« Si vous ne me croyez pas quand je vous parle du quotidien, comment me croirez-vous si je vous parle d'éternité ! » Jn 3
Qu'est-ce qui pousse Nicodème, ce soir-là, en se cachant (« de nuit, par crainte des Juifs », rapporte le texte attribué à Jean), à demander une audience à ce rabbin itinérant, pas tellement recommandable, débarquant d'un trou de Galilée. Nicodème n'est pas n'importe qui. Il siège au tribunal du Sanhédrin. Il a été témoin de tant de révoltes et de mouvements messianiques avortés ou noyés dans le sang...Curiosité ? Désir inassouvi de savoir ? Ouverture du coeur qui attend ...la lumière ?
Tous nos comportements et attitudes mentales supposent ce qu'on appelle des « pré requis » : ce sont en somme les conditions de possibilité de nos entreprises. Nous savons que nous sommes les héritiers plus ou moins heureux de TOUT ce qui nous précède dans le temps, et souvent dans l'espace. Notre lot est de nous accommoder de cet héritage avec les ressources propres de ce qui constitue nos dons, nos qualités, bref notre capital génétique propre : notre personnalité !
Notre temps historique lui-même est conditionné par les conjonctions de notre apparition sur terre : famille, lieu de naissance, environnement socio économico culturel et religieux ; nos éducateurs, - hommes, livres, arts, paysages -, multiples et divers, apporteront encore aux moulins de notre croissance les blés de champs insoupçonnés, dont nous moudrons nos farines et notre pain quotidien.
Ces accumulations de déterminations vont sécréter autant de modes de réactions face aux défis, stimuli, agressions et provocations de notre environnement matériel et humain : modes de réactions aussi bien mentaux que physiques. Ainsi nos allures, notre voix, nos intonations, nos mouvements les plus quotidiens, - où vont se mêler ceux de nos relations humaines les plus significatives (parents, éducateurs, héros etc.) - , vont donner à notre profil des caractéristiques reconnaissables entre toutes, et qui seront nos modes d'apparence au monde.
Ce qui vaut pour ce qui se voit et s'entend, vaut aussi pour ce qui relève de l'intériorité plus intime des idées, des convictions, des valeurs et des croyances. Tout d'abord pour notre capacité à éprouver des nécessités imparables dans ces domaines idéologiques. Puis pour notre appétence à cultiver ces domaines pour les faire fructifier. Enfin pour notre propension à en privatiser et/ou en rendre publiques les retombées, par des comportements et des attitudes, et des entreprises spécifiques.
La spiritualité : plénitude et inquiétude
Nous ne saurons jamais très bien saisir ce mouvement de l'âme - coeur- esprit - sens - intelligence et goût...qui confère à l'être tout entier une qualité à la fois de plénitude et d'inquiétude : la spiritualité.
Plénitude : car ce mouvement multiple envahit la totalité de la personne, dans les deux dimensions consciente et inconsciente de ses fonctionnements, et en leurs harmoniques et correspondances. La spiritualité est d'ordre totalitaire, insurrectionnel et terroriste : elle veut tout, occupe tout et s'impose en tout. Elle ne laisse nulle place à la fantaisie ni à l'improvisation. Elle règle entièrement les manifestations de sa pratique. Elle tend à « polyeuctiser » l'existence. Un être de spiritualité considère désormais le monde « sub specie aeternitatis » (du point de vue de l'éternité) et chacune de ses actions comme déterminante pour sa destinée. On comprend alors les dérives vers l'intolérance, une intolérance qui s'applique d'ailleurs plus à l'individu saisi par la spiritualité, qu'à ceux qui y « échappent ».À ne pas confondre avec l'intolérance religieuse !
Inquiétude : car la conscience en matière de spiritualité est toujours malheureuse. Elle ne peut que l'être, quand elle considère en permanence le gap qui gît entre le degré parfait d'intégration du moi en « Dieu » et la misère quotidienne où vagit ce moi embourbé dans un ici-bas de contradictions et d'incohérences. Inquiète, car mortifiée, frustrée et, à la limite, désespérée d'y atteindre jamais ! Inquiète, car travaillée par une certaine quantité de regrets, de remords et de cauchemars que sa mémoire ne peut oublier, faute de les avoir « travaillés et intégrés » ! Inquiète, enfin, car elle sait que dans l'économie du temps, cette perfection est par définition inaccessible !
Ce que peut illustrer cette définition de l'homme grec, - qui conviendrait aussi au premier « homme occidental » que fut Augustin d'Hippone : « une conscience triste sous le soleil » !
Le secret
Le « secret » en ces matières est une question de sensibilité tempéramentale, de vision globale (Weltanschauung) et de stratégie politique. Sensibilité tempéramentale : chacun sent les choses comme ceci ou comme cela, et finalement personne ne pourra altérer cette façon de voir. Le « point de vue » correspond (souvent en tout cas) au « point de vie ». Aimer le secret, un être secret, garder le secret...autant d'expressions qui renvoient à un type de tempérament qu'ont formé les conditions de vie et qui ont sécrété un certain type de sensibilité. Cette catégorie psychologique n'entraîne pas nécessairement la pratique de la vertu d'humilité ou d'effacement / réserve / retrait : elle est un simple « trait de caractère ».
Acquérir une vision globale des êtres et des choses : les grandes tractations, - politiques, commerciales, hégémoniques -, se déroulent plutôt dans un lointain château, d'une lointaine province, en hiver et aussi loin que possible de tous les paparazzi ! Les grands projets, les grandes idées, les grandes opérations évitent publics et publicité ! Les conseillers des princes, et autres éminences grises (espions et papes noirs) affectionnent la pénombre, les escaliers dérobés et la couleur passe-muraille.
