« Sachez-le : je vous envoie comme des moutons au milieu des loups.
Aussi ayez la sagesse du serpent et la simplicité de la colombe. Méfiez-vous des gens...
Le moment venu, n'ayez aucun souci pour ce que vous aurez à dire ni comment vous aurez à le dire : cela vous sera donné à la seconde !
D'ailleurs ce n'est pas vous qui parlerez, c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous...
Tout secret sera déchiffré, tout problème résolu !
Ce que je vous dis dans l'obscurité, criez-le dans la lumière ;
ce qu'on vous chuchote à l'oreille, clamez-le sur les terrasses !
Ne craignez pas ceux qui tuent votre corps : ils ne peuvent tuer votre esprit !
Bannissez la peur !
Ne vous imaginez pas que je sois venu apporter la paix sur terre !
Mais bien plutôt la lutte...
Je veux qu'on m'aime plus que son père et sa mère ! Je veux qu'on me préfère à son fils ou à sa fille. Ce que j'aime, c'est qu'on prenne sa propre croix à ma suite !
Vouloir sauver sa vie revient en fait à la perdre.
Mais être prêt à la perdre, par amour pour moi : c'est la vivre à l'infini !
Un verre d'eau, oui, si vous donnez un verre d'eau au plus insignifiant
de mes disciples, je vous jure que vous ne l'aurez pas fait en vain ! »
D'après Matthieu, Transposition de Vincent-Paul Toccoli,
Relire le Testament, Tome 1 : Marc-Matthieu, Ed.Dô, Nice 2004.
Depuis mon retour de Chine, je travaille donc dans la culture et ses b(r)ouillons sur la Côte d'Azur : j'en suis même le délégué diocésain. Ma formation et mon parcours m'ont rendu très sensible, entre autres, aux questions du sacerdoce et de la femme, dans l'économie de l'Église Catholique Romaine (ECR), - et cela bien au-delà du mariage / célibat du premier, et de la prêtrise de la seconde ! J'ai le sentiment que ce noeud gordien attend (ra encore longtemps) l'Alexandre qui pourra / saura le trancher et déverrouiller ainsi une situation qui ne peut aller qu'en empirant : les dérives sexuelles des clergés d'une part, et la désaffection des fidèles d'autre part, ne sont que les symptômes d'une maladie de croissance (κρίσίς) qui n'est pas nécessairement fatale, si le remède adéquat peut être trouvé et administré, et ce, quelque amère que puisse être la potion !
Circonstances de cette recherche sur le prêtre
Des amis diocésains, montés depuis en grade dans l'institution (archevêque, vicaires épiscopal et général), - pendant que j'arpentais les routes de l'expatriation dans les Mers de Chine, de Corée et du Japon dans les années 90 -, m'ont demandé de « réfléchir », moi, le missionnaire vagabond, à la « figure du prêtre diocésain de demain ». J'ai profité d'une retraite annuelle, faite sur un porte container entre Le Havre et les Caraïbes, pour m'adonner à cet exercice. Il en est sorti une façon de journal de bord, établi quotidiennement à partir des textes de l'eucharistie du jour, et dont la visée était de nourrir la « vision d'un possible » en l'état actuel du diocèse de Nice. Mais à sa relecture, cet essai vaut pour toute situation diocésaine, mutatis mutandis.
Et puis, subodorant que l'un des ces amis prêtres était en bonne place pour être appelé à l'épiscopat, - ce qui s'est passé depuis ! -, je lui proposai, il y a un an, de constituer autour de lui une cellule de réflexion mensuelle, en choisissant quatre couples de mes amis, - chrétiens convaincus, engagés ou non, de sensibilités religieuses variées -, pour composer cet aréopage de circonstance à son service : une sorte de cabinet, de think tank où toutes les préoccupations de cet évêque en puissance pussent être abordées, discutées et formalisées, dans la confiance complice de la clandestinité ! Ce qui fut fait, et ne fonctionne plus depuis que... On reconnut que les questions du sacerdoce et de la femme représentent bien les verrous de cette institution bimillénaire, arrivée à un moment clé de son histoire et de sa mission : recomposition ou décomposition ? Alors, de réflexion en recherche, d'ordre du jour en compte-rendu, de mois en mois, je constituai pour ma part une sorte de banque de données, que je mettais à la disposition de ce beau monde dont j'attendais échos, critiques et suggestions : ce qui ne manqua pas ! Je retrouvai aussi, au fond de mon Web site, le texte de l'une ou l'autre intervention des années précédentes qui étayaient a posteriori la continuité pertinente d'une préoccupation que je faisais mienne, de plus en plus, depuis mon retour d'Extrême-Orient, en 2000 !...
