Chapitre 7

image des idéogrammes manga/anime

 

Manga / Anime : Corps Virtualité 漫画


 

Yukio Mishima,

Le dernier Samouraï ?

Photo de yukio Mishima

Hana wa sakura-gi,
hito wa bushi

La fleur par excellence est celle du cerisier
L'homme par excellence est le guerrier

Chiru wo itou
yo ni mo hito ni mo
sakigakete
chiru koso hana to
fuku sayoarashi.


Peu importe de tomber.
Avant tout le reste, avant tous les autres.
C'est le propre de la fleur de cerisier
Que de tomber avec noblesse
Par une nuit de tempête.

Yukio Mishima


 

La Trinité de l'Ombre

Le Bunraku, « théâtre de marionnettes », peut être nommé : La Trinité de l'Ombre. Car ici c'est l'ombre elle-même qui est le maître des poupées : l'homme, habillé de ténèbres, étant au seul et humble service de l'éternité du protagoniste de bois sculpté. Ce protagoniste est une poupée, certes, mais aux mécanismes suprêmement sophistiqués : mouvements des yeux, ouverture de la bouche, froncement des sourcils, articulation des mains.

La poupée nécessite trois « manipulateurs » :

  1. Le « maître », qui de sa main gauche placée dans le tronc porte la poupée, oriente sa tête et joue sur les clavettes du visage ; et de sa main droite active le bras droit ;
  2. Le premier assistant, pour activer le bras gauche ;
  3. Et le troisième assistant pour les jambes.

Le travail doit créer une harmonie entre les trois « ombres » par :

  1. La coordination de leurs mouvements en phase avec ;
  2. Les miaulements du Shamisen, comme accompagnement musical ;
  3. Et les vociférations du récitant.

 

Histoire des Manga

Manga, image dérisoire, signifie « bande dessinée » en japonais. En français, il désigne les bandes dessinées japonaises, voire les bandes dessinées d'influence japonaise. Le dessinateur de mangas est appelé Mangaka.

Au XIXe siècle où le terme Manga signifiait plutôt « croquis » ou « esquisse », l'un des plus grands artistes japonais, Katsushika Hokusai, fait paraître ses carnets de croquis, suite de caricatures grotesques, en douze volumes, sous le nom de Manga, et connus sous le nom de Hokusaï Manga. Le Manga tel que nous le connaissons aujourd'hui ne date que du XXe siècle, après différentes évolutions, dont le travail majeur d'Osamu Tezuka qui a apporté le cadrage et le découpage temporel qui est un des éléments majeurs du Manga.

 

Techniques spécifiques

Techniquement parlant, les Manga sont presque toujours en noir et blanc. En effet, ils sont la plupart du temps publiés dans des revues peu coûteuses, sur du papier recyclé, et souvent seules les premières pages de la revue, correspondant à une mise en avant d'une série particulière, ont droit à de la couleur. C'est ainsi que l'on retrouve parfois des pages en couleurs au milieu des recueils publiés.

Le dessin, en général, est moins « statique » que dans les bandes dessinées occidentales. Le Manga utilise un découpage temporel proche de celui du cinéma, adoptant souvent ses cadrages, et utilisant une décomposition du temps et de l'action. Les personnages ont souvent de grands yeux, ce qui permet de renforcer l'expressivité du visage. L'étonnement est souvent traduit par une chute du personnage à terre. Dans le Manga City Hunter, connu sur le petit écran français sous le nom Nicky Larson, la colère de Kaori, Laura, est souvent traduite par la sortie inopinée d'une massue et l'écrasement de l'adversaire.

Il y a également une forte utilisation d'onomatopées relatives aux mouvements, actions, pensées des personnages. Notons au passage que le japonais est beaucoup plus riche que le français en onomatopées et que leur champ d'application est plus large, incluant des concepts surprenants tels que l'onomatopée du sourire, Niko Niko, du silence, Shiiin, ou encore du scintillement, Pika Pika, d'où le nom de Pikachu.

Dans les mangas destinés à la jeunesse, les Kanji, caractères chinois, sont souvent accompagnés de Furigana pour aider la lecture.

 

Types de mangas

Au Japon, les rythmes de publication peuvent beaucoup varier, allant de l'hebdomadaire aux publications mensuelles voire trimestrielles. Les mangas sont souvent publiés par chapitres d'une vingtaine de pages ; à l'intérieur d'un même magazine, le papier peut parfois changer de couleur, afin de distinguer rapidement les différentes séries, les mangas se lisant toujours rapidement. Néanmoins, là aussi les formats varient, pouvant aller de quelques pages à plus de quarante, dans le cas du lancement d'une nouvelle série, par exemple. Quelques revues de mangas hebdomadaires : Shônen Jump (Shûeisha), Shônen Magazine (Kôdansha), Shônen Sunday (Shogakukan). Certains titres atteignent couramment les 400 pages hebdomadaires.