La stratégie politique rejoint par beaucoup d'aspects la précédente, mais elle représente plus qu'une manière d'être ou de procéder : elle relève d'un projet objectif de conquête, de développement et d'expansion : coup d'état, prise de pouvoir, projet révolutionnaire etc. se préparent dans un secret, souvent trahi d'ailleurs au moment même de leur exécution par un espion double, c'est-à-dire un espion au double secret !
La rencontre entre secret et spiritualité peut engendrer alors toutes sortes de combinaisons qui dans le champ social seront vécues par les individus et par les groupes extérieurs, en fonction du degré de dangerosité éprouvée, justifiée ou non. En effet, ce que l'on ne comprend pas, ce que l'on identifie mal, ce qui revêt un certain mystère, à la fois fascine, émerveille et menace ! Que se passe-t-il donc au fond des monastères, des temples et des synagogues ?... Le mystère du latin incompréhensible de la messe catholique ajoutait un degré supplémentaire à l'imaginaire du miracle eucharistique...
Les dénominations gréco-latines des médicaments et des maladies mettent chercheurs et médecins sur le piédestal inviolable de « ceux qui savent », surtout quand on est malade, fragilisé et qu'on n'y comprend rien ! Entrer dans une sacristie de cathédrale un jour de grande fête liturgique ou d'ordination, - en plus si vous êtes au Vatican ou dans une grande ville catholique de rite grec melchite, comme cela m'est arrivé, à Jérusalem, une veillée pascale !- c'est se trouver dans les plus grandes coulisses imaginables d'un impossible opéra : vêtements liturgiques de toutes tailles, formes et couleurs ; instruments de culte aux allures monstrueuses comme ces immenses encensoirs vus cette nuit-là à Jérusalem (où je remplaçai « providentiellement » un Mgr Capucci qu'on venait d'arrêter pour trafic d'armes !) ; souliers de satin rouge, anneau d'améthyste violette, pectoraux rutilants de perles et de saphirs. Pour peu que le patriarche soit de grande taille et doté d'une épaisse et longue barbe...vous voilà transporté dans les cathédrales du Kremlin, auprès d'Yvan le Terrible ou d'Alexandre Nevski, avec Sergueï Eisenstein comme cérémoniaire et Serguei Prokofief comme maître de chapelle ! Le « tremendum et fascinosum » joue toujours sur les flancs découverts des angoisses existentielles ou les craintes non assumées de notre petite enfance !
Pilgrim Fathers du Mayflower, Amish de Pennsylvanie, Sorcières de Salem pour un passé récent ; et pour un présent tout proche : Renouveau charismatique ou Communautés Nouvelles (aux noms évocateurs comme « Béatitudes, Emmanuel ou Chemin Neuf » ; il y avait même un « Lion de Juda »!) ; Grand Orient ou Grande Loge Nouvelle ; Mandarom et autres ashrams, et centres bouddhiques aux noms ésotériques parce que relevant d'une langue étrangère...voilà des « groupements » qui à la fois « fascinent» (que peut-il bien s'y passer ?) et « font peur » (que manigancent-ils donc ?)... jusqu'au jour où explose un scandale (argent, sexe, subordination, trafic d'influence, minorités agissantes...) qui augmentera encore et la fascination et la peur !
Quand le secret demeure individuel, il relève d'une démarche personnelle, très consciente la plupart du temps : rejet des « institutions établies » pour toutes sortes de raisons ; cheminement très particulier, avec légitimations qui ne valent que pour celui qui se justifie à ses propres yeux ; méfiance (parfois/souvent obsessionnelle) contre toute tentative de récupération ou pénétration ; attitude ordinaire farouche, toujours sur le qui vive, d'« écorché vif » : très souvent malheureuse, ou du moins ne respirant pas la joie de vivre !
L'expérience mystique
L'Expérience Mystique [EM], elle, rejoint l'expérience la plus secrète s'il en est : elle relève de la plus fine pointe de la spiritualité et finit par participer de l'espérance commune à la communauté toute entière.
L'EM se joue dans les constellations les plus archaïques qui nous relient au monde, mieux, à la cosmogonie en général : il existe pour chacun d'entre nous une « explication implicite » du monde et de notre venue au monde, qui se nourrit de ce que nous avons accumulé dans les circonvolutions de notre cerveau, quand nous étions amibe, poisson et scolopendre ; des contes que nos berceuses nous ont chantonnés, ou des silences hurlants au fond desquels nous ont parfois abandonnés leur négligence ; de nos découvertes propres que notre curiosité et notre appétence ont glanées tout au long de nos initiations scolaire, religieuse, sexuelle, professionnelle et existentielle.
Tout ce « ça » (le « Es » freudien) constitue un humus sur lequel a grandi, grandit encore et grandira toujours l'arc-en-ciel de nos représentations symboliques, qui pareront de couleurs variées notre expérience d'« être au monde », ou mieux selon Heidegger, notre expérience d' « être jeté dans le monde » (= in die Welt geworfen sein)!
Tout être est mystique, ou a vocation d'être mystique, si la conjoncture le fait penser à sa « condition humaine », puis, l'opportunité se présentant, s'il s'adonne à ce sport épuisant qu'est la recherche du sens !
L'EM peut être considérée comme l'apex de la démarche spirituelle parce qu'elle focalise dans l'expérience qu'elle constitue, les énergies les plus subtiles et les élans les plus élémentaires du complexe coeur-esprit-âme (qu'ont fait éclater puis distinguer, dans les chocs de leur rencontre, les cultures et les civilisations qui donnèrent le jour à l'homme occidental !)
