Vendredi 20 juillet 2001

[Mais tout ce que j'écris, est-ce bien sérieux pour des ecclésiastiques patentés et croulant sous les responsabilités ? Moi, j'ai surtout le sentiment de fonctionner à l'intérieur d'un « brainstorming » permanent, où, par définition, il faut faire « tempête dans le crâne » !
Ne faut-il posséder certaines dispositions contestatrices pour le moins, et audacieusement iconoclastes, pour concevoir et recevoir un tel travail ?]

Encore de l'Exode (11,10 - 12,14) : le Pharaon s'entête devant Moïse et Aaron.
Alors Yahvé va inventer la Pâque !
L'agneau, le repas, le sang sur la porte, les pains azymes, les herbes amères, ne laisser aucun reste...
Manger debout, prêts à fuir...
Mort de tous les premiers-nés égyptiens , - hommes et bêtes - , sauf les Hébreux, protégés par le sang de l'agneau.
Institution du mémorial perpétuel de la Pâque !

Encore du Matthieu (12,1-8) : c'est le coup des épis dans le champ, un jour de sabbat : les disciples en arrachent et en mangent, reprochent les Pharisiens !
Jésus les renvoie à deux leçons : celle de David en fuite et se nourrissant, lui et ses compagnons, des pains de propositions réservés aux seuls prêtres ;
Et celle des prêtres eux-mêmes vaquant dans le Temple ce jour-là.
Deux conclusions : Dieu préfère la miséricorde aux sacrifices.
Le Fils de l'homme est maître du sabbat.

 

Revenons donc à Moïse et Pharaon, et à Jésus, les Pharisiens et David !

Quand l'ordre établi génère l'injustice, et donc la violence de résistance, alors, répondre violemment à l'ordre injuste établi, c'est agir en état de légitime défense ! Ceci est du St Thomas d'Aquin, pur et dur. C'est aussi ce qu'illustrent nos données scripturaires aujourd'hui, et qui s'appliquent aussi aux périodes de pénuries diverses, comme la liberté, la nourriture,... les vocations !

Il faut obéir aux gens en place, - Paul le répètera, il faut même prier pour eux -, tant que la vie n'est pas en jeu. Ici, c'est un génocide, - la liquidation systématique du peuple -, même Dieu, qui a tout essayé par l'entreprise. « Moïse et Aaron Bros », décide de passer à l'escalade qui lui est imposée, mais il en fait une « Institution », pour sauver l'homme de la mort : c'est l'invention de la Pâque, ce passage réel de la mort à la vie, en s'évadant du Konzentrationlager pharaonique par la Mer Rouge, - chacun son Midnight Express !... Et la mort se retourne contre ceux qui y condamnaient les autres, au nom de leur pouvoir discrétionnaire : ce ne sont plus les mâles hébreux, mais les égyptiens qui en seront les pauvres victimes. Retenons de ces faits, aujourd'hui, que cette institution, dont l'initiative est attribuée à Dieu lui-même, rejoint celle dont il est question chez Matthieu.

Il s'agit du culte rendu à ce même Dieu, et en particulier de l'observance du « sabbat, 7e et dernier jour de la création du ciel et de la terre », jour de repos, institué par Dieu, pour l'homme ! La voilà, la vraie miséricorde : elle est au service de l'homme, comme Dieu lui-même s'est mis au service de sa créature !

Mais nous ne sommes pas encore à la pointe, au sommet, à la conjonction du sens développé par les deux épisodes liturgiquement liés pour notre édification : que cesoit le Sabbat, que ce soit la Pâque, quelles que soient les institutions, - divines et humaines -, elles sont toutes ordonnées au service de l'homme, et non l'homme ordonné aux services des institutions ! Le sabbat est fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat : de même, la Pâque fut inventée pour l'homme et non l'homme créé pour la Pâque.

[C'est pourquoi l'apex de cette réalité, voulue par Dieu, se rencontre dans la conjonction unique (et 'solennelle' = une seule fois par an), pour la Passion et la Résurrection de Jésus-Christ, où le sabbat juif (samedi saint) devient le lieu vide par excellence, entre la mort de la veille (vendredi saint) et la résurrection du lendemain (dimanche = jour du Seigneur). C'est le nouveau jour de Dieu, - nouveau sabbat, donc -, qui inaugure la nouvelle création (le 1er jour de la semaine, Marie, etc. s'en allèrent au tombeau...). Non plus le dernier jour, mais le premier jour : le Chrétien commence la semaine par « se reposer » ! ]

Les conclusions sont à la fois terribles et libératrices, si nous acceptons de courir des risques pour profiter de cette libération, et de profiter de cette libération, malgré les risques encourus !

En effet : Yahvé institue « quelque chose » (La Pâque) qui a pour but de libérer, mais il faut alors courir (et vite !) le risque de la Mer Rouge, - et plus loin, le risque du désert du Néguev -, ... pour devenir le Peuple de Dieu et n'être plus les esclaves de Pharaon ! Jésus, le Fils de Dieu des-institue « quelque chose » (le Sabbat) qui, à l'évidence, entrave (rait) la survie de ses compagnons, comme il aurait entravé la survie des compagnons de David, à l'époque ! Mais alors, il faut maintenant se réclamer de Jésus contre tous ceux qui veulent sa mort, (comme dix siècles plutôt, il fallait se réclamer de David contre le roi Saül qui voulait sa mort !)

Tout cela pour tirer les leçons de cette liturgie catéchétique : nous avons peur de faire sauter certaines institutions (comme Jésus le sabbat), ou d'en créer d'autres (Yahvé inventant la Pâque), parce que nous sommes restés foncièrement idolâtres de l'establishment : « même si ça marche mal, - et même si ça ne marche objectivement pas ! -, il y a au moins quelque chose en place ! » ; ou peu enclins à prendre des responsabilités lourdes de conséquences : « moi, vous savez, j'obéis, hein ! » ! Et celui qui se retrancherait derrière un « Mais nous ne sommes pas Dieu, quand même, ni Jésus, ni... le pape... ! » se disqualifierait par le fait même, parce qu'il nierait l'incarnation, la coresponsabilité et le principe de subsidiarité !

En matière de vocations, d'appel (d'appelants/appelés), il faut trouver autre chose de radicalement différent. Nous ne pouvons pas aller plus mal ! Nous sommes saignés à blanc, s'il est vrai que sans eucharistie, il n'y a pas de communauté chrétienne ! Inventer les prêtres qu'il nous faut, et abandonner les moules où nous fumes coulés nous-mêmes. Les institutions (Pâque, Sabbat, dans les exemples de ce jour) sont au service de l'homme, des hommes, des Chrétiens, du Peuple de Dieu, et pas le contraire ! La solidarité n'est pas synonyme de suicide collectif : non, il ne faut pas à tout prix alimenter un séminaire, parce qu'il faut un séminaire !

Abandonner l'institution quand elle coule et qu'elle engloutit avec elle les derniers survivants : elle a pu correspondre, elle ne correspond plus ! Nous sommes libérés de la peur de la mort, nous avons les promesses de la vie éternelle, nous avons sapromesse d'être toujours avec nous jusqu'à la fin du monde ! ... « LE » croyons-nous ? Ne faisons pas comme Pierre sur le lac, quand il le vit marcher sur les eaux : « Jésus, fais moi venir jusqu'à toi ! - Viens ! - Aïe ! Je coule ! - Pourquoi as-tu douté ? »... Ou alors, cessons de nous plaindre, et continuons de... consacrer des évêques et d'ordonner des diacres !

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