Les revues de mangas sont généralement destinés à une catégorie d'âge précise :

On reconnaît aussi certains genres particuliers :

Autre vocabulaire :

Lorsqu'un Manga rencontre un certain succès, il est édité en volume relié, similaire à ceux que l'on trouve en France. Ces volumes reliés sont appelés  :

Dans certains cas, un Manga à succès se voit également adapté en Anime, « dessin animé ». Parfois les Anime sont aussi utilisés pour créer des bandes dessinées. Pour cela, on utilise des images extraites de l'Anime que l'on met en page, et sur lesquelles on rajoute du dialogue. Ces bandes dessinées particulières sont alors appelées Animekomikkusu, « Anime comics ». Associés aux Manga, on trouve les artbooks, recueils d'illustrations en couleur d'images originales, qui incluent parfois des histoires courtes.

En France, de nombreux festivals appelés conventions ont fait leur apparition ces dernières années. Ces conventions sont des points de rassemblement pour les fans de Manga, proposant des projections, des jeux, des spectacles de cosplay et souvent complétés par un forum où se côtoient professionnels, magasins de livres et autres produits, et amateurs, clubs et associations exposant leurs propres oeuvres. On compte parmi les conventions les plus connues en France : Japan Expo, Epitanime, Cartoonist...

 

Disputes franco-françaises autour du mot Manga

Les mots japonais n'ont pas de genre ; par conséquent on ne sait pas s'il faut écrire un Manga ou une Manga. L'auteur Frédéric Boilet a échauffé les esprits de beaucoup de fans habitués à accorder le mot au masculin, en parlant de Manga au féminin, notamment dans le cadre de son mouvement franco-japonais La Nouvelle Manga. Ses arguments ne peuvent pas être totalement rejetés. Le premier est que Jules et Edmond de Goncourt, en parlant de mangas à la fin du XIXe siècle, l'ont fait en accordant le mot au féminin. Le second argument est que, lorsqu'il explique le principe des genres à des Japonais, ceux-ci pensent que le féminin doit être plus approprié.

Le second problème concerne l'accord au pluriel : suivant des usages qui ne sont pas forcément entérinés par l'Académie française, les mots étrangers n'ont pas de pluriel en -s. On lit donc souvent les Manga au lieu de les Mangas. Les fans ne sont pas tous de cet avis.

 

Manga

- Pour jeunes garçons adolescents = Shônen (少年).

Un Shônen Manga ou Shounen Manga, 少年漫画, « Manga pour jeune garçon » est un Manga ayant pour principal public les jeunes garçons, par opposition à Shôjo Manga, 少女漫画, « Manga pour jeune fille ».

Ce genre privilégie des thèmes comme :

Un Shônen Manga répond généralement à un canevas bien établi :

Justice, honnêteté, amitié, courage et volonté sont quelques-unes des valeurs mises en avant dans ce type de bandes dessinées.

- Pour jeunes filles adolescentes : Shôjo (少女).

Le Shôjo Manga (少女漫画), souvent écrit Shoujo Manga, en Wâpuro Rômaji, est un style de Manga dont la cible éditoriale est les jeunes filles, Shôjo en japonais). Par rapport au Shônen Manga des garçons, ce genre se caractérise par des récits davantage centrés sur les relations entre personnages. Ces derniers sont souvent dotés d'yeux immenses supposés exprimer davantage les émotions. Les métaphores visuelles et flash-back sont omniprésents ; en général, ce type de Manga se centre sur une histoire d'amour aux étapes trèsconventionnelles.

 

Anime

Anime, prononcer « animé », est un mot japonais basé sur le mot anglais animation et désignant les dessins animés. En français, ce terme désigne en général ces dessins animés produits au Japon. On utilise également le mot japanime ou japanimation. Le terme de Manga Eiga, littéralement « film de manga », était le terme original pour désigner les dessins animés d'inspiration de Manga, bande dessinée japonaise. Ils sont très populaires au Japon : en 2001, le Voyage de Chihiro, Ours de Berlin a battu le record de recettes dans ce pays, devançant le film Titanic. Parmi les films qui rencontrent en général le succès, on peut citer ceux issus du Studio Ghibli, fondé par Hayao Miyazaki et Isao Takahata.

Très souvent, ils sont en rapport avec un Manga : soit l'Anime est basé sur un Manga à succès, soit un Manga est créé d'un Anime populaire. Parfois les deux sont créés en même temps. On distingue en général différents types d'Anime :

 

La japanimation en France

Le terme japanimation regroupe simplement la totalité de l'animation japonaise. Ce terme fut créé du fait de la spécificité de la production locale par rapport à celle du reste du monde : en effet, là où l'animation occidentale est souvent considérée comme destinée aux enfants, en dehors d'oeuvres d'auteurs indépendants ou de quelques comédies satiriques comme « Les Simpson » ou « Daria » pour citer les plus connues, l'animation japonaise bénéficie dans ses sujets d'un traitement proche du cinéma en prises de vue réelles, abordant quasiment tous les genres, y compris la pornographie Hentai.