Quel que soit le terme dont on se sert pour qualifier cette « haute tension » de l'être, cette dernière se caractérise par sa propension à relativiser par rapport à elle, tout ce qui n'est pas elle, donnant ainsi à celui/ceux qui en fait/font l'expérience un sentiment d'accomplissement total et de satisfaction globale, même si par ailleurs en pâtissent santé, famille, économie et statut social...Plus rien ne compte à ce stade d'identification avec « l'absolu, l'altérité, le bien, le beau, l'unique... » : toutes expressions que le balbutiement essaie d'exprimer.
L'EM de l'individu ne peut laisser indifférente la Communauté, parce que de proche en proche et par contamination les choses s'apprennent. Le stylite, le starets, l'ermite, le moine, le reclus, - Siddhârta, Antoine, Siméon, Benoît, Bodhidharma, Bernard, François, Chinul, Eseï, Thérèse, Jean -, ont beau « se cacher », s'éloigner, se retirer : ils sont bientôt rejoints par les foules, « troupeau sans berger », commente Jésus de Nazareth, assailli lui aussi de l'aube à la nuit.
Les questions abondent donc ! Qu'est-ce que vivre une spiritualité, assez intense pour que le sujet puisse se dire que c'est un fait ? Quelles sont les éventuelles retombées sociales d'une telle spiritualité, qui font qu'elle demande à être vécue en secret ou bien qu'elle supporte aisément le regard public ? L'exigence d'une initiation, le plus souvent secrète elle aussi, relève-t-elle d'un « impératif catégorique », - et si oui, de quel ordre ? -, d'une quelconque appréhension de malentendu, de mépris, de persécution..., - et pourquoi ?-, d'une décision d'anonymat, pour une plus grande liberté d'action, et quelle action ?
Être minoritaire et agissant : n'est-ce pas un statut digne d'être envié ? Les Jésuites, les Francs-Maçons, l'Opus Dei, la Jet Society, tous les lobbies, etc. : en faire partie, mais secrètement, donne en plus un sentiment de (toute) puissance et de (omni-) science quasi divin (omnipotens atque omnisciens). Ubris, paranoïa : voilà des dérives constantes d'un secret qui se nourrirait de complexe de supériorité et de complot. Extraversion, exhibitionnisme : voilà d'autres dérives constantes d'une « spiritualité », - il faudrait dire ici d'une religiosité -, qui se nourrirait, elle, de rites et de démonstrations.
Entre l'Édit de Milan et la prise de Rome par les Vandales (313-476), Augustin d'Hippone (354-430), - qui mourra d'ailleurs assiégé dans sa ville cathédrale par ces mêmes Vandales, qui franchirent le détroit de Gibraltar en 429 -, connut, pour avoir été l'adepte de plusieurs d'entre elles avant sa conversion au catholicisme, une bonne demi-douzaine de mouvements religieux et sectes (arianisme, manichéisme, donatisme, pélagianisme) ou philosophiques (stoïcisme, néo-platonisme). Il pratiqua toujours dans le secret, tant qu'il était en recherche, et que son intérêt n'entraînait pas son adhésion : qui ne connaît pas la vie d'Ambroise, préfet puis archevêque de Milan, parrain d'Augustin, ignore tout de la violence urbaine que provoquait en permanence l'appartenance à des factions religieuses ennemies ! Augustin, à Milan, ne prit pas parti, étant un commis de l'État ! Mais dès qu'il bascula dans le Catholicisme, - il avait 32 ans - après plus de dix ans d'hésitations malgré les objurgations et les larmes de sa mère Monique, il ne put garder pour lui sa foi toute neuve ni son enthousiasme à la Polyeucte. Devenu, de plus, évêque d'Hippone par acclamation, homme public à nouveau, il ne cessa de monter au créneau de toutes les réfutations et de toutes les polémiques, orales et écrites.
Le secret pour le secret est une coquetterie ou une manie, et relève de l'insignifiance ou de la psychasthénie. Le secret mystique par crainte de n'être pas compris, voire de choquer son prochain, renvoie à la pratique des vertus, - cardinale et théologale -, de prudence ou de charité. Le secret mystérieux, pour légitime qu'il soit, ressort de l'ésotérisme et, partant, se voue lui-même au malentendu et à la suspicion. Quant au secret de tous les trafics d'influence, de tous les montages d'affaires et de toutes les conjurations, ce n'est ni plus ni moins que du gangstérisme et relève pour autant de l'inculpation de haut banditisme.
Un état mental
Le mental, voici le lieu, à la fois ontogénétique et phylogénétique, du stockage accumulé de toutes les informations spéculativo pratiques venant des expériences de survie traversées par tous les individus qui nous ont précédés dans l'histoire de la Terre .
Les circonvolutions reptiliennes du cerveau ont emmagasiné toutes ces batteries d'autodéfense, en même temps que la mémoire physique de toutes les peurs et angoisses de vivre et de mourir, occasionnées par les destins parcourus : cette mémoire est physique, car elle a aussi pris forme dans le développement même des tissus et se traduit par des réactions souvent incontrôlables par le sujet. On peut en revanche les constater de l'extérieur.
