Chapitre 2

idéogramme sumo

 

 

Sumo : Corps Montagne

Immobile comme une montagne,
agressif comme le feu,
tranquille comme le bois,
rapide comme le vent.
Sur terre comme au ciel, moi seul dois être vénéré.

Devise figurant sur la bannière de Takeda Shingen (1521-1573)

 

Le Dohyô, cet espace étrange

Schéma d'un Doyô

C'est un espace étrange. Ce cercle de quelque quatre mètres et demi de diamètre recèle en lui toutes les ressources pour vaincre et, en même temps, autant de pièges qui mènent à la défaite. Spirituel - technique - physique, et toute la vie d'un homme, dans un combat de moins de dix secondes, confie Kirishima ;

... À partir du centre, la distance à franchir est d'à peine deux mètres vingt-cinq si l'on est expulsé en ligne droite. Et pourtant, quand on tourne en rond le long de sa lisière, on peut continuer indéfiniment sans jamais en sortir. L'espace, aussi délimité matériellement soit-il, est en même temps infini. Les premiers facteurs qui conditionnent l'issue du combat se nomment vitesse, poids, force - bref, tout ce qui relève du corps, du "physique". C'est pourquoi je me suis toujours efforcé à tout prix d'augmenter mon poids, et j'ai travaillé ma musculature pour me doter d'une réserve de puissance. Quand deux adversaires se trouvent à égalité pour la vitesse et le poids, c'est alors la " technique " qui entre en ligne de compte. Cet aspect repose sur le mouvement de base du sumo qui consiste à serrer ses coudes contre son corps, à se coller contre l'autre en position basse et à avancer en gardant ses deux pieds en contact avec le sol. Ce sont là des choses simples qui semblent aller de soi, mais, en réalité, il n'est pas si facile d'assimiler ces mouvements d'une manière parfaite, jusqu'à en faire une seconde nature. Une fois cette étape franchie, il convient de créer son style personnel de lutte, qui permet une victoire sûre dès que l'on aboutit à la posture qui vous est propre.
Bien sûr, c'est important d'étudier la technique de son adversaire, en examinant et réexaminant les bandes vidéo de ses combats, et de réfléchir à la tactique à adopter dès l'assaut initial. Mais, tout cela ne compte que jusqu'au moment du shikiri, ce temps de concentration qui précède le combat. Dès l'instant où l'arbitre, avec son éventail, donne le signal du départ, la réflexion n'est plus assez rapide pour faire face à la situation. Il faut que le corps réagisse spontanément, avant que l'esprit n'ait eu le temps de penser.
La durée moyenne d'un combat n'étant que de cinq à sept secondes, pendant ce temps, le lutteur ne respire pas. L'homme qui arrête son souffle est capable de déployer en un éclair toute la force contenue en lui.

- Qu'en est-il alors quand le combat se prolonge et que les deux lutteurs s'immobilisent, plaqués l'un contre l'autre ?

On me demande souvent ce que je regarde à ce moment-là. La vérité est que je ne regarde rien. Si mes yeux restent ouverts, mon regard, matériellement, doit bien se poser quelque part. Cependant, toutes mes facultés de perception sont concentrées sur le souffle de l'autre. Je guette le moment précis dans le rythme de sa respiration - ce moment décisif où il devient soudain vulnérable - pour l'ébranler par la technique appropriée. Ce facteur temporel est difficile à faire ressentir avec des mots. Même la pensée qui frôle l'esprit est trop lente. Il n'y a pas de place pour penser. À l'instant même où l'on sent le moment venir - ou plutôt, un éclair de temps avant cet instant -, le corps doit réagir.
Si le « physique » et la « technique » sont de même niveau entre deux protagonistes, c'est le « spirituel » qui intervient. Dans la pratique, il n'existe pas en général de disparité physique ou technique capitale entre des champions confirmés. Dans une lutte entre deux adversaires de force sensiblement égale, ce qui fait la différence entre le ciel et la terre ne peut provenir que de leur énergie morale, de leur combativité et de leur soif insatiable de se dépasser. Quand l'énergie est à son paroxysme, le corps de l'adversaire paraît tout petit. La durée du shikiri, ce rituel de préparation au combat, semble étrangement courte. Si, pendant ces préparatifs, on a conscience en fixant l'autre de vouloir le dominer ou que l'on se sente troublé par son regard, l'état spirituel ne peut pas être qualifié de satisfaisant. Quand on se trouve au summum de sa force spirituelle, on ne fait que contempler l'adversaire en enveloppant du regard l'ensemble de son corps. À celui qui parvient à l'absorber en soi globalement, dans tout son être, comme faisant partie de soi-même, la victoire est acquise d'avance à cet instant précis.
Une lutte, je le répète, ne dure même pas dix secondes, et se déploie dans un espace qui ne mesure même pas cinq mètres... Mais ce combat symbolise la vie entière du lutteur en cet espace qui cristallise le long cheminement qu'il a parcouru pour parvenir jusque là.... En portant un regard en arrière sur sa carrière, il ne peut que ressentir de plus en plus fort que le Dohyô est un espace étrange.

