Mercredi 18 juillet 2001

Que contient ce matin le marché de la ménagère biblique  ?
Un peu d'Exode (3,1-6.9-12), et trois versets de Matthieu (11,25-27) !
Moïse est confronté au Buisson Ardent, au-delà du désert, à l'Horeb.
Il fait le détour pour se rendre compte, et Dieu l'appelle et se révèle à lui.
Après reconnaissance, Dieu l'envoie en mission : faire évader le peuple et l'amener ici lui rendre un culte !
Il lui promet assistance !

Jésus remercie Dieu de se révéler aux « tout-petits » avant qu'aux sages et savants,
et déclare que tout lui a été confié à lui, par qui tout passe désormais.

Il s'agit bien ici de l'expérience même de Dieu et des conditions de cette expérience : traitée d'une part dans Exode, de façon narrative, d'autre part, chez Matthieu, de façon apodictique.

Voici donc un homme établi, avec femme et enfant, servant les intérêts de son beau-père dont il compte tout hériter un jour ; il a fait une « croix » sur son passé, à la fois noble et meurtrier ; il n'en a peut-être jamais parlé à quiconque, - c'est son secret : tout homme en a un ! C'est devenu un éleveur, un propriétaire terrien, un chef de tribu. Et il a même un héritier mâle : comblé, il est comblé ! Il ne pense qu'aux brebis mères qu'il est en train de mener, avec ses cow(sheep)boys, vers les gras pâturages de l'Horeb, au-delà du désert, au cours de cette grande transhumance de printemps ! Tout est clair dans sa vie !... Eh bien non : tout doit encore arriver ! Chez Samuel, l'appel viendra très tôt : mais nous avons vu que chez Ignace, François et Augustin, c'est plus tard ! Comme ici, avec Moïse ! La bonne trentaine ! (N'oublions pas que Jésus « se met en route » autour de la trentaine).

L'ambiguïté avec l'expérience de Dieu, c'est qu'elle ne se commande pas : elle « surprend » toujours ; elle vous tombe dessus ! C'est un événement éminemment personnel et personnalisé : elle va s'incarner dans l'épaisseur de la vie que mène celui qui en sera le récipiendaire. Il n'y a pas de situation humaine privilégiée pour cette expérience. Tout style de vie l'est, en tant que mode d'existence ! Militaire (Ignace), fils à papa (François), avocat (Augustin). Dieu, qui sait et voit tout, se prépare, presque en souriant à rencontrer le candidat qui très souvent s'attend le moins à cette rencontre !

Mais que possède donc « ce candidat à la rencontre », qu'il ignore lui-même, mais dont Dieu est conscient et « sait par expérience » que ce sera la condition déterminante de la rencontre  ? !

C'est Matthieu qui situe la réponse dans la prière de louange de Jésus. Il semble s'agir de « quelque chose » qui tourne autour de la notion de « petit » et même de « tout petit », en opposition des notions de « savant » et de « sage ». Employés de cette façon, ces mots se distinguent d'abord par leur valeur qualificative : « petit » et « tout petit » qualifiant les enfants, et « savant » et « sage » qualifiant des adultes. Ensuite, Jésus, dans la foulée, s'attribue (v. 27) la totalité (tout... ) de l'expérience de Dieu, et son exclusivité (personne..., sinon...) de partage, et renvoie d'abord au thème de l'« enfance spirituelle », que Matthieu développera plus loin (18, 3b) : « Si vous ne changez pas pour devenir comme des enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux » et au thème de Jésus, resté « l'Enfant Jésus », dans le verset suivant (18,5) : « Et l'homme qui reçoit un enfant comme celui-ci, à cause de Moi, Me reçoit Moi-même ! ».

Jésus peut revendiquer totalité et exclusivité de l'expérience de Dieu, parce que, dans l'adulte qu'il est devenu, il est resté « l'enfant en fugue» retrouvé au Temple de Jérusalem, « vaquant aux affaires de son Père » ! C'est cet enfant-là, - et ces enfants-là ne meurent jamais ! -, qui peut dire cela !

Moïse, - quel que soit le film qu'il se joue, et joue éventuellement devant sa belle famille, ses alliés, ses clients -, Moïse est resté celui de l'Égypte, - enfant sauvé des eaux par la princesse, nourri par sa mère juive, éduqué à la cour comme un prince égyptien, ému du sort de ses co-religionnaires, meurtrier par « patriotisme », puis fuyard et « chanceux », parce que beau gosse, malin et entreprenant,... bien que bègue ! C'est le secret de l'homme !

Prenons Ignace, - benjamin de 13 enfants, couvé par sa soeur aînée, pieuse et forte, qui lui procurera ses lectures lors de sa convalescence dans le manoir familial -, et ses rêves de chevalerie, amoureux de l'Infante, ancien page à Aravelo et à Najera : c'est celui-là que Dieu attend dans sa chambre de la Casa del Torre des Loyola ! Il s'en souviendra dans son « Récit » !