Quand je dis que ces informations sont d'ordre spéculativo pratique, c'est pour insister sur le fait que certains savoir-faire (pratiques) ne peuvent être encore verbalisés, parce qu'ils ont été somatiquement intégrés aux comportements acquis à l'insu du sujet ; en revanche, ils conservent au niveau mental (spéculatif) la vertu d'être verbalisés, quand la capacité du sujet est sollicitée à un point tel, que ce sujet ne peut plus se soustraire à « dire » les choses et à les désigner : en inventant au besoin le mot, par la métaphore et son imaginaire (Saul de Tarse).
Ou alors, il verse dans l'une des multiples formes de l'autisme. Et c'est à ce moment de la bascule que jouent ou ne jouent pas les forces vitales de réserve. Ici, il s'agit de distinguer entre les forces venant du « phylè » (la race) ; les forces venant du génotype familial immédiat (l'hérédité) ; les forces venant de l'environnement éducationnel général, depuis la gestation et la prime enfance jusqu'au moment présent ; (la transmission) et celles qui sont le propre même, le génotype individuel du sujet (la personnalité).
Le moment des forces va dépendre d'un certain nombre de facteurs, dont les inconscients ne sont pas les moindres, et se trouvent justement mêlés à cet inconscient mental général dont chacun hérite avec la vie. Car l'homme ne cesse jamais d'appartenir à l'histoire génétique du « phylè » : beaucoup de nos initiatives et de nos réactions « spontanées » ont en fait à voir avec les « impressions », c'est-à-dire avec ce qui a été « imprimé » dans le disque dur du cerveau ! L'observation de l'Histoire nous pose quand même quelques questions, qui relativisent toute théorisation. La phrase de Valéry : « Nous autres, civilisations, nous savons que nous sommes mortelles », nous renvoie aux réflexions de Fernand Braudel à propos de la montée, puis de la décadence de certaines manifestations culturelles dans l'ordre géopolitique comme dans l'ordre individuel (voir sa « Grammaire des civilisations »)
Les royaumes khmers d'Angkor et de Phimaï ou le Portugal d'Henri II le Navigateur : pourquoi le génie qui en a fait des modèles obligés de réussite historique (indépendamment de nos appréciations éthiques) ne semble plus « fonctionner » ? Ce qui fait des nations correspondantes des entités « émergentes » dans la géopolitique planétaire ! Qui n'a jamais constaté autour de lui des illustrations de ce qu'on nomme « le principe de Peter », qui théorise les degrés maxima de développement individuel ? Après quoi, une stagnation fatale entraîne une irrésistible et lamentable décrépitude ! Et ceci pas nécessairement chez des individus frappés par l'âge ou la maladie ! Pourquoi Arthur Rimbaud stoppe-t-il si tôt (à 19 ans) sa formidable veine poétique pour vivre de trafics et de contrebande dans la Corne de l'Afrique ? Et Charles Quint, pourquoi, à seulement 56 ans, abdique-t-il soudain en 1556 (il était né avec le siècle) pour se retirer au monastère de Yuste en Estremadura, laissant le titre impérial à son frère Ferdinand 1er de Habsbourg, son fils Philippe II héritant de l'Espagne, de l'Italie, des Pays-Bas et de l'empire colonial ?
Une archéologie du mental
Une « archéologie du mental » consisterait à établir chez l'individu, et ceci vaut pour les nations, mutatis mutandis en se servant de l'anamnèse, l'inventaire explicite de l'acquis en matière d'expériences « positives et négatives » : développement de l'imaginaire par une activation de l'imagination (méditation, rêverie, songes, contes, musique...) ; le bilan de cet inventaire au temps « t » où se présente « le problème » : anamnèse conduite de façon ciblée dans des entretiens de type thérapeutique ; la capacité d'utiliser la meilleure parade, puisée dans le capital acquis et augmenté de la plus value que lui confère sa conscientisation !
Si et quand le client a déjà quasiment sombré dans l'autisme, cette archéologie, en s'aidant de l'anamnèse, l'aide à régresser jusqu'à ce moment de son histoire personnelle où quelque chose pour une certaine raison s'est bloqué et a bloqué par là même tous les circuits de communication entre les diverses fonctions de l'existence. Elle joue avec des images, et avec des mots porteurs d'images : c'est le « film » de la vie qui s'est cassé, on peut re-tourner certaines séquences, certaines scènes. Ces dernières ne supprimeront pas les premières : elles leur offriront seulement des alternatives qui les relativiseront, montrant par là leur importance limitée. En montrant au client qu'Il est plusieurs, et que d'autres possibles de lui-même sont encore en attente de réalisation dans l'espace et le temps, « Archéologie & Psychanalyse Ltd » concourt à démultiplier chez lui les espérances virtuelles nécessaires pour prétendre à un avenir autre !
Il serait souhaitable bien entendu de pouvoir prévenir ces situations : autrement dit d'être actif et non pas seulement réactif. Dire que l'enfant doit être le produit de l'amour de la part des êtres qui le « mettent au monde », semble relever de la sensiblerie, et pourtant, c'est bien là « l'origine du début du commencement ». La toute petite enfance demeure, tout comme la gestation, des lieux dans lesquels le rôle de la mère est prépondérant, voire tout-puissant (ou peu puissant, ou impuissant) : l'enfant ne se remettra jamais entièrement de ce qui s'est ou ne s'est pas passé, dans ce temps qui échappe presque entièrement à sa réappropriation par le sujet (au-delà du « Cri Primal » d'Arthur Janov, et du « ça » de Groddeck). La première socialisation, l'école dite maternelle, peut être considérée comme l'étape suivante où des chances peuvent de nouveau être disponibles : la rencontre avec la 1ère maîtresse/ le 1er maître peut effectivement être le lieu d'une condensation des énergies positives, dont la personne chargée d'une autorité bienveillante devient le catalyseur ! L'étape suivante sera la puberté. Qui dira jamais assez combien cette étape peut être délicate, autant pour le garçon que pour la fille, et peut-être plus encore pour le garçon dont la sexualité doit s'affirmer en termes de « virilité » auprès de ses camarades. Les autismes pubertaires ne sont pas parmi les plus faciles à « ouvrir ».