 

Sumo et Shinto

Tous les rappels du Shinto que nous pouvons voir dans la performance Sumo, remplissent une fonction symbolique :

En tant que religion de coutumes et de lois, le Shinto s'est développé comme une religion en l'honneur des dieux, pour assurer de bonnes récoltes et la protection divine, mais très vite se transforma dans ce sport du Sumo, comme un moyen d'amuser ces mêmes dieux, purifier le sport lui-même et protéger les Rikishi de tout mal.

 

Les écuries du Sumo

Surprenant peut-être, l'autre lieu secret/public où le corps japonais est mis en oeuvre demeure les écuries et les arènes du Sumo ! Origines plus qu'anciennes, le Sumo historique voit son premier combat consigné au Ier siècle de notre ère : la commémoration d'une sombre histoire de propriété privée, ­ celle d'Izumo, l'égal du sanctuaire d'Ise-shima­ que s'étaient disputée deux divinités. Donc sport sacré, sinon divin, dont les preuves sont multiples : les cérémonies religieuses qui marquent le debut et la fin des tournois, le cérémonial et les salutations rituelles précédant les combats. Codifiées à l'époque d'Edo, les règles n'en ont pas changé depuis ! Sport, spectacle ? En tout cas, très populaire, et les tournois s'en déroulent dans tout le pays suivant la saison : je devais assister aux derniers entraînements des Beya (salles) Dewanoumi, à Ryogoku, près du Kokugitan, le matin même de leur départ pour le tournoi de mars d'Osaka ! Les Sumotori sont classés suivant des hiérarchies de plusieurs dizaines d'échelons. Les trois rangs les plus élevés sont respectivement sekiwake - ôzeki - yokozuna (grands champions.) La discipline dans les Beya est très stricte, voire spartiate.

Le combat a lieu sur un tertre de terre battue, où a été délimitée par une longue tresse de paille en bourrelets, une surface circulaire de 4,55 m de diamètre. Les lutteurs, entre 150 et 250 kg, s'y affrontent, après l'avoir purifiée avec du sel. C'est donc celui qui parvient le premier à agripper son adversaire et à le déséquilibrer, ou à l'expulser de la surface circulaire, qui est déclaré vainqueur.

Tout cela, en quelques secondes...

Les entraînements de sumo ont lieu tôt le matin comme le zazen dans le Hondo, comme les répétitions du Butô et du . Avant l'aube, puis avec l'aube, et le soleil levant. La Beya qui m'accueillit - cela vaut pour toutes les salles - ne disposait d'aucun interprète, je restai donc seul et silencieux pendant près de trois heures et demi, le charme total ! La salle est composée d'une part d'un quadrilatère de 8 à 10 mètres de côté, au centre duquel se trouve le fameux cercle, le Dohyô, le ring d'entraînement, en quelque sorte. Du sable noirâtre forme un petit tas en son milieu, tout autour, des racks pour serviettes, sel ( ? ), balais de brindilles pour ré-étendre régulièrement le sable noir, eau potable. D'autre part, légèrement plus haute de 40 centimètres environ, une tribune assez profonde peut recevoir jusqu'à deux dizaines d'assistants visiteurs, et constitue avec la piste elle-même, une composition analogue à celle que forment shoïn et kare san sui dans les petits monastères bouddhistes du Daïtoku-ji, de Kyoto, par exemple. À bien voir, et si je l'ai appelé piste, cet espace d'entraînement va rejoindre l'inévitable Himorogi, cet endroit devant le temple Shinto, réservé aux Kami, quand ils descendent la nuit séjourner chez les hommes.

Les corps à voir sont fonction du stade d'entraînement des membres de l'écurie. J'en ai vu de trois types...