L'arrivée en Europe, puis en France. C'est dans les années 1970 que ce sont développées les premières collaborations entre compagnies européennes et japonaises avec Vicky the Viking (1974, Wickie en allemand), Maya l'Abeille (1975, Die Biene Maja en autrichien), Dogtanian (1981,Espagne). Mais c'est seulement à partir de Goldorak qui connut un énorme succès, pulvérisant tous les records d'audience, après sa première diffusion en juillet 1978 sur Antenne 2 que l'animation japonaise a fait une entrée en force sur les chaînes de télévision françaises. Dans la foulée de « l'effet Goldorak » d'autres séries japonaises cultissimes furent lancées en 1979 dans l'émission Récré A2, telles Candy (pour les filles) et Albator (pour les garçons). Il s'en suivit une deuxième vague de séries animées avec les cultissimes  : Les aventures de Tom Sawyer, Rémi sans famille, Cobra, qui ont marqué l'ère Récré A2 ou encore Barbapapa sur TF1.

Au début des années 1980, la France n'est pas en reste et des Français produisirent aussi des séries avec succès en s'entourant d'équipes japonaises. Ainsi, Jean Chalopin créa des séries comme Ulysse 31 en 1981, puis Les mystérieuses cités d'or en 1982, et Inspecteur Gadget en 1982 également. Parallèlement, des séries plus classiques et didactiques apparurent sur FR3, conçues par Albert Barillé « Il était une fois l'homme » en 1979, « Il était une fois l'espace » en 1982, « Il était une fois la vie » en 1985...

En fait de très nombreuses séries japonaises sont sorties après 1980, mais le genre est alors noyé dans le flot de l'animation enfantine, les télévisions opérant une sélection drastique dans la production japonaise.

Principaux réalisateurs par ordre alphabétique 

 

Les Studios Ghibli

Le Studio Ghibli, スタジオジブリ, est un studio d'animation japonais, produisant des dessins animés, Anime). Il a été créé en 1985 par Hayao Miyazaki et Isao Takahata, et par la compagnie Tokuma Shouten, éditrice du magazine sur l'animation, Animage. En pratique l'équipe du studio Ghibli existait déjà lors de la création du film Nausicaä de la vallée du vent en 1983.

Le nom de Ghibli vient du libyen importé chez eux par les Italiens après la guerre. Il désigne un « vent chaud » provenant du Sahara. Durant la Deuxième Guerre mondiale, les aviateurs italiens nommaient leurs avions de reconnaissance ainsi, et Hayao Miyazaki connaissant ces détails a choisi ce nom pour ses studios. Les studios Ghibli, (les Japonais prononcent Ji-Bu-ri), doivent donc jouer un rôle d'éclaireurs dans le secteur de l'animation japonaise, et y faire souffler un vent de nouveauté.

La particularité de ce studio est de se concentrer sur les longs métrages d'animation, dans un pays où ce sont surtout les séries TV et les OAVs qui sont favorisés. On note aussi une grande exigence concernant la qualité des films produits, alors qu'elle est souvent médiocre chez d'autres studios, dans le but de réduire les coûts.

Dans les premières années, seuls les deux réalisateurs à l'origine de la création du studio réalisent leurs films, mais peu à peu on laisse la chance à des auteurs plus jeunes, comme Tomomi Mochizuki et surtout Yoshifumi Kondô. Ce dernier était considéré comme le successeur de Miyazaki, mais il meurt prématurément en janvier 1998. Miyazaki, qui pensait prendre sa retraite, revient alors sur sa décision et poursuit sa carrière. On note dans beaucoup de films produits par ce studio une valorisation des principes de l'écologie, une volonté de voir l'Homme et la Nature vivre en harmonie.

Filmographie des Studios Ghibli

 

Poupées et Gashapon

Le Japon compte de moins en moins d'enfants et de plus en plus de retraités. Du coup, les fabricants de jouets nippons s'attaquent à un nouveau créneau : les personnes âgées esseulées. Moyennant 8 500 yens [61 euros], la poupée Yumel conçue par la société Tomy tient compagnie au troisième âge. Ce poupon de 37 centimètres - dont le nom vient du mot japonais masculin yume, qui signifie rêve, prononce jusqu'à 1 200 phrases. Yumel est équipé de six capteurs sensoriels et d'une puce qui enregistre les rythmes de sommeil de son propriétaire. Il peut être programmé pour se réveiller ou s'endormir en même temps que lui : il dit « Bonjour » en ouvrant les yeux ou l'invite à se coucher en fermant les paupières avec un « Je me sens bien. Bbbbb-bonne nnnnuit ! » Mais quand le poupon juge que son propriétaire ne dort pas assez ou ne joue pas suffisamment avec lui, il n'hésite pas à le morigéner : « Ménage-toi ! »

Si vous avez un rythme régulier, Yumel sera de bonne humeur, il chantera ou vous demandera de lui acheter des jouets, commente Osamu Kiriseko, chef de projet. Pour lui, cette poupée remplace avantageusement les animaux domestiques. Yumel empiète sur le marché des chiens et des chats. Certaines personnes âgées ont peur de mourir en laissant leur animal derrière elles.

