Jeudi 26 juillet 2001

Écoutons Ben Sirac le Sage (44, 1.10-15) : miséricorde et justice semblent constituer la sagesse, pour laquelle les ancêtres glorieux reçoivent des louanges ; leur exemple a été tel, que d'une part leur descendance et postérité a continué sur cette voie et que d'autre part leur mémoire ne s'éteindra pas !

Matthieu (13, 11a.16-17) : célèbre le bonheur des disciples qui voient ce qu'ils voient (Jésus),
Et qui entendent qui ils entendent (Jésus) : privilège que n'ont eu ni prophètes ni justes avant eux.

Voilà de bien grandes vertus que la miséricorde et la justice ; voilà comment, - entre autres manières -, l'antiquité, effectivement, escomptait atteindre la sagesse, qui sait pratiquer le pardon et l'équité, sans que l'une n'interfère dans le domaine de l'autre, et vice - versa ! Les voilà les grands hommes dont Ben Sirac -  le « Sage », précisément - , célèbre la mémoire et la grandeur ! Salomon, Siddhârta, Confucius, Socrate, Diogène, et bien d'autres, ont connu ce bonheur, que le travail conjoint du coeur et de la volonté ont construit en vie vertueuse et droite.

Eh bien, nous dit Jésus -  par le calame de Matthieu - , il y a plus que ce bonheur que procure la pratique de la miséricorde et de la justice, il y a plus que la sagesse, il y a plus qu'une vie vertueuse et droite que seul procure ce noble travail sur le coeur et la volonté !... Il y a le bonheur de me voir, moi, et d'entendre mes paroles !

Nous voici de nouveau dans le cas du Jeune Homme Riche ! « Il a tout fait ! » : son catéchisme, « ses » communions ; il applique les commandements de Moïse (et de l'Église, s'ils avaient existé !) ; je suis sûr qu'il est miséricordieux et juste envers les employés et les esclaves de son père, dont d'ailleurs il sait qu'il va hériter ! Il est déjà comblé ! Pourtant il sent (intuition ? grâce ? vocation ? noblesse du coeur ?... ), et il entend dire que quelqu'un d'extraordinaire traverse le pays, et qu'il parle d'un Royaume des Cieux ou de Dieu, d'une vie qui ne finit pas, d'amour inconditionnel de Dieu et des autres (qu'il met sur un plan d'équivalence et de vérification), d'une existence où chacun devient le prochain de tout autre, d'un pardon d'autant plus accordé que chacun l'aura encore plus accordé à l'autre, et d'une résurrection de la chair pour l'éternité... Maintenant il veut le voir : alors il y va... Vous connaissez l'histoire : à la fin, c'est trop pour lui. Il a vu, il entendu, et ... s'en retourne, tout triste.

C'est un « médiocre = mediocris » : ne nous méprenons pas sur ce terme latin, qui est très positif dans son cadre de référence. Il est même très confucéen et bouddhique. Il veut dire qu'en toute chose, le « sage » -  précisément -  choisit la voie moyenne : « In medio virtus stat = la vertu se tient entre les deux ! » Un centre, qui ne serait ni un centre gauche, ni un centre droit !... Malheureusement / heureusement ? L'évangile a un autre mot, -  hébraïque, lui - , pour désigner cette attitude, et que le français a rendu par « tiède » ! Cette « mediocritas » latine devient « tiédeur » évangélique !

Cela veut dire qu'il ne suffit pas non plus « d'entendre et de voir Jésus », il faut le suivre sans tiédeur, sans « mediocritas », sans sagesse « excessive » ! Il faut prendre sa croix, -  pas son PC, son walk man ou sa caméra numérique - , et mettre ses pas dans les siens !

Le bonheur (Heureux vos yeux parce qu'ils voient, et vos oreilles parce qu'elles entendent !) c'est de s'être trouvé au bon moment et au bon endroit pour voir et entendre : mais sachez que cela n'est qu'un produit ou une opportunité offerte (grâce) par la Providence ! La chance de l'appel !

Mais tout le travail commence ALORS ! Prendre conscience. Discerner. S'évaluer. S'ouvrir. Se mettre à l'épreuve. Consulter. Travailler sur soi. Apprendre. Étudier. Découvrir. Voyager (se déplacer), Se confronter (prière, méditation, silence) à Dieu, à la vie, aux autres, à soi - même. Se décider enfin après le temps de maturation nécessaire.

C'est pourquoi il y aura toujours beaucoup plus d'appelés que d'élus !

Plus que le temps, ce qui est essentiel dans la formation (au sacerdoce), c'est la durée. Car l'épaisseur est créatrice d'un autre monde ! En effet l'éparpillement, et donc la « distraction pascalienne » viennent du fait de la multiplicité (des apprentissages, des tâches, de stages, etc.) quand cette dernière n'est pas unifiée à l'intérieur de celui qui est en formation. Ainsi, joindre un appelé à une équipe (de jeunes, d'aumônerie, de liturgie, de visiteurs de prison / hôpital / maison de handicapés, etc.) ; le faire « aider », lors d'eucharisties dominicales (lectures, encensement, distribution de la communion, etc.) ; l'emmener en camp d'ados (pèlerinage, montagne, etc.).