Le psychanalyste (freudien) pratiquant que je suis ; l'anthropologue et l'historien (braudéliens) « amateurs » (au sens italien du terme !) que je découvre en moi depuis toujours ; et l'enseignant (socratique) que je continue d'être avec plaisir comme chargé de cours à l'Université de Nice Sophia-Antipolis, sont venus abondamment aider le philosophe (heideggérien) et le théologien (küngien) que ma formation allemande a assis en moi.
Le prêtre heureux que je suis toujours - parce qu'attaché en définitive à son seul Seigneur - , ne souffre des questions qu'il aborde ici, que pour autant qu'il constate d'une part combien beaucoup (!) de ses amis et confrères ne voient pas comment « s'en sortir » personnellement ; et d'autre part combien cette mission de « redimensionamento » lui apparaît quelque peu « impossible » : car les enjeux en sont inexorablement soudés à des structures mentales héritées d'une tradition et d'un passé si grands d'envergure universelle et si lourds de gloire et de splendeur, que leurs résistances à survivre seront peut-être encore plus coriaces que l'évidente (bonne ?) volonté de quelques acteurs de notre postmodernité rêvant de voir
« Monter de l'océan des étoiles nouvelles » !
Dire que j'ai mal à l'Église, c'est dire aussi que l'Église me fait mal ! Quand je dis Église, je dis tous ses membres, hiérarchies et fidèles, toute l'Église, moi y compris : je ne me permettrai jamais de désespérer des uns ni des autres. Je crois trop en la force de l'Esprit. En revanche, ma virulence n'aura de justification que mon amour pour le corps mystique du Christ, malade de diverses maladies conjoncturelles contre lesquelles je lutterai de toutes mes forces et par tous les traitements qu'il me sera donné de chercher, de découvrir, d'expérimenter et d'appliquer... Je ferai donc partir ma réflexion depuis le diocèse de Nice, où m'a envoyé la Providence, après 9 ans d'Extrême-Orient, et m'autoriserai à parler en fonction de la quadruple charge diocésaine que Jean, évêque Bonfils, m'a confiée sur son territoire.
Pourtant mes réflexions ne pourront pas ne pas avoir une portée plus vaste !« Diocèse 2000 », le synode diocésain, a suffisamment analysé les diverses situations du lieu, pour éviter d'y revenir : statistiques, re-découpage territorial et charte d'évangélisation demeurent des documents de référence indispensables ; de même les nominations de doyens, curés et coopérateurs. Mes propos se situeront ailleurs, et relèveront de mes propres observations et analyses depuis janvier 2000, date de ma prise en charge effective (ainsi que de mon expérience religieuse de SDB depuis plusieurs décennies déjà...) Mes rapports avec mes amis et mes anciens élèves "niçois", dont j'ai dû m'éloigner pendant 9 ans pour ma mission extrême-orientale, n'ont jamais cessé, et se sont renforcés à mon retour : de Bernard, depuis archevêque Barsi de Monaco, Norbert, depuis évêque Turini de Cahors, et Jean-Louis Balsa, depuis vicaire épiscopal de Nice. Je n'ai jamais cessé d'échanger avec eux sur l'état du terrain. Enfin mes responsabilités sur l'ensemble du territoire diocésain, - et au-delà -, depuis plus de 5 ans... ne me rendent pas tout à fait incompétent pour oser une opinion...
J'ai voulu garder la forme minimale du " carnet de bord ", surtout pour préciser le lectionnaire liturgique 2001 auquel le lecteur pourra toujours se référer en cas de besoin !
Mon texte initial avait titré " Le Monastère Flottant " et pour sous-titre " À bord, avec Pierre "
Cela rend assez le ton de ma démarche !