Ma double fonction de prêtre et de « psy » me confronte, à l'occasion des préparations au mariage, avec des situations très complexes, où se mêlent encore les " constipations " chroniques d'une éducation religieuse mal digérée, au point que les angoisses touchant le permis - défendu et l'obsession du péché (sexuel, la plupart du temps) font de cette démarche un chemin de croix plutôt que de roses !
Comment, partout dans ces situations, prévenir plutôt que d'avoir à guérir ? Où puiser les énergies positives nécessaires à imaginer le monde comme pouvant être autre, et les résistances comme servant à révéler des capacités inconnues et nouvelles?
Vous avez dit « culture » ?
N'oublions jamais que la culture est, dans l'Histoire, le background premier et immédiat de toute manifestation humaine quel que soit son ordre. Ainsi l'appel d'Abram, et sa transformation en Abraham, Père de TOUS les croyants au Dieu Unique ; la généalogie protohistorique des Patriarches, dont celle de Jacob Israël, «nécessaire » pour la constitution d'une ascendance, distincte de la précédente, afin d'élaborer la notion de «peuple choisi » ; l'épopée mosaïque, enfin, pour faire de ce peuple choisi, purifié de ses éléments composites au cours des «40 » ans de ce qui n'est pas une errance, mais un processus de purification par élimination de la dernière génération hébréo égyptienne, contaminée par le syncrétisme (l'épisode du Veau d'Or en exprime la résurgence, qui permet d'éliminer physiquement les relaps), cette épopée doit transformer ce peuple, en nation théocratique : un roi (Dieu, et son vicaire le Roi), une terre (Canaan, qui deviendra le royaume de ce roi, la « Terre Promise »), et un peuple (le « Peuple Choisi », celui que Moïse aura conduit hors de la terre d'esclavage, pour les emmener vers la liberté : de la mort à la vie, de l'obscurité à la lumière).
Si je prends l'aboutissement de cette démarche culturelle, elle me conduit directement au slogan national-socialiste : « Ein Führer, Ein Land, Ein Volk » (tous les Aryens, les Germains, sous la «houlette » de son chef unique, forment un peuple à part, sur une terre spécifique à reconquérir)
L'évangélisation, depuis l'ordre de mission de Jésus-Christ ressuscité d'aller enseigner toutes les nations « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », suppose « acquise » la Foi en cet Homme-Dieu, en sa Parole ainsi que dans l'importance de cette parole pour tous les hommes ; « comprise » la permanente mutation de la culture, qui se nourrit elle-même des manifestations religieuses, en général, et se laisse transformer par elles (et vice-versa) ; « intégrée » cette mutuelle interdépendance culturelle entre une foi qui s'exprime, une évangélisation qui se développe et l'ensemble de la culture.
En conséquence, poser une question de l'ordre : « Comment la foi peut-elle évangéliser la culture ? », c'est tenir compte que c'est l'homme, les hommes en situation qui évangélisent, et avoir un pape, un évêque, un curé, un coopérateur, ...un Directeur de la Radio Diocésaine, un Délégué à la Culture...venant de tels ou tels horizons culturels...fait entrer un conditionnement significatif dans la tâche d'évangélisation ; et ainsi le contenu ontogénétique de la foi de l'acteur socioreligieux, pour légitime qu'il soit, entraîne immanquablement (ce qu'il peut paraître malaisé de nommer) une prise de position «politique » - même si cette position demeure inconsciente chez l'acteur en question. C'est pourquoi, en ramenant la question à l' "émetteur", ce n'est pas «la foi qui évangélise » d'abord. Mis à part Dieu, premier et originaire, c'est tel croyant qui procède à tel type d'évangélisation.
Dès l'abord, il s'agit de prendre en compte les visages multiples de la culture polymorphe actuelle, et chez nous en particulier. En effet, notre diocèse de Nice illustre à l'envi la situation : un territoire relativement étroit dans lequel évoluent relativement peu de gens, mais représentant le spectre le plus large d'une démographie multi spécifique, à tous les points de vue imaginables, (près de 70 nationalités parlant une vingtaine de langues) et une palette, - l'une des plus colorées au monde - , de manifestations culturelles attirant le monde entier tout au long de l'année (plus d'une centaine de festivals et/ou congrès internationaux, Union Européenne et OTAN en tête !) sans compter la beauté des sites et leurs capacités touristiques, drainant côté mer et côté arrière-pays des millions et des millions de nomades de toute origine ! (J'aime à ne pas oublier ici, que Jésus de Nazareth est appelé le Galiléen, originaire de cette Galilée que le Livre a baptisée Carrefour des Nations, et où il aurait passé une trentaine d'années ! D'où, cette réflexion de Nathanaël, ce vrai Juif, - entendez ce vrai Judéen, de Jérusalem, cité sainte, jalouse de son orthodoxie -, envers ce Galiléen vivant au milieu des païens : « Que peut-il en sortir de bon ? »... Nicodème n'en pensait pas moins, lui aussi...)