Tout cela est bel et bon, et relève d'une « animation » générale où il faudra bien s'entraîner un jour ou l'autre, mais ne saurait constituer cette formation dans l'épaisseur de la durée, qui, seule, est capable de faite naître chez l'appelé le monde autre dans lequel il va suivre et faire suivre Jésus de Nazareth !

La durée pourrait être considérée comme une façon de « spécialisation » (le mot est mauvais, mais je n'en ai point d'autre pour l'instant !), par laquelle le monde pourrait être saisi autrement par l'appelé, spécialisation qui relèverait, elle, de la spécificité diocésaine d'évangélisation. Car l'animation pédagogique, liturgique ou caritative ne peut être la spécificité d'aucun diocèse, que je sache. Mais créer le monde autre qui rendra « habitable » (M. Heidegger) les mondes spécifiques dans lesquels vivent tels diocésains, ici les Alpes-Maritiles, ce n'est ni plus ni moins que de « se faite tout à tous pour en sauver au moins quelques uns » (St Paul).

Les diocésains ne vivent ni de théologie, ni de philosophie d'ailleurs : ils lisent de moins en moins, ils s'ennuient de plus en plus vite, ils désertent les messes, ou changent de lieu, en quête d' « autre chose » à se mettre dans l'oreille, sans savoir très bien « quoi ». Ils sont entourés d'images et de sons, ils surfent de plus en plus sur Internet, ils « communiquent » par email, ils sont de plus en plus nombreux à « surfer » de « website » en « website » pour toutes sortes de destinations, ils étudient à plus de 45 000 étudiants, ils s'adonnent plutôt au commerce, à l'informatique et à la recherche tous azimuts, ils vont de plus en plus vite d'un point à un autre, même s'ils ne savent ni pourquoi ni où ils vont exactement, ils se font tourner la tête « par tous vents de doctrines » : bouddhisme, zen, ésotérisme, parapsychologie, sectes, divers « épiscopalismes » à la mode hexagonale, magies, envoûtements, ils craignent, pour eux et leurs enfants, toutes sortes de banditismes : rue, voitures, drogues, prostitutions...

Ils attendent quelque chose de nous, qui ne soit ni du prêchi - prêcha, ni des amuse - gueule, ni du pseudo engagement genre « ONG en pantoufle », ni des interdictions, encore des interdictions, toujours des interdictions, ni de l'idéalisme ou de l'angélisme, ni des pseudo - réponses à de vraies questions...

Le monde autre auquel l'appelé est en devoir de se préparer et nous de l'y préparer, requiert que l'on embauche des candidats qui doivent « sentir » qu'une spécialisation autre que la théologie ou la philosophie, - autre qu'une quelconque science dite religieuse - , est aussi urgente, aussi attendue, aussi promue, aussi encouragée, aussi favorisée que les premières.

La « durée » de laquelle ils ne seront jamais sortis, -  parce qu'ils viennent de ce monde (sinon duquel, mon dieu !) -, va ainsi pouvoir s'épaissir d'apports « religieux », et remplir les univers, où vivent nos « frères humains », de cette composante structurante qui est la foi, unifiée chez l'appelé qui n'aura jamais déserté les matrices multiples du monde diocésain.

Autrement dit : il faut chercher / embaucher des « appelés » des mondes de l'économie, de la finance, du commerce ; de l'informatique, du numérique, des logiciels ; de la recherche fondamentale et appliquée ; du spectacle et de la création artistique ; des religions comparées et des spiritualités transversales ; du patronat, de la banque et de l'investissement ; de la géopolitique globale, régionale, européenne, mondiale... des mondes en charge de traiter la délinquance tous azimuts... et bien sûr des mondes des sciences humaines et religieuses... en visant autant qu'il sera possible la pluridisciplinarité, la pensée complexe !

On peut imaginer, pour commencer, une équipe de travail pluridisciplinaire, comme il y en a dans tous les laboratoires, et comprenant : des appelés de 5 ou 6 disciplines différentes &/ou complémentaires, continuant d'étudier &/ou de travailler (surtout ne pas les arracher au milieu qui va produire leur originalité) ; mettant au point avec leur(s) accompagnateur(s) désigné(s) des modules philosophico théologiques, sous forme d'unités de valeurs, à acquérir ici ou là suivant l'opportunité (Nice, Lyon, Toulouse, Genève, Strasbourg, Paris, Angers, etc.), avec équivalences comme au Moyen-Âge, quand on allait d'université en université ; choisissant très vite « un directeur de thèse ou de DESS », portant sur leurs recherches pluridisciplinaires et visant une professionnalisation (prêtre certes, mais exerçant auprès des métiers du spectacle et des arts, ou des métiers de la communication avancée, par ex.), ce qui n'empêcherait pas d'exercer aussi dans les nouvelles paroisses, à titre de coopérateurs ou auxiliaires ; attelés sur la Côte à différents travaux d'investigation dans les divers domaines cités plus haut et intervenant au coeur de Services Diocésains, dans les salles du département, à la demande ou en organisant des séminaires, des conférences, des cycles, ce qui aurait l'avantage de faire une publicité en acte ! Ils pourraient loger, à NICE, dans une maison-home, genre la Villa Pauline, aménagée de façon que chacun ait une chambre cellule monacale, mais avec une salle d'études commune, une cuisine, une salle à manger - salon, une salle media, un coin chapelle.

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