Et François ! C'est le troubadour, le chanteur, le poète, l'amoureux de Claire, celui à qui tout réussit ; celui que son père à prénommé ainsi, car la nouvelle de sa naissance lui fut apportée alors qu'il traversait la Provence, dans de Royaume de France, retour d'une foire aux draps à Reims ou à Gand ! C'est l'insouciant et le généreux François, que Dieu attend au retour d'une folle nuit !

Augustin, enfin ! Augustin, brillantissime, irrésistible et ambitieux, aux plaidoiries assassines, doté d'une maîtresse aimante et d'un superbe fils naturel Déodat (don de Dieu ou donné à Dieu  ? !), et surtout, porté par Monique, une mère qui n'a jamais renoncé à ramener ce fils unique, son seul enfant, à Dieu ! C'est l'Augustin choyé, entouré, protégé, reconnu, adulé que sa ville portera sur le siège épiscopal, en ce temps où la « vox populi » était encore la « vox dei » !

Le petit prince, le jeune page, l'enfant poète et l'élève tête de classe : voici les « petits » à qui Dieu se révèle, parce que les adultes qu'ils sont devenus - éleveur, officier supérieur, grosse fortune, maître du barreau, - n'ont pas réussi - , tout « grands et savants » qu'ils étaient ! , à tuer en eux cet « esprit d'enfance » que Dieu affectionne par dessus tout, et qui est pour lui, la condition nécessaire et suffisante pour avoir accès à son « amour de Père ».

Car elle est là, la seule vérité. Le Dieu de Jésus-Christ (c'est la finale qu'ajoute Blaise Pascal, à la formule biblique, lors de sa « Nuit de Feu » : « Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, Dieu de Jésus-Christ ») est un Père, et en tant que Père, il (n') aime (que) les enfants !

La conséquence pour les responsables des vocations  ? Cette responsabilité, - comme certaines autres -, ne saurait se passer de s'être mis soi-même à l'épreuve de cette anamnèse enfantine -, et pas infantile Quel que soit l'âge auquel nous prétendons avoir « entendu » l'appel (toutes les circonstances et conjonctions decirconstances sont possibles), il y a eu un âge précédent, il y a eu de l'« avant », avant ce démarrage. C'est de ce côté qu'il faut chercher, « anamnéser » ! « Chaque homme porte en lui la forme entière de l'humaine condition » rappelle Montaigne : que chacun prenne le temps de re-voir sa genèse, comme on re-voit sa copie ! Combien de choses échapperont toujours à notre conscience : nous ne verrons jamais qu'1/9e de l'iceberg. Ce sont les huit autres neuvièmes qui intéressent Dieu : car là, notre mystère rejoint le sien, et c'est dans nos mystères confondus au coeur de son éternité, que se joue / prend notre décision commune d'être tout l'un pour l'autre !

Procurer à l'« appelé en puissance » la même opportunité ! L'adulte est le fils de l'enfant ; l'enfant est le père de l'homme ! L'être humain est une histoire : sans « en faire toute une histoire », il n'est humain que pour autant qu'il n'est pas le simple fruit « du hasard et de la nécessité ». Les personnes et les événements significatifs pour lui, sont aussi significatifs pour cette aventure particulière, et souvent hors normes, qu'est « la » vocation. Sans empiéter sur les plates-bandes du Saint-Esprit (qui souffle etc.), on ne peut agir sans la prudence ni le discernement, dont on lui demande en permanence d'entourer notre jugement plus qu'enclin à l'erreur !

Comment  ? Unité de temps, de lieu et d'acteurs ! Quelque chose comme les Exercices Ignaciens (version courte de 10 jours, pour un départ), pourrait être adéquat. Le lieu est important dans la mesure où il doit correspondre à certains critères d'isolement strict, de confort relatif et d'esthétique simple mais porteuse ! (J'ai, plus haut, évoqué une traversée en bateau : cela serait parfait !) Certains diront que cela ferait cher.

Sachez que mes exercices de 30 jours, à la Baume les Aix en janvier 1991, m'ont coûté :

Sachez aussi que mon actuelle traversée À /R, pour 24 jours, tout compris me revient à 13 000F, (2000 euros) soit 541 F (80 euros) / jour.

0n le comprend aisément, le choix de l'« accompagnateur » est ici crucial, tant du point de vue de la qualité de sa formation professionnelle (sciences religieuses et humaines), que de ses qualités humaines (équilibre affectif, discernement et guidance) ; un immense amour pour Jésus de Nazareth (évangiles « par coeur »), une grande fidélité à l'Église (sed semper reformanda), éclairée par une non moins grande docilité aux flashes de l'Esprit (factus est repente), dans l'obéissance de la foi (oboedientia fidei, sed critica) envers son évêque.

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