La culture technologique
Quelles sont les caractéristiques de cette culture ? C'est, dans le désordre et rapidement, la mobilité et l'instantanéité dans tous leurs états! Vitesse, précarité, élémentarité, omniprésence de toutes sortes de messages, sans discrimination ni discernement : ce qui suppose une «éducation » à ce type de communication ! Règne absolu de l'image - icône , par rapport à un texte toujours à son service, et non le contraire ; en quelque sorte, il ne s'agit plus d' « illustration » de l'écriture, mais d'une écriture iconique, où le mot doit être déjà lui-même « audiovisuel » . Là, nous avons une chance énorme : « fides ex auditu ». La foi est d'abord l'histoire entendue de celui/ceux qui croi/en/t en Celui auquel il/s croi/en/t ! Mouvement perpétuel : moins physique que mental. Tout est à portée d'un moteur de recherche, d'un serveur, d'un téléphone dont la dernière, toute dernière version... intégrera tout un ordinateur...
On posera inévitablement la question des contenus (objectifs ?) de la foi, lors d'une évangélisation. Comment apprendre à raconter des histoires, les histoires de ceux et celles dont la vie a été transformée par leur « rencontre » avec Jésus de Nazareth, vrai Dieu et vrai Homme, par la parole, l'image, le son, la danse, le théâtre, le chant, tous les arts, et plus « seulement » par le prêche (encore que l'homilétique soit un art relevant de la rhétorique la plus savante), ou une catéchèse « d'enseignement verbal », mais intégrant les recherches cognitives sur ordinateur, la méditation, la prière, l'apprentissage du silence, l'analyse critique d'images et de sons, le visionnement critique de documents AV...
On comprend pourquoi, je parlais plus haut de «position politique », même inconsciente. Car promouvoir tel ou tel type concret d'évangélisation, c'est aller plus ou moins vite, vers tel ou tel type de « rassemblement chrétien » c'est-à-dire d'é/Église. Or, - au moins dans un département comme le nôtre -, choisir ce type ou un autre type d'évangélisation, c'est gagner ou perdre « la classe ou la génération Internet » (comme l'Église a, il n'y a pas si longtemps, perdu la classe ouvrière et la génération 68!). Les « olympiades » JMJ (tous les 4 ans) ne sont pas près de remplacer ni de recouvrir ni l'une ni l'autre de ces classes ou générations : quand bientôt l' «étoile » s'éteindra, le nuit retombera ! Car 68 et Internet sont des faits socioculturels qui ne dépendant pas du charisme d'un homme : ils s'imposent nécessairement comme le réchauffement de la planète ou le développement durable ! Ils non rien à voir avec le phénomène de mode, fût-elle religieuse !
N'oublions pas que, - au-delà de notre manque terrible de personnel en 06 - , nous n'avons trouvé aucun prêtre pour prendre la cure de Sophia-Antipolis (la Technopole Internationale). Et les raisons en sont tout aussi terriblement compréhensibles : nous n'avons pas de personnel (suffisamment) préparé aux mondes (peut-être pas très réjouissants !) de la globalisation commerciale et de la communication électronique ! Il a fallu se rabattre sur une importation conjoncturelle !
Le Conseil Épiscopal de Nice a donc voté l(a ré)'ouverture d'un Séminaire Diocésain. Qui ne peut s'en réjouir, car si l'avenir, en ce domaine comme en d'autres, est un défi, alors, suivant la formule de Clemenceau à Verdun : « La seule façon de résister, c'est d'attaquer ! » (Et il y a ici plus que Verdun!). Mais comment concevoir le type, les méthodes, les disciplines et leurs contenus de cette formation ? Quelles sortes de formateurs, de professeurs et d'intervenants, nécessairement pluridisciplinaires ? Quels stages pratiques, dans quels lieux spécifiques et sous quelle supervision ? Quels critères d'admission (quel « Conseil de révision ») ? Quelles visions d'un avenir possible pour l'Église du Christ, qui est à Nice ?...
Le conflit comme culture. La culture comme conflit
Et qu'on n'aille pas se réfugier derrière des contre arguments clichés (véritables cache sexe de la responsabilité et de la conscience professionnelles !) du genre : « l'Église ne fonctionne pas comme une firme internationale ! Ses critères d'habilitation relèvent de la foi, et de l'Esprit Saint, et non de capacités managériales ni d'École Supérieure de Commerce !... » Et pourtant, comment fait donc l'Église hiérarchique pour « choisir ses évêques », sinon comme tous les « chasseurs de têtes » -, bien sûr avec l'aide de l'Esprit Saint, mais sous le manteau d'un secret au service d'une idéologie mûrement réfléchie ! Et comment se passent donc le jeu et la distribution du pouvoir à travers l'ensemble de la hiérarchie et de l'establishment, - toujours avec l'aide de l'Esprit Saint, bien sûr ! -, tant aux plans diocésain et hexagonal qu'au plan de l'Église toute entière ?... Y a-t-il de la honte à cela ! Car il ne peut en être autrement, dès qu'un quelconque pouvoir délibératif se trouve confié aux mains des hommes, avec le budget correspondant, si humble soit-il, mais dont l'émargement garantit l'autorité institutionnelle! ... N'oublions jamais que tout est question de degré, avec des marges, et de contrôle, avec des compromis !
Le traitement ecclésiastique international du scandale de la pédophilie chez les prêtres diocésains, - depuis Rome jusqu'aux diocèses concernés -, illustre d'éblouissante et lamentable façon ces fonctionnements incohérents de la discipline canonique où on essaie de noyer la honte dans un silence plus honteux encore, et de relayer la mauvaise foi hiérarchique patente par de misérables et dégradantes compromissions vénales. En ces domaines, l'Église autrichienne a même passé les bornes que le diocèse de Boston avait déjà déplacées off limits !
