Dans Exode (14,21 - 15,1), Yahvé orchestre la traversée de la Mer Rouge, en donnant quelques conseils à Moïse, tandis que « lui-même observe le spectacle depuis le sommet de la colonne de feu et de nuée » :
Une fois passés les siens, il laisse la mer reprendre sa place et précipiter l'ennemi !
Tout simplement !
Matthieu (12,46 - 50) : c'est une autre version synoptique de « la vraie famille de Jésus » :
Il y a celle, naturelle, de la chair et du sang, et
Il y a celle, spirituelle, constituée par tous ceux qui font la volonté de Dieu, mon Père.
Voilà administrée la preuve de ce que j'aime à répéter au début de mes homélies : le choix des textes des écritures prévus pour la messe ne sont ni l'effet du hasard ni ne doivent se recevoir chacun pour soi, mais ensemble, comme s'éclairant l'un l'autre de la lumière spécifique dont chacun est le reflet, entendez la lumière de l'Esprit Saint qui les inspire précisément !
Ainsi ce matin : la liturgie nous ressert « la famille de Jésus » (variation minime Marc / Matthieu). Mais hier, c'était en compagnie de Tobit et sa première nuit de noces avec Sara : aujourd'hui, c'est avec le Passage de la Mer Rouge ! Il va falloir appréhender ce quasi même texte d'hier, avec l'éclairage Exode qui nous est « imposé » aujourd'hui ! Eh bien, autant hier, il s'agissait de fonder une famille, pas n'importe laquelle, pas suivant l'instinct seul, mais pour avoir une descendance digne de notre ascendance, et dont le critère est se suivre la volonté de Dieu et de la mettre en pratique, ce matin il va s'agir d'autre chose. Il va s'agir de choisir, de sérier, d'élire et d'éliminer, de discerner, de sanctionner... aussi dur et injuste, voire impitoyable que cela puisse paraître. C'est le fameux : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vus ai choisis ! »
Exode : c'est depuis le sommet de la colonne de feu et de nuée, depuis Sirius, depuis en haut, là où l'on a la vision la plus étendue et la plus libre d'obstacles, depuis le point de vue aérien, que Yahvé, à la fois donne ses ordres à Moise, choisit de sauver le peuple élu, et laisse la mer engloutir à jamais les autres !
Matthieu : c'est depuis l'intérieur de la maison que Jésus entend ce qu'ON lui dit, qu'il désigne sa famille en montrant ceux qui sont assis dedans, en cercle autour de lui et qu'il ignore donc les autres, ceux qui sont dehors, à l'appeler !
Trois acteurs, quatre avec Yahvé d'un côté et Jésus de l'autre : Yahvé / Jésus, un intermédiaire (Moïse / On), les uns, élus (Les Hébreux, les siens / Ceux qui écoutent et pratiquent la volonté de mon Père), et les autres, exclus (Les Égyptiens / La famille « de la chair et du sang »)
C'est donc une méditation sur le travail éminemment difficile de l'appelant ! À l'instar de Dieu (Père ou Fils ou Esprit), il est lui-même mandaté et conseillé pour faire le tri : élire certains parmi tous ceux qui "se sentent" appelés. Suivant l'adage : beaucoup sont appelés, mais peu sont élus !
Ce qui suppose un certain nombre de "qualités", innées et/ou acquises, correspondant aux 6 items précédents : une relation « familiale » avec les Trois Personnes de la Sainte Trinité (entreprise « God & Sons ») ; une foi dans « la grâce d'état » dont son mandat lui fait don, via le pouvoir épiscopal (« lieu-tenant ») ; une formation « Hi Fi » au discernement des esprits, des reins et des coeurs (« la colombe et le serpent ») ; le goût du risque dans la décision (« Le Royaume des Cieux souffre violence, et ce sont les violents qui l'emporteront » ; mais aussi, on peut se tromper : « Le Jeune Homme Riche ») ; le courage de décevoir les illusions et les erreurs, quoi qu'il en coûte ! (« Les invités à la noce qui se dérobent : pas un n'entrera... etc. ») ; ne jamais oublier que nous serons toujours le « petit troupeau », le « shear ya shoub (Isaïe = le petit reste »).
Notre pèche scripturaire nous offre à la criée ce matin de St Jacques de la 2e aux Corinthiens : 4, 7-15 : Nous, les Apôtres :
Nous transportons des trésors et pourtant nous ne valons personnellement pas grand chose ;
Nous subissons au jour le jour le même sort que Notre Seigneur Jésus Christ ;
Nous parlons parce que nous croyons ;
Et nous croyons que Celui qui a ressuscité Jésus Christ, nous ressuscitera comme lui, et « nous mettra avec lui » (selon la vision d'Ignace, en l'église de la Storta, sur le chemin du retour vers Rome) ;
Tout ce qui nous « arrive » ne fait qu'augmenter la grâce pour chacun et pour tous !
De Matthieu : 20, 20-28 : Voici que Madame Zébédée, mère,
Se met à intriguer pour ses deux fils Jacques et Jean : qu'Il en fasse ses 2 « bras droits » ! [Ceci se passe en leur présence]
« Vous dites n'importe quoi !... Iriez-vous jusqu'au martyre ? »
« Oui ! »
« Soit ! Mais le reste dépend de mon Père : il fait ce qu'il veut ! »
[Il en profite pour en tirer une leçon pour les Douze, indignés ( ! ?) par les prétentions des deux frères] :
« Personne n'ignore comment ceux qui ont un pouvoir l'exercent sur les autres... Entre vous, pas de ça !... Le plus grand, c'est le serviteur, et le premier, c'est l'esclave ! »
« Je suis venu pour servir tous les hommes, jusqu'à la mort s'il le faudra ! »
Ces textes nous rappellent, sainement, toute une anthropologie du mental , illuminé par la foi, que le nouvel appelé doit acquérir au fur et à mesure qu'il se prépare / est préparé à « servir » dans les rangs de Jésus de Nazareth. Et ce, de façon très sériée. Conscience de soi, car nous sommes appelés à représenter « Quelqu'un » et à proférer « Ses paroles », « Quelqu'un et paroles » qui nous donnent la seule valeur à laquelle nous puissions prétendre : celle d'en être les « serviteurs » : car c'est effectivement à leur service que nous sommes appelés. Destinée terrestre, car elle sera la même que celle du Serviteur Suprême (Isaïe) : incompréhension, rejet, persécution, mort éventuellement (le calice !) de la part du plus grand nombre. Accueil, amour, reconnaissance et gratitude de la part d'un très petit nombre. Mais tout ce qui nous arrive est « grâce », même si nous ne voyons pas très bien comment !
Foi : nous parlerons tant que nous croirons en Jésus, le Christ, le Fils de Dieu (Mc 1,1), et que Dieu, son Père et le nôtre nous « mettra ensemble » pour l'éternité.
Attitudes mentales : « on » ne nous doit rien : c'est librement que nous avons dit « Adsum ! ». Ici, ne fonctionnent ni l'ambition, ni le mérite, ni le piston, tout juste l'ancienneté (et encore !) : nous n'avons aucun droit ! Le seul pouvoir et tout pouvoir ne sont qu'opportunité de servir dans l'obéissance de la foi : quel que soit le poste, toujours temporaire, que nous occupions ! Nous n'avons pas le choix des « populations /multitudes » qui nous sont « confiées » : c'est une vocation indistinctement universelle, « catholique » !