Tout d'abord, et déjà à l'entraînement quand j'arrivai à 6 h 30, sept jeunes gens s'échauffaient vraisemblablement. L'un d'entre eux, le seul, avait encore son corps d'origine, musclé, athlétique et proportionné, (je l'appellerai Shin = nouveau), tandis que les corps des six autres montraient déjà des bourrelets de graisse à la taille, sous les aisselles et au gras des cuisses, ce qui devra donner, - avec les soupes épaisses, que je les vis préparer vers 9h00 avant de les quitter - quelques dizaines de kilos garantis régulièrement jusqu'aux 200 de moyenne que doit peser un Sumitoro, (lutteur sumo), ordinaire ! Ils tournaient à la cadence de l'un d'entre eux qui poussait des cris gutturaux : sur une jambe, sur l'autre, chacun pour soi, en file indienne, sur place, en se déplaçant, en se tenant par la ceinture... Chaque mouvement était étudié et accompli avec la conscience perceptible de chaque composant cinétique. En passant devant un grand miroir en pied, posé à même l'arène à un tournant, chacun y allait de son oeil critique, le temps du passage.

Un maître entra, en civil : on le salua tous, il me salua à peine, s'assit sur un coussin devant moi, et se mit à pousser des cris de temps en temps pour signaler quelque chose à l'un ou à l'autre. Coup sur coup, un autre maître entra, suivi d'un troisième, toujours aussi distants, quoique courtois ! J'avais désormais devant moi, un écran, de leurs larges dos... des anciens, je présume ! Je me déplaçai légèrement pour avoir de nouveau la vue libre. Sur ce, étaient entrés quatre sumotoris moyens, déjà bien plus développés que la première équipe et visiblement plus âgés !

Ils se mirent à des exercices sur les côtés de l'arène, se balançant sur l'une ou l'autre jambe, en faisant résonner le bruit de leur pied frappant le sol, à chaque fois qu'ils reprenaient l'équilibre. Cela faisait apparaître en même temps leurs muscles fessiers, très durs à l'oeil au moins, et d'avantageuses cuisses dont l'épaisseur et la longueur n'avaient déjà plus rien de statistiquement ordinaire ! Leur pagne relativement, étroit, leur découvrait la saignée de l'aine, de façon, tout en restant pudique, à dégager entièrement la naissance de la cuisse qui alors, jusqu'au genou, me sembla démesurée. Le groupe des plus jeunes, stimulés par leurs aînés immédiats, se mirent à leur tour à les imiter, et resserrant eux aussi leurs pagnes, dégagèrent l'intégrale de leurs propres cuisses, un peu moins épaisses certes, mais pas moins solides pour autant : cuisses de grenouilles et cuisses de crapauds battaient maintenant le sol en cadence, la main frappant sur le même rythme la partie extérieure de la jambe, à la hauteur du bassin...

Les corps semblaient se détendre maintenant. Seul celui de Shin conservait toujours ses formes athlétiques mais normales, tandis que ceux des autres soufflaient, agités de toutes leurs excroissances de graisse ! Leurs chignons à la Samourai leur donnaient un air de reconstitution historique, et les avantageait plutôt, surtout ceux dont le visage était ingrat ! C'est ce qui me frappa d'ailleurs à ce moment-là. À part l'un ou autre, manifestement croisé de coréen et de chinois, tous les autres relevaient de spécimens des divers peuplements du Japon des origines, en provenance des îles du Pacifique ! Je revis certains visages des aborigènes des montagnes de Taiwan, où j'avais passé quelque temps d'un été studieux (le mandarin ! ), chez un ami jésuite, curé de ces villages : tous venaient des Îles Samoa, Tonga, Fidji, Pago Pago etc. Les visages polynésiens, mélanésiens et micronésiens de mes jeunes sumotoris tokyoïtes posés sur des corps quasi nus et déjà disproportionnés par rapport à leurs faces, gardaient encore la candeur de leurs vingt ans.

C'est alors que se présentèrent les vénérables sumotoris pachydermiques. Deux montagnes de chair, dont les massifs se situaient en trois endroits facilement imaginables : le ventre, dans une excroissance vraiment monstrueuse ; la poitrine, lourde, aux deux vastes mamelles en dérive de chute ; et les fesses !