Et puis souvenons-nous de l'Église Première à Jérusalem, avec l'apparition soudaine et inattendue de Jacques, « le frère du Seigneur », qui postulait, poussé peut-être par « la famiglia » de Nazareth, une succession dynastique ! Et parallèlement, puis « récupération » soudaine de Pierre, comme PPCD (plus petit commun dénominateur) de la minorité agissante, « fusible » tenu en laisse par sa lâcheté de renégat, et que l'on met « en place à la place de l'autre », pour lancer ce qui deviendra, dépit des hommes et leurs intrigues humaines, cette formidable aventure universelle ! Et Paul, « le traqueur traqué », soupçonné, rejeté, exclu, « excommunié », et finalement livré à l'ennemi en plein Temple (!)..., parce qu'il rêvait d'une aventure « autre », qui ne serait pas la répétition de l'ancienne religion (dont il avait été l'adepte farouche !) !... Dois-je rappeler toute l'histoire des papes (et pas seulement ceux d'une certaine Renaissance) et les raisons profondes des schismes d'Orient et d'Occident ? Dois-je rappeler les intrigues des cours pontificales, hier et aujourd'hui, en Avignon ou à Rome, quand l'élection du successeur de Pierre entraîne avec elle des choix géopolitiques ? « Menschlich, all zu menschlich ! », humain trop humain, d'après Frédéric Nietzsche : tout cela est « normal », depuis et parce que Dieu a décidé d'avoir « besoin des hommes », et depuis et parce que le Maître nous a remis « le pouvoir des clés » ! C'est refuser cette réalité humaine incontournable, qui est la faute contre l'Esprit ! Car l'Esprit, lui, sait que c'est comme çà, que ça ne pouvait pas être autrement, et que malgré tout, et grâce à lui, (c'est son travail désormais, - depuis que « Jésus, le Christ, a rejoint la droite du Père » -, « les portes de l'Enfer ne prévaudront jamais contre l'Église », pour autant qu'elle demeure la communauté de ceux qui croient en Jésus Vivant aujourd'hui !
La culture et la religiosité populaires
Mais comment la foi peut-elle promouvoir une culture propre, en tenant compte des cultures et religiosités populaires ? Peut-être faut-il d'abord se demander en quoi consiste la religiosité populaire, - digne, légitime et inévitable -, qui produit elle aussi toutes sortes de phénomènes culturels, induits, à Nice par exemple, autant par l'autorité politico-ecclésiastique (l'Église du Voeu de Louis XIII, par ex.), que par les inclinations ataviques d'une population ou d'une aire géographique donnée (Ste Rita), et dont émane en général le clergé de cette même aire démographique (le clergé diocésain traditionnel, par exemple).
Une religion populaire est surtout caractérisée par des actes et des rites religieux, des cohérences entre une religion donnée (chez nous, la Catholique Romaine) et cette " religion naturelle " qui plonge ses racines dans le folklore, l'Histoire & les mythes ancestraux, la mémoire phylogénétique : bref, la mémoire de l'homme avant l'homme !
La religion populaire est le lieu de prédilection de la " liturgie religieuse », du ballet religieux (c'est ce que le mot liturgie veut dire en grec !), mystère (du Moyen-Âge), musique folklorique (les Traditions Biotoises, par exemple), célébrations des patrons locaux et des fêtes de saison (que l'Église a su harmoniser aux mystères chrétiens : Rogations, par ex.), processions (déplacements de proximité ensemble, pour imiter le pèlerinage lointain : la St Julien et la St Éloi, à Biot ; la St Roch à Valbonne ; faudra-t-il lancer un pèlerinage à Haghia Sophia, ou bien à l'Apôtre des Gentils, à Sophia-Antipolis?), mises en scène diverses, avec tout ce que cela suppose d'inventivité, de couleur, de ferveur, d'excès presque, mais aussi d'authenticité naïve, d'imperfection bon enfant, voire de drôlerie conviviale, et de festif avant tout! (Passions, crèches, oratorios, théâtre).
Car la religion populaire est le lieu de fête, par excellence (depuis les antiques Bacchanales, l'antique Fête des Fous,) : elle est le lieu primitif de la vie qui l'emporte en définitive sur la mort. C'est les Carmina Burana (pagano-chrétiens), - mis en musique par Carl Orff, et dont le manuscrit fut retrouvé dans la Bibliothèque du monastère bénédictin de Benediktbeuern, en Bavière, confié aux SDB allemands, qui l'ont transformé en Hochschule, et où j'ai étudié Théologie et Psychanalyse!!!
La foi pratiquée ne peut, - par le fait même qu'elle est pratiquée -, que créer une culture, parce qu'elle induit inévitablement une " certaine " religiosité! La question est : Quelle culture religieuse promouvoir ? C'est cette culture spécifique qui se nourrira de toutes sortes de nourritures, puisées dans les conditionnements historico socio économiques d'un milieu donné. Chez nous, sur la Côte d'Azur, il y a un double faisceau de conditionnements : ce merveilleux passé composite gréco romano italo français, et, depuis la Belle Époque, international, avec le trait particulier anglo-saxon ; et le non moins merveilleux présent, résolument tourné vers un autre conditionnement : image, réelle, virtuelle et synthétique ; image et son digital et numérique ; communication Internet ; vitesse et immédiateté des messages transmis ; mobilité mentale et immobilité physique, etc....autant de facteurs qui sont en train de modifier durablement cette religion, lentement mais sûrement, pour une population qui monte.