En moins de trois mois, 8 000 poupées ont été vendues dans les grands magasins. Il faut dire que le Japon a l'un des taux de natalité les plus faibles de la planète et l'une des populations les plus âgées au monde. La tradition qui veut que le fils aîné vive avec ses parents vieillissants est en train de disparaître. Or, les Nippons sont réputés pour leur longévité : le pays compte plus de 23 000 centenaires. En décembre, une entreprise de logiciels a lancé sur le marché un robot de 45 centimètres destiné au troisième âge, baptisé Snuggling Ifbot, il porte une combinaison d'astronaute et son visage clignote. Si vous lui confiez : « Je m'ennuie », le robot, qui coûte 576 000 yens [4 145 euros], vous répondra « Ah bon ? Qu'est-ce que tu veux faire ?. -« Vous lui dites, par exemple, qu'il fait beau ». Grâce à son horloge interne, qui lui permet de détecter la saison, le robot acquiesce : « Oui, c'est une belle journée d'automne ». D'après son fabricant, Dream Supply, la conversation de Snuggling Ifbot équivaut à celle d'un enfant de 5 ans, juste ce qu'il faut. (cf Miwa Suzuki, Taiwan News Online , extraits)

Ces poupées merveilleusement habillées sont fabriquées depuis plus de 300 ans au Japon et elles servent de jouets ou d'oeuvres d'art. Les styles se sont diversifiés au fil du temps, certains étant traditionnels, d'autres reflétant les goûts des diverses époques. Ces poupées sont fabriquées selon les méthodes anciennes et surtout la couche de finition faite de colle et de poudre de nacre. Quant aux Gashapon, ce sont des figurines en plastique d'une dizaine de centimètres représentant des personnages de bandes dessinées ou de séries animées japonaises. Elles sont généralement à destinée décorative.

Que l'on juge épouvantables ou séduisants ces objets compte moins que l'affirmation provocante d'une certaine esthétique et d'une certaine conception des activités de type artistique. L'esthétique repose sur quelques principes et modèles immédiatement identifiables : elle veut des monstres mécanomorphes ou zoo-morphes, un dessin net et précis, un coloriage non moins minutieux, des histoires entre contes pour enfants et science-fiction. Autrement dit, elle découle directement des mangas, ces bandes dessinées dont l'Occident s'est récemment entiché comme il s'était entiché, ,il y a un siècle et demi des estampes japonaises. On supposerait même qu'une continuité historique forte lie ces mangas aux images du temps d'Hiroshige et d'Utamaro si, ne s'interposaient, entre eux, l'influence des studios Walt Disney, Ghibli et la technologie du numérique, et si les subtilités d'expression et les références poétiques de l'Ukiyo-e qui charmaient Degas et Van Gogh ne s'étaient perdues, remplacées par des thèmes rudimentaires, la plus brutale violence, la plus niaise mièvrerie, la plus élémentaire pornographie. La première est supposée captiver les garçons, la deuxième les filles, et la troisième leurs parents, probablement. La question technique importe seule, sans la moindre réflexion distanciée sur les causes et les effets de ce capitalisme de l'image. Les résultats visuels de leurs activités ont les qualités requises : la perfection de la fabrication, la variété et l'harmonie des tons, l'élégance des courbes et des boucles. inspirent « un désir de possession intolérable ».

 

Pourquoi les jeunes japonaises sont-elles friandes d' « amours garçonnières » ?

Oui, pourquoi ? Les Japonaises ont toujours été avides de passe-temps populaires qui font sauter les frontières de sexe et de genre, tout en restant sexuellement correctes dans leur vie quotidienne. Voir le Kabuki seulement, joué par des acteurs mâles, quels que soient les rôles. Dans l'ère Taisho (1912-1927), les Otokoyaku, acteurs jouant des rôles masculins, du Takarazuka, comprenant uniquement des rôles féminins, sont devenus des célébrités nationales pour leurs spectatrices féminines. Ce n'est que tout récemment, dans les années 1990, que se produisit le « gay boom », Geibuumu où la sous culture homo, clandestine jusque-là, apparut au clair dans les médias écrits et visuels. Mais peut-être que l'évidence la plus frappante et fascinante pour les femmes japonaises, fut l'apparition de cette réalité dans les mangas pour filles, Shôjo Manga, racontant et illustrant des histoires d'abord entre garçons, Shoonen'ai.

Nous savons que l'« amour mâle », Nanshoku, a une très longue histoire au Japon, depuis les Samouraï et les moines. Mais ces spectacles étaient écrits et joués pour des spectateurs masculins. Ce qui n'est pas le cas pour les Shôjo Manga, BD pour jeunes filles : voir les « romances » de Midori Matsui (1993), et Ikeda Riyoko et Hagio Moto dès 1972.