Une paire de fesses bovines ou chevalines, larges, gonflées et si bien séparées par la bande­ string de leur slip symbolique qu'elles en paraissaient encore plus énormes puisqu'elles s'ajoutaient l'une à l'autre, plus qu'elles ne faisaient qu'un seul arrière-train ! Déjà plus de cou, la tête émergeait seulement de la base hypertrophiée des épaules. Les bras ne pouvaient plus se rejoindre, les mains pendaient, inutiles tant qu'elles ne saisissaient pas l'adversaire comme les pinces redoutables d'un homard. L'allure et la démarche étaient celles d'un formidable crabe-tourteau, corrigeant la dérive droite ou gauche (bâbord ou tribord ! ) de son cap, par un pas délibérément orienté à l'opposé ! Shin regarda son copain, certainement, - qui ressemblait à, et que je vais appeler Sinbad -, et tous deux eurent un regard et une moue d'admiration somptueuse à l'égard de leur incroyable collègue, appelons-le Yama = montagne : Shin, Sinbad et Yama !

Mes yeux se fixèrent désormais - j'étais là depuis une heure - sur Shin, Sinbad et Yama ! Et par un effet de hasard,ce fut Sinbad, du groupe moyen, qui fut le plus à la fête dans les exercices suivants ; Shin, volontaire et têtu, malgré sa relative ampleur, se présentait sans cesse comme partenaire dans le cercle magique, et le reste du temps prenait un soin méticuleux de Yama, lui présentant eau et serviette ; et Yama, au milieu du cercle, recevant qui voulait, résistant à toutes les formes d'attaque et jetant rapidement à terre, d'un geste simple, parfait et imparable, tous ceux qui montraient quelque velléité de l'expulser du milieu du cercle... « sa » place !

Les 7 + 4 + 2, les treize Sumotori, lutteurs de sumo, se partageaient maintenant l'espace de la piste, côtés et cercle, chacun s'entraînant qui seul, qui au combat, qui se faisant aider pour un type d'exercice. Par exemple, deux moyens jouent à la poupée morte : debout, un partenaire se laisse tomber de face sur vous, vous le repoussez à chaque fois, en lui martelant la poitrine dans le même mouvement. Deux autres s'aident à quelque élongation : le partenaire à « élonger » est assis par terre ; son partenaire pèse de tout son poids sur lui, en appliquant sa poitrine sur ses épaules, et en faisait plier ses pectoraux jusqu'à n'en plus pouvoir. Un troisième consiste à maintenir l'autre coûte que coûte dans la position du grand écart : ce qui, vu les carcasses, ne laisse pas d'etre très impressionnant !

En dernière partie, ce fut un festival de combat, où il fallait d'abord repousser de toutes ses forces un adversaire, en le faisant glisser avec élan jusqu'à la limite de la corde de paille, limite du cercle. Ou bien des combats, où claquaient les plats des mains sur les surfaces géantes, accompagnés de cris rauques ou aigus, inarticulés ou à peine, et excitant l'adversaire ou signifiant l'effort immense qu'exigeaient ces manoeuvres.

Car les visages contorsionnés reflétaient l'effort de la tension de tous les muscles qui, malgré leur épaisse enveloppe de chair et de graisse, sont éminemment travaillés et bandent à la limite de la déchirure quand il faut résister à des Yama comme celui de ce matin. Et quand ce Yama là vous jette à terre comme un fétu, et que vous tombez de votre hauteur - bien sûr qu'ils ont appris à tomber - mais quand tombent plus de 150 kg de chair sur le ciment de la piste, on ne peut pas dire que les crispations des visages que je voyais, signifiaient le plaisir de la chute !

Le paradoxe du Butô et du Sumo est qu'ils traitent différemment du même corps japonais. L'un, le Sumo, gros d'une histoire et d'une tradition de plus de vingt siècles, plonge ses racines dans le Koki-ji ancestral, religieux et national, et rend chaque fois présentes les sources fantastiques du passé Nihon, aux êtres extraordinaires. Les combattants Sumo sont visiblement des êtres extraordinaires, vénérés et adulés comme des demi-dieux, par une population qui se précipite à tous les tournois qui mobilisent toutes les préfectures au long des saisons, en personne ou par TV interposée ... L'autre, le Buto, vert et aigre encore d'une histoire courte et d'aucune tradition, sinon celles qui viennent de l'inconscient Nihon lui aussi, confronté au passé récent du pays, et mêlé aux cultures du monde, où se racontent dans l'horreur de mutilations et de souffrances diverses, les corps - déjà écorchés et pourtant encore à naître - des Nippons de demain... et d'après-demain.

 

Mais qu'est-ce que le Sumo ?