Le problème, c'est que tout grand changement religieux, comme tout grand changement culturel,- je le disais plus haut -, est la rencontre d'un projet (de type vision prophétique) avec une technique/technologie...(comme instrument de réalisation de ce projet).
Vision et projet
Quel est notre projet, quelle est notre vision prophétique de l'Église « dans le monde de ce temps » ?
La nouvelle technique/technologie, nous l'avons : elle se trouve même sur notre diocèse ! C'est elle qui constitue la spécificité de notre département : la TISA, la Technopole Internationale de Sophia-Antipolis : ses 30 000 chercheurs, qui avec conjoint et un seul enfant, totalisent plus de 100 000 âmes ; ses quelque 70 nations, parlant plus de 20 langues ; enfin ses spécialités : informatique, recherche fondamentale, communication, commerce, enseignement, applications...
Les nouvelles « tendances » culturelles ? Nous en sommes la devanture chaque année : Festivals du Cinéma, MIDEM, Jazz ; expositions dans plus de 15 musées, dont plusieurs de la RMN et de renommée mondiale, plus de 100 congrès internationaux annuels dans la demi douzaine de Palais des Congrès.
Les moyens de communication ? Deux aéroports, dont un international, un pont aérien sur Paris avec près de 40 navettes quotidiennes. Bientôt un agrandissement, voire un troisième aéroport ! Dans peu de temps, vols directs avec l'Extrême-Orient (dixit la CCI, Chambre de Commerce et d'Industrie)!
Les populations locales ? Chez nous, le monde entier est représenté : les cinq continents ! Toutes les religions, toutes les églises, toutes les spiritualités, toutes les sectes... Ici c'est Armaggedon, Rome, Athènes, Babylone, Corinthe, Alexandrie ... Ici, c'est le monde de ce temps dont parle Vatican II. C'est dans ce monde-là qu'il faut inaugurer une nouvelle religiosité populaire ! Ici, ce sont les villes de l'Apocalypse, destinataires des visions de Jean !
Actuellement, nous connaissons déjà sur notre territoire une double « religiosité populaire » : la traditionnelle, qui nous arrive de l'Histoire jusqu'à l'invention du transistor et de la puce informatique ; elle s'éteindra peu à peu en tant que telle, et deviendra muséographique (comme la crèche fixe de St Paul de Nice !). La nouvelle, qui a commencé entre Silicon Valley (Californie), Akademgorod (Russie), Hyderabad / Bangalore (Inde) et Sophia-Antipolis (06, France) : PC (personal computer), GPS (téléphone portable), planet station (jeu électronique global), email = « courriel » (nouvelle poste), Internet (système électronique de communication globale) et website (un Public Relations personnel) : All On Line (AOL)!
Et nous n'en sommes qu'au début... comme il y a 2000 ans, les Chrétiens persécutés de l'Empire romain n'en étaient qu'au début, de même nous ne sommes qu'au début de l'ère du virtuel...
On objectera ici aussi tous les clichés éculés, mécanismes de défense contre la peur de l'avenir, donc de l'inconnu : que tout le monde ne peut pas s'y mettre comme çà ; la religion populaire traditionnelle marche encore ! Il y aura toujours des personnes qui voudront faire comme avant... nous sommes trop vieux ; l'Église fonctionne différemment... la foi, c'est d'abord une Parole... L'Esprit Saint suffit...
Il n'empêche que nous passerions à côté de notre responsabilité devant l'avenir :
1 - si nous ne prenions pas conscience de ces imminences ;
2 - si nous n'en tenions pas rigoureusement compte, dans notre pratique pastorale quotidienne, ainsi que dans la formation de nos « héritiers » ;
3 - si nous ne nous entraînions pas personnellement à ces fonctionnements, quoi qu'il nous en coûte (avant de « commencer », Jésus fait un stage de 40 jours au désert, « poussé » par l'Esprit..., et on ne sait pas très bien ce qu'il a pu faire, en plus du travail du bois, jusqu'au moment de mettre la clé sous le paillasson de l'ébénisterie de Nazareth !) ;
4 - si nous ne considérions pas ces pratiques positivement (en en favorisant le développement chez nous, et en montrant pratiquement l'intérêt que nous y trouvons), si nous n'y formions pas nos successeurs (voir plus haut) ;
5 - si nous n'y investissions pas, enfin, hommes et matériel... (notre politique).
Les nouvelles données sont anthropologiques. La nouvelle religion populaire se jouera dans les domaines de nouvelles structures mentales : les mondes virtuels, les transferts immédiats, les positions omniprésentes, les contenus impalpables, la communication anonyme, l'image et le son numériques, les réseaux globaux, le règne de l'éphémère, les comportements uniformes, les attitudes répétitives, le message minimal.
C'est avec ces paramètres-là qu'il faudra réinventer la pratique populaire de ce que nous héritons chaque jour de la Parole de Dieu, déposée dans les Testaments. Je l'ai déjà cité plus haut, je le fais encore ici : le sens de l'homme et de son inaliénable dignité ; le respect de tout être humain, et d'abord du faible, du pauvre, de l'étranger ; la liberté, la fraternité, la fidélité dans l'amour, le don de soi aux autres jusqu'au sacrifice ; la beauté sacrée de l'enfance et des recommencements ; l'appel à la conversion du coeur qui donne valeur au progrès, mais aussi à l'imperfection et à l'échec ; l'espérance contre toute espérance qui nous fait vivre comme si rien ni personne n'était jamais définitivement perdu, comme si tout et tout le monde pouvaient être sauvés...(cf Simon Bergson, Le Monde 18-19/11/01,p.32).