Dès les années 1980, apparurent les artistes Yaoi et le magazine June, prononcer « Djou-neh », première édition en 1978. C'est maintenant un bi-mensuel de plus de 300 pages, tiré entre 80 000 et 100 000 exemplaires, pour comparaison, le magazine gay G-Men ne tire qu'à 20 000 copies mensuelles. On a même créé le mot June mono, qui désigne les amours garçonnières en général. Biblos s'est mis lui aussi à produire B-Boy, Gekkan Shoosetsu B-Boy (mensuel) et B-Boy Gold (bi mensuel), où gold signifie « hard », sans compter le quarterly Men's love Novel Beast (un énorme annuaire téléphonique rempli d'illustration sexuelles, d'histoires et de BD à propos d'écoliers et de jeunes gens « y allant de bon coeur »).

Dans le Japon confucéen, la sexualité des femmes a longtemps été tenue par la reproduction et le système familial, et cela rendait plutôt difficile la représentation de femmes engagées avec des hommes en tant que partenaires égaux. Comme le déclarait l'une d'entre elles : Les images d'homosexualité masculine sont les seules que nous connaissions d'hommes « aimant quelqu'un en tant que son égal. C'est CE genre d'amour que nous aimerions connaître.

Beaucoup d'autres raisons expliquent cette fascination pour l'homosexualité masculine. Ces beaux jeunes gens seraient des projections de leur propre féminité, dans une société aussi sexiste que celle du Japon, les femmes ne pouvant s'identifier qu'avec des modèles autonomes d'apparence masculine. Ce qui ne manque pas de pathologiser à la fois les lectrices de ces magazines et la culture japonaise ne général : une sorte de réductionnisme de l'identification. Mais il ne faut jamais oublier que la culture japonaise traditionnelle est remplie d'images homosexuelles, que la culture occidentale à toujours ostracisées.

 

Le monde Kawai

Cette tendance Kawaï, littéralement « gentille » est apparue dans l'art populaire japonais à partir de 1990. Cette tendance est marquée par une dominante forte, la couleur rose, et par le monde des mangas pour petites filles. Elle prolonge l'univers des poupées , des bonbons et des fleurs. Mais l'ambiguïté est constante et la frontière est très mince avec l'industrie florissante du sexe qui utilise les mêmes codes et les mêmes fantasmes.

Il existe des « créateurs » de cette tendance. En voici quelques-uns.

Takashi Murakami (né à Tokyo en 1962). Son oeuvre porte un regard à la fois ludique et critique sur la société et la créativité du Japon contemporain. Elle incarne à la fois les nouveaux standards visuels et la situation de la culture japonaise, entre tradition et référence occidentale, technologie et consommation. Takashi Murakami déclare : Au départ, mon oeuvre a subi la double influence de Warhol et de Disney. Prenez mon personnage de Mr Dob par exemple. C'est une sorte de clone de Mickey, un Mickey sous l'emprise d'un virus mutant. Je le décline comme Warhol l'a fait avec ses portraits de Marilyn. Toutes mes premières icônes sont chargées du contexte politique et écologique de ces années 1970... Je tente d'expérimenter dans mon oeuvre les délires visuels psychédéliques et d'approcher les frontières de la folie comme du rêve. c'est pour ça que j'emploie des motifs répétés et de dessins aux couleurs vives.

Ko Nishiyama (née en 1965 à Hyogo). Elle est une représentante marquante de la tendance Kawaï japonais à partir de 1990. Elle réalise des installations grandeur nature de son univers de poupées.

Aya Takano (綾 タカノ). Aya Takano est née en 1976 à Saitama. Cette tout jeune artiste est diplomée en 2000 du Departement of Fine Art, Tama Art University. Elle commence à exposer dès 1997 à Tokyo et connait très tôt le succès dans ses expositions à Tokyo, Kanazawa, Los Angeles, Nagoya, MinneaPolis, Seattle.

Naoko Yurikusa (尚子 百合草). Naoko Yurikusa est née à Nagoya en 1975. Elle est diplomée en 1999 de l'Université des Beaux Arts de Nagoya. Elle expose depuis 1997 au Japon et également en France, en 2004 à la maison-folies de Wazemmes et à la galerie Lambert en Avignon.

Sako Kojima (サコ 児嶋). Sako Kojima est née en 1976 à Kyoto. Diplomée du Kyoto City College of Arts en 1999. Depuis 2000 elle se rend célèbre par une variété de productions comprenant des peintures sculptures, installations, photographies et même des performances. Sous des apparences tendres et « gentilles » elle porte un regard critique à la fois sur les tendances sexuelles des japonais et sur leur goût immodéré pour les animaux domestiques. En 2004 à la maison-folies de Wazemmes et à la galerie Lambert en Avignon, elle a présenté une performance remarquée : derrière une vitre, on voyait une grande niche, une mangeoire remplie de graines de tournesol géantes, des morceaux de papier déchirés et une fourrure synthétique. Sako Kojima a passé une semaine dans cet espace, déguisée en hamster.

