc. que l'Église embauche : tracts à la sortie des établissements d'enseignement supérieur, bourse aux métiers et professions, affiches, resto-U, couloirs, librairies, bibliothèques, portes des églises et autres centres, campagne de pub en ville (bus, murs, voitures, etc.), Internet...

Une fois ces pubs diverses faites, et sur invitation personnalisée, organiser une journée « Colloque Témoignages Échanges Questions » aux Îles de Lérins, par exemple, ou à Monaco (deux cadres différents), en invitant des prêtres, soit, mais toutes sortes de catégories de chrétiens : travailleurs sociaux, chercheurs, enseignants, écrivains, intervenants divers (économie, politique, informatique, médecine, artistes, etc.) ; se mettre à plusieurs diocèses, par exemple !

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