Un art martial pratiqué par les hommes mais qui le fut aussi par les femmes à l'époque d'Edo quand le sport en général commença à être populaire. Depuis le XVIIIe siècle ces lutteurs sont appelés des Rikishi. C'est dans les Beya et au cours de divers tournois que les lutteurs vont essayer de gravir les échelons.

Il y a 6 divisions en tout. Les 4 de bases sont :

1- Jonokuchi qui comprend 100 lutteurs ;
2- Jonidan, 300 lutteurs ;
3- Sandanme, 200 lutteurs 
4- Makushita, 120 lutteurs.

Dans ces quatre divisions les lutteurs sont des Sumotori ; lorsqu'ils atteignent les deux catégories suivantes, ils deviennent des Sekitori. Dans ces deux dernières catégories, il n'y a plus que 60 lutteurs environ. Il s'agit de :

5- Juryo (26 lutteurs) ;
6- Makunouchi (36 à 38 lutteurs).

Après chaque tournoi, le Rikishi peut changer d'échelon. À partir de 8 victoires sur 15 ­ Kachi-koshi - il est promu. Avec moins de 8 victoires ­ Make-koshii ­ il descend dans la hiérarchie. Les Sekitori actuels ont passé 5 à 7 ans dans les 4 premières divisions, mais certains n'y sont restés que 2 ans.

Dans la division Makunouchi, les lutteurs sont aussi classés par grades :

1 -Maegashira avec un chiffre de 1 à 13 ou 14 (en bas de la hiérarchie) ;
2 -Sanyaku composé de 3 groupes : Komusubi, Sekiwake et Ozeki ;
3 -Yokozuna est le grade le plus élevé (grand champion).

À partir du grade de Ozeki, les règles de promotions changent : les lutteurs ne peuvent descendre dans la hiérarchie que s'ils n'obtiennent pas 8 victoires sur 15 dans 2 tournois consécutifs. Le grade d'Ozeki est particulièrement difficile à atteindre, seulement 1 lutteur sur 500 atteint ce niveau.

Au cours d'un tournoi de sumo, quand arrivent les combats des divisions Juryo et Makunouchi, on assiste à la cérémonie d'entrée : le Dohyô-iri. Derrière l'arbitre, les Rekishi arrivent en file et classés par rang hiérarchique en arborant le Kesho-mawashi (sorte de tablier multicolore). Ils se positionnent en cercle à l'intérieur du Dohyo et se font face :

Puis ils se retirent.

Cette cérémonie a lieu plusieurs fois dans l'après-midi.

Pour la cérémonie d'entrée du Yokozuna, il est suivi par deux Maegashira et va exécuter une série de gestes comme dans la cérémonie précédente, mais il va aussi lever les jambes en l'air l'une après l'autre et les rabattre violemment sur le sol : c'est le Shiko. Ceci dans le but d'effrayer les mauvais esprits et de montrer toute sa puissance.

L'arbitre est un Gyoji. Il joue un rôle très important non seulement pendant les combats mais aussi pendant le déroulement des cérémonies. Pour eux aussi, il y a des rangs que l'on peut distinguer par les tenues plus ou moins somptueuses qu'ils portent. Leur entraînement débute dès l'âge de quinze ou seize ans et ils sont recrutés exclusivement dans des familles étroitement liées au monde du Sumo. Leur promotion est très lente puisqu'elle dépend de la séniorité et que le nombre de poste est fixe.

Le nom des Rikishi est très symbolique et est donné par le directeur de la Beya. Un lutteur peut en changer plusieurs fois tout au long de sa carrière, la plupart du temps quand ils changent de grade. Lorsqu'ils arrêtent la compétition et qu'ils deviennent membre de l'association japonaise de sumo, ils en changent encore.

Il y a six Grands tournois par an. À Tokyo en janvier, mai et septembre. À Osaka en mars, à Nagoya en juillet et à Fukuoka en novembre. Chaque tournoi dure quinze jours et chaque lutteur ne combat qu'une fois par jour. Ils ne connaissent que la veille le nom de leur adversaire. Les organisateurs s'arrangent donc pour faire se rencontrer les meilleurs que les derniers jours afin de préserver le suspense.

Quand son nom est annoncé, le Rikishi monte sur le Dohyô. C'est le Yobidashi (annonceur) qui monte d'abord sur le Dohyô, ouvre un éventail blanc et appelle l'un après l'autre les deux Rikishi, puis il redescend. Quand il s'agit de grands combats, d'autres yobidashipeuvent monter sur le Dohyo et présenter des panneaux qui représentent des prix supplémentaires offerts par des sponsors. Ensuite, c'est l'arbitre qui monte sur le Dohyô et annonce les noms des lutteurs.

Ceux-ci vont alors dans leur coin, se désaltèrent et s'essuient les lèvres avec le Chikara-gami (papier blanc symbole de force)

Se déroule alors une partie psychologique entre les deux combattants :

1 - Le jet de sel pour purifier le Dohyô ;
2 - Le Shiko alterné de face à face ou les lutteurs essayent de s'impressionner mutuellement en se fixant droit dans les yeux.

Cette partie peut se répéter plusieurs fois jusqu'à ce que l'arbitre décide du début du combat en présentant son éventail de face.

Vient alors le Tachi-ai : les deux lutteurs touchent le sol de leurs poings et le combat peut commencer à tout moment. Celui-ci ne dure jamais très longtemps ; c'est l'affaire de quelques secondes. En quinze jours c'est celui qui a obtenu le plus de victoires qui gagne le tournoi.

Les quatre Yokozuna du moment :

Nom Age Taille Poids Origine
Akebono 30 ans 2,04 m 235 kg Hawai
Musashimaru 28 ans 1,91 m 224 kg Hawai
Takanohana 27 ans 1,85 m 160 kg Tokyo
Wakanohana 28 ans 1,81 m 134 kg Tokyo

 

Le Sumo, way of life

Le Sumo est bien plus qu'un sport, même s'il est aussi un sport très populaire. C'est un mode de vie en soi, et un mode de vie très dur pour les nouveaux, mais qui promet le meilleure une fois au sommet. Vieux de plus de 2000 ans, il ne gagnera sa pleine reconnaissance qu'à l'époque d'Edo (1600-1868). On le pratique aussi bien dans les communautés rurales que dans les universités. Les Sumortori ne se marient pas, qu'ils soient Maezumo, apprentis, ou Rikishi, initiés. Ils vivent dans leur Beya, « étable » sous la supervision de leur Oyakata, père aubergiste, et de sa femme, Okamisan.

Chacun doit s'en tenir à son rang. Les novices partagent un dortoir, se lèvent plus tôt (très tôt ! ) et s'entraînent les premiers, ils s'acquittent de toutes les corvées domestiques, et avalent leur porridge de Chanko-nabe, uniquement après que tous les autres aient pris le leur. « L'étable » la plus réputée est celle de Futagoyama, berceau de l'illustre dynastie Sumo de Hanada.

Ainsi, comme dans le Butô, et dans le , danseurs, acteurs et lutteurs vivent en hordes, en bandes, en communuautés. Encore maintenant. Leurs corps individuels semblent n'exister que par et dans le corps global, le nous fusionnel, l'unheimliches wir, ce « nous » étrange du magma originaire, d'une entité proprement animale : la ruche, le fourmilière, le troupeau. Les abeilles, les fourmis et les moutons ne sont que les éléments d'un groupe vivant qui, lui, existe en tant que groupe, avec une identité dont « profitent » tous ceux qui en font / sont partie.

Le Sumo est le plus « religieux » des sports Nippons, c'est celui qui remonte le plus loin et qui plonge le plus profond dans l'âme animiste Shinto. C'est la lutte des origines, l'accession aux territoires, - entendez les îles de l'archipel - la liberté de circulation. Entre mer et montagne, les îles, Jima, sont, là encore, les éléments qui constituent le Yamato, le Japon. Chacune compte, bien sûr, mais le pays est l'ensemble organique de tous ses composants, chaque composant n'étant « soi » que relié aux autres, autour du Yama (montagne : Yama-to = la voie de la montagne) par excellence qu'est le Fuji Yama, leur « Massif Central », leur sommet originaire.

Le corps, immense et « grave » (lourd, en latin : jusqu'à 280 kilogrammes) des Sumitori (les lutteurs) est cette « incarnation » (c'est le cas de le dire) de la montagne, du Shugendo (mystique de la montagne), des Yamabushi (ascètes qui vont de montagne en montagne). Les Sumitori sont considérés comme des Kami, des dieux, et les prêtres Shinto qui président aux combats, célèbrent en l'honneur et à la gloire des ces incarnations divines ; leur gavage (Chanko-nabe) dans les écuries d'entraînement (Beya) forge la certitude que les dieux de la terre, nourris de la sorte dans le corps des Sumitori, sauront se montrer généreux et, à leur tour, donner aux humains, ces anciens Kami exilés sur terre, le riz nécessaire à la vie.

frise bas