Le monde Kawai à son tour est un monde qui manque d'idéologie et se réfugie dans l'enfance, dans le non-grandir : objets puérils, mode éclectique, vêtements kitsch, gadgets, langage infantile, cherchant à retarder toujours plus la participation et l'intégration dans le monde adulte. S'ajoute la permanente mutation des modes et des genres. Cette façon de traiter son corps rejoint paradoxalement celle du monde flottant d'Edo, la petite prostituée des années 1990. La lycéenne qui se prostitue aujourd'hui, avec ses chaussettes blanches qui lui tombent sur les chevilles et sa jupe d'uniforme, plissée et plutôt courte, joue le rôle de la métaphore inquiétante, juste assez pour qu'« on en parle » sociologiquement et consumériste, pour glisser cette génération dans les interstices d'une économie du superflu.

Il ne faut pas oublier qu'à l'aube de l'Ère Meiji (1868), il existait déjà une société capable d'absorber les techniques et connaissances nouvelles, de même pour les concepts nouveaux, comme fruits d'une maturation montée à travers toute la période Edo. En d'autres mots la modernisation du Japon n'est pas advenue par stades isolés : c'est une évolution continue, d'Edo à Meiji, et de là au jour d'aujourd'hui.

Ce qui ne veut pas dire que le Kawai ne soit pas en relation avec les sentiments traditionnels des Japonais, ni qu'il n'en précise les origines ni n'en explique le fonctionnement. Le Kawai entretient avec l'Iki plusieurs points de jonction. Par exemple une sorte de « libération », Gedatsu, de la convention, à travers le plaisir et une âme disponible pour le changement. Par rapport à l'Iki, c'est une tendance à « paraître », Hade et surtout quelque chose qui ressemble à la « douceur », Amami, mais comme l'Iki, toujours en étroite relation avec la « distinction », Jouhin. Il semble que les derniers trends des filles de Tokyo confirment ce modèle. En fait, voici qu'émerge un nouveau groupe de la culture Kawai qui se définit, pour parler « européen » à la Stendhal, « égotiste ». La caractéristique du Kawai serait précisément la recherche de cette distinction, de l'altérité, sans être pour autant contre quelqu'un ou quelque chose.

L'Iki est la séduction qui, à l'oeuvre du destin, ajoute le renoncement, et vit, Ikiru, dans la liberté de l'énergie spirituelle. Mais seule une nation, qui jette un regard lucide sur le destin et est animée par une aspiration urgente à la liberté spirituelle, peut faire assumer à la séduction le monde Iki. En effet, séduction, esprit vital et détachement, voilà ce qu'est l'Iki. Ces mêmes qualités se retrouvent dans l'idéal de grâce contemporaine que beaucoup d'auteurs nomment « idéologie Kawai ». Les « charismes », Karisuma reprennent des mêmes éléments. Ils sont vitaux, dispensent de l'énergie, montrent leur détachement sans s'attaquer à un style précis, mais modulent une fusion des goûts, expriment fascination et séduction avec un zest d'érotisme. Quant à l'interprétation de cette soi-disant culture Kawai, dont les Karisuma sont les protagonistes, elle pèche par superficialité quand elle décrit la culture jeune comme un mouvement rebelle et contestataire. C'est absolument aberrant et constitue une entreprise de banalisation qui montre le flou de certaines études dans la conduite de leurs recherches. Ce qui est différent n'est pas nécessairement opposé et contraire à quelque chose. Ce qui est différent n'est pas pour autant pervers. Les Karisuma font partie du système commercial japonais, ils ne sont pas pourtant à considérer comme asservis et objets de l'organisation ouvrière. En réalité ils contribuent, même inconsciemment, à l'élaboration d'une alternative économique en créant eux-mêmes une nouvelle fertilisation mutuelle des biens et des services.

Ils collectionnent la lingerie féminine usagée, et dévorent des BD mangas, des histoires d'amour, de sexe et de violence, dessinées avec un réalisme exceptionnel. Ils communiquent via l'ordinateur, se droguent d'images, des plus innocentes aux plus pornographiques, et entre les quatre murs de leurs « cellules à vivre », se sont confinés dans leur monde. Ce sont les Otaku, une armée de japonais fatigués, enfants du consumérisme, maniaques d'une cyberculture masturbatoire.

Ces dernières années le Japon est arrivé à étonner le monde occidental, mais cette fois en donnant l'impression, désormais généralisée, d'un pays en crise profonde, son seulement économique mais aussi identitaire. Ce qui tendrait à confirmer, selon certains, la thèse qui voit dans le Japon un pays puissant en apparence, mais essentiellement fragile, et dans les Japonais un pays sans plus d'identité du tout, ni de motivations crédibles.

Certains faits calamiteux ont contribué à renforcer l'idée d'un Japon fragile, et en même temps celle d'un lieu inquiétant, une sorte de laboratoire de la post modernité et de ses conséquences. En tête de des prémisses, émergeait clairement, face à l'objet Otaku, la nécessité d'évaluer le poids et l'influence, sur notre originalité propre, de ces images tordues, image et suggestions dont nous ne pourrons nous libérer, tant que nous n'aurons pas pour le Japon, un intérêt objectif.

C'est une interrogation qui est en train d'assumer des proportions toujours plus alarmantes, au point qu'un institut de recherches parmi les plus cotés, sur demande du gouvernement, a développé un enquête approfondie sur l'extension et les causes probables du phénomène qui, en japonais s'appelle Hikikomori, ce qui signifie « retrait ». Il en résulte que sur le million de jeunes qui ont choisi la réclusion, 80% sont des garçons, et que 41% vivent dans l'isolement absolu ou partiel, refusant par exemple de parler ou d'avoir un quelconque contact social, sur une période qui va de six mois à dix ans et plus, que certains, sans données de pourcentage, souffrent de dépression, d'agoraphobie et de schizophrénie, tandis que d'autres, peut-être la majorité, ne présentent aucun symptôme évident de troubles neurologique ou psychiatrique.

Quant aux causes du Hikikomori, on peut avancer des explications sociologiques et psychologiques de tout genre, mais jamais les experts ne s'accordent entre eux. Ne s'agirait-il pas de ce complexe de Peter Pan, largement diffusé dans les années quatre-vingt, qui se manifestait par le refus des adolescents de devenir adultes, et qui se serait développé jusqu'à assumer cette forme extrême d'auto réclusion ?

Yayoi Kusama (née en 1929), l'une des plus grandes artistes contemporaines du Japon crée des oeuvres surprenantes. De santé fragile, elle vit volontairement dans un établissement de soins psychiatriques de Tokyo depuis 1977. Elle déclare : Ma vie est un petit pois perdu parmi des millions d'autres petits pois.

 

La struture mentale des Japonais (selon Guibourg Delamotte)

M. Kawai, psychologue de formation a été nommé Secrétaire d'état à la Culture après avoir été Conseiller auprès du Ministre de l'Éducation, de la Culture et des Sports en 2001. Dans une excellente conférence sur La structure mentale des Japonais, il s'est efforcé de mettre en lumière, avec humour, les différences qui opposent les mentalités japonaise et occidentale. En effet, le Japonais cherche dans une conversation à éviter la confrontation, par exemple, tandis que l'Occidental donnera son opinion de manière plus direct, M. Kawai explique comment le Japonais procède et pour quelles raisons il se comporte de cette manière. Le Japonais veut éviter de heurter son interlocuteur. Il va, pour ce faire, tenter de deviner l'opinion de la personne qui lui fait face. Le même raisonnement opère au niveau collectif. Avant de prendre une décision, un groupe cherche, de fait, à trouver la formule qui préservera l'harmonie du groupe. C'est cette démarche qui conduit fréquemment l'Occidental à penser que le Japonais est sans avis : What would you like to drink ? demandera l'Américain ; I don't know, répondra le Japonais.

Si le Japonais a bien un avis, il hésite sur la manière de le formuler : il cherche avant toute chose à comprendre dans quelle configuration il se trouve et ce qu'on peut attendre de lui, ce qui demande un délai de réflexion. Il tente d'appréhender la situation avec distance pour comprendre quelle place lui revient. C'est ce que M. Kawai appelle la logique du « centre vide » par laquelle le chef est avant tout chargé de préserver le vide, conceptuel, autour duquel s'établit l'équilibre collectif. Il relève que le système japonais fonctionne de telle manière qu'il est complètement déstabilisé lorsque ce vide central est comblé, comme il l'a été, selon lui, par l'armée dans les années 1930. Ainsi, non seulement ce vide, absent en Occident, existe, mais il est essentiel. Par conséquent, l'importation au Japon de la mentalité occidentale est non seulement inenvisageable, mais se révélerait dangereuse. M. Kawai se montre donc assez réservé sur l'éventualité d'une occidentalisation du mode de pensée au Japon. M. Kawai estime toutefois que les jeunes femmes japonaises adoptent plus volontiers l'approche occidentale, sans doute parce qu'elles ne sont plus satisfaites de la place que leur assigne le système traditionnel. Dans un contexte professionnel, elles expriment leurs opinions clairement, ce qui conduit l'audience, majoritairement masculine généralement, dans un conseil d'administration par exemple, à approuver, suivant la démarche traditionnelle, afin d'éviter l'opposition, sans pour autant passer à l'action, subséquemment. Si M. Kawai considère comme impossible une tentative de conciliation des deux approches, il convient qu'une rencontre des deux systèmes intervient naturellement dans les faits, de par les liens commerciaux du Japon et de l'Occident. Comment, dès lors, organiser la cohabitation des deux systèmes ? Lui-même parvient à se transposer dans la dimension occidentale lorsqu'il est en compagnie d'Occidentaux. De la même manière, des Occidentaux familiers du Japon pourront « changer de mode » pour faciliter leurs relations avec des Japonais. M. Kawai est toutefois conscient qu'en situation d'urgence, quand une décision difficile lui incombe, ses réflexes traditionnels reprennent le dessus. Mais, après tout, à partir du moment où Occidentaux et Japonais comprennent et admettent ces différences, qui peut souhaiter l'uniformité ?

L'univers du Manga recèle bien des surprises pouvant aller du très bon au très mauvais. Hélas, peu de gens connaissent le très bon alors que le très mauvais s'exporte avec une facilité remarquable. Il semble inutile de citer les quelques Hello Kitty et Tamagotchi dont nos amis nippons raffolent, car leur générosité naturelle aura valu que nous profitions nous-mêmes d'une parcelle de leur univers Kawai. Ce terme traduisible littéralement par « mignon » désigne donc toutes ces adorables créatures innocentes et désireuses d'être adoptées par le consommateur, apparues sur le marché japonais depuis une dizaine d'années à un tel point que l'on parle, depuis Pokémon surtout, de « culture kawai ». Seulement, depuis quelques années, un mouvement « anti-kawai » est né au Japon. provenant d'un ras­le­bol général face à une société trop axée sur la loi du conformisme, il se manifeste à travers l'art en général, et entre autre le support écrit.

Cinderella, par exemple, en est un exemple concret, mais aussi un chef d'oeuvre du second degré comme on en avait jusqu'à aujourd'hui desespéré de voir poindre du pays du soleil levant. Les plus perspicaces d'entre vous auront cru perçevoir dans le titre un lien avec un conte des frères Grimm. Et pour cause. Entièrement en couleur, le manga met en scène les aventures de Cinderalla, jeune fille travaillant comme serveuse dans le restaurant de son père. À sa mort, devant les protestations des clients, elle décide de le sortir de sa tombe et de continuer à travailler avec lui, tout zombie qu'il est devenu. Mais c'est sans compter la femme-revenante dont le mort s'est entiché, ses deux filles à l'opulente poitrine et le Prince, chanteur mort-vivant au sourire sensuel et décharné. La relation n'est pas forcément évident sur le coup, mais je vous assure que Cinderalla est en fait une relecture de notre beau conte de Cendrillon. Autant le dire tout de suite, l'oeuvre de Junko Mizuno n'a de valeur que placée dans son contexte. La relecture du vieux conte n'est qu'un prétexte, qui fut par ailleurs imposé par ses éditeurs à l'auteur.

Les dessins, s'ils sont soignés dans l'ensemble, paraissent quelque peu repoussants, zombie oblige, sensation accentuée par un aspect assez enfantin les rendant parfois carrément malsains. Forcément, le lecteur manquant de mesure aura tôt fait de qualifier Cinderalla de manga pour enfant tordu, symbole d'une culture japonaise dont nous bénéficions des rejets les plus abjects. Il y a effectivement matière à confusion, car Cinderalla respecte dans un premier temps toutes les normes du Manga Kawai de base : personnage principal féminin jeune, auquel le public-cible peut s'attacher sans difficulté ; dessins très enfantins et mignons ; et surtout une ambiance très gentillette, où les méchants n'existent pas. Mais tout en s'attachant scrupuleusement à ce code, l'auteur n'y va pas de main morte pour détruire ce qu'elle copie. Entre une belle-mère boulimique, un prince mort­vivant rencontré dans un cimetière et une Cendrillon se balladant à moitié nue, entre autres, on peut dire que Cinderalla fait très fort dans le morbide et l'humour noir : je vous laisse deviner ce qui ici fait office de pantoufle de verre. Le tout se révèle parfaitement cohérent, c'est-à-dire qu'on évite les délires sans but. On pourra même dire sans rougir que l'auteur maitrise remarquablement bien son sujet et que si le décalage des styles est très visible, l'oeuvre ne prendra tout son sens qu'après qu'on ait saisi ce qui est sous-jacent à l'image.

Le doigt est ici mis sur le malaise de la société japonaise, complétement pervertie par une consommation de masse atteignant chaque jour des records. L'individu est relégué au rang de crevette dont l'existence doit se résumer à acheter et à être utile de quelque manière que ce soit à l'économie de son pays. C'est dans cette optique que la culture Kawai est critiquée, car elle représente le summum de la société de consommation. Ici, le Japon est ce pays merveilleux habité par des zombies, où les fées n'ont de pouvoirs que sous l'influence de l'alcool et où tout se vend, comme le font remarquer les fausses affiches publicitaires absolument délirantes vantant les mérites des différents accessoires vus dans le manga. Il y aurait énormément à développer sur cet aspect de Cinderella, qui est clairement et avant tout un manga engagé. Et un manga capable d'aller aussi loin dans le domaine de l'allégorique, on l'aura attendu très longtemps.

Néanmoins, émettons deux réserves destinées à l'acheteur potentiel. La première concerne les dessins : à force de vouloir faire moche, Junko Mizuno a très bien réussi son coup. Les dessins sont réalisés entièrement par ordinateur, et le style « mignon-repoussant » donne un résultat finalement détestable et très immédiatement appréciable en tant que tel.

 

Alors, quel est l'intérêt de Cinderalla en tant qu'oeuvre